PHI­LIPPE ARAC­TIN­GI

«Le ci­né­ma ne peut réus­sir qu'avec un Etat»

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Phi­lippe Arac­tin­gi est un pion­nier du ci­né­ma li­ba­nais, il a no­tam­ment réa­li­sé les films

Bosta (2005), Sous les Bombes (2008) ou plus ré­cem­ment Lis­ten. Ren­contre avec ce­lui qui cu­mule les cas­quettes de pro­duc­teur, réa­li­sa­teur et scé­na­riste.

De­puis vos dé­buts au ci­né­ma, comment a évo­lué l’in­dus­trie du film li­ba­nais?

Beau­coup de choses ont chan­gé de­puis mes dé­buts. Je suis d’une gé­né­ra­tion où il n’exis­tait même pas en­core d’ecole de ci­né­ma, ni d’ailleurs de ci­né­ma li­ba­nais quand j’ai com­men­cé. Quand j’ai sor­ti ma pre­mière fic­tion, Bosta, en 2005, les films na­tio­naux n’in­té­res­saient pas le pu­blic li­ba­nais. Ils ne dé­pas­saient pas les 2 000-3 000 en­trées dans les salles. Au­jourd’hui la donne a bien chan­gé. Il existe cinq cir­cuits de dis­tri­bu­tion, contre deux à l’époque. En 2004, à peine un ou deux films li­ba­nais sor­taient par se­maine, au­jourd’hui ce sont cinq, six par­fois huit films qui sont pro­po­sés la même se­maine. Autre dif­fé­rence ma­jeure: la du­rée d’un film à l’af­fiche. A l’époque, Bosta est res­té 22 se­maines en salles. Au­jourd’hui c’est à peine sept et neuf se­maines, onze au grand maxi­mum tel­le­ment la pro­duc­tion a aug­men­té.

Quel est se­lon vous, la so­lu­tion au pro­blème du fi­nan­ce­ment des films li­ba­nais?

Le vrai dé­fi pour le ci­né­ma li­ba­nais est au­jourd’hui de trou­ver des fonds non rem­bour­sables. Il n’existe pas de ci­né­ma qui puisse réus­sir sans l’aide de l’etat, je n’y crois pas. Chaque pays au monde a com­pris qu’il est pri­mor­dial de sou­te­nir son in­dus­trie cultu­relle et le ci­né­ma est un vec­teur iden­ti­taire très im­por­tant. Nous n’avons au Li­ban pra­ti­que­ment au­cun fonds pu­blic pour sou­te­nir le 7e art. A peine 100 000 dol­lars sont ré­par­tis sur une quin­zaine de films par an. En Tu­ni­sie, ce sont dix films par an qui sont sub­ven­tion­nés à hau­teur de 350 000 dol­lars par film. Le Ma­roc al­loue 500 000 dol­lars d’aides par film par an, pour 25 films pro­duits an­nuel­le­ment. Il faut que le gou­ver­ne­ment com­prenne que le ci­né­ma est une in­dus­trie qui peut ai­der au dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique et so­cial de tout le pays. Les Etats-unis et l’inde ont fait du ci­né­ma un vé­ri­table mo­teur de la crois­sance. Le Li­ban a un po­ten­tiel énorme à jouer dans ce do­maine car c’est une in­dus­trie créa­tive et notre plus grande ri­chesse est dans nos ta­lents. Nous avons des his­toires à ra­con­ter car nous avons une his­toire. Il faut ca­pi­ta­li­ser sur nos ri­chesses in­tel­lec­tuelles, créa­tives et hu­maines.

Comment en­tre­voyez-vous l’ave­nir du ci­né­ma li­ba­nais?

Pour l’ins­tant, c’est vrai que la pro­duc­tion de films a beau­coup aug­men­té mais la plu­part du temps, di­sons dans 80% des cas, il s’agit de pre­miers films qui ne don­ne­ront pas suite, car l’in­dus­trie n’est pas en­core ren­table. La plu­part des ac­teurs du sec­teur tra­vaillent seuls. Le sec­teur a be­soin de struc­ture et de sou­tien car au Li­ban il est en­core très ris­qué de faire un film. Dans une in­dus­trie ci­né­ma­to­gra­phique comme celle de la France, les risques sont moindres car il existe des ins­tances en amont qui aident à la pro­duc­tion des films: les té­lé­vi­sions ont des obli­ga­tions d’achat, les dis­tri­bu­teurs peuvent don­ner des avances sur re­cettes, le CNC est là... Tout ce que nous n’avons pas au Li­ban et qui fait que le ci­né­ma est en­core un pa­ri ris­qué.

PO­TEN­TIEL Le Li­ban dis­pose d’un po­ten­tiel énorme en termes de créa­ti­vi­té et de ta­lents.

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