LE VOYA­GEUR, DE HADI GHANDOUR

Du Li­ban à la ville lu­mière

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Le film est cen­tré sur l’amour. Pour­quoi ce su­jet?

Nos plus grands conflits in­té­rieurs sont gé­né­ra­le­ment gui­dés par l’amour. Ou par son ab­sence. Une émo­tion puis­sante, dé­li­cate, in­sai­sis­sable à tel point qu’elle condi­tionne notre com­por­te­ment, pour le meilleur ou pour le pire. L’amour nous per­turbe, nous ins­pire, nous dé­prime, et sou­vent nous rend fous. Il peut nous em­me­ner dans un che­min aus­si bon que mau­vais. Ce conflit in­té­rieur m’a de tout temps fas­ci­né. Ad­nan voyage peut-être pour la pre­mière fois de sa vie, mais l’his­toire porte en réa­li­té sur les voyages qu’il en­tre­prend in­té­rieu­re­ment.

La fa­mille est aus­si un su­jet cen­tral du film...

Oui, et au Li­ban, c’est le pi­lier es­sen­tiel de notre so­cié­té. Mais pou­voir main­te­nir une uni­té fa­mi­liale har­mo­nieuse est sou­vent un dé­fi. Tous les per­son­nages du film sont d’une ma­nière ou d’une autre dé­con­nec­tés de leur fa­mille, mais n’en sont pas conscients. Ce désen­ga­ge­ment ali­mente le mé­con­ten­te­ment, et éloigne les gens les uns des autres. Ce n’est qu’en l’af­fron­tant, qu’en étant hon­nête avec soi et avec les autres, qu’on peut le sur­mon­ter.

Comment avez-vous choi­si vos pro­ta­go­nistes, Ro­drigue Slei­man et Ai­da Sa­bra?

Pour Ad­nan, je vou­lais un ac­teur qui, non seule­ment, avait la sen­si­bi­li­té que je re­cher­chais, mais qui par­lait cou­ram­ment l’arabe et le fran­çais. Après une longue an­née

de re­cherche, j’ai trou­vé Ro­drigue Slei­man. Il a lu le scé­na­rio et a im­mé­dia­te­ment sen­ti une connexion avec le per­son­nage. Je l’ai ren­con­tré et en deux mi­nutes, j’ai su que c’était lui. Il était un peu plus jeune que ce que j’ima­gi­nais pour Ad­nan, ce qui s’est ré­vé­lé être fi­na­le­ment bénéfique, en ajou­tant plus de nuances au per­son­nage. Ac­teur ex­cep­tion­nel et âme sen­sible, Ro­drigue a à la fois la fra­gi­li­té et la vul­né­ra­bi­li­té du rôle.

Quant à Ai­da Sa­bra, je la connais­sais de­puis long­temps, et j’ai écrit le rôle d’in­saf en pen­sant à elle. Je suis un très grand fan de son tra­vail, c’est une mer­veilleuse ac­trice, très drôle et ver­sa­tile. Dé­ve­lop­per ce per­son­nage a été un vrai plai­sir, parce que dès le dé­part je pou­vais voir et en­tendre Ai­da.

Par­lez-nous de la ge­nèse du film.

Quand j’ai eu l’idée du film, je me suis ins­tal­lé à Pa­ris, et j’ai écrit une pre­mière ver­sion du scé­na­rio en l’es­pace de 3 jours. L’his­toire était en­fouie en moi de­puis si long­temps qu’elle est sor­tie d’un jet. En­suite, du­rant deux ans, j’ai dé­ve­lop­pé le film. C’est alors que j’ai ren­con­tré deux jeunes pro­duc­teurs, Ste­van Lee Mrao­vitch et Ro­main Ri­chard, qui se sont pas­sion­nés pour l’his­toire tout comme ils le sont pour l’es­prit ci­né­ma­to­gra­phique in­dé­pen­dant. Fi­nan­cer un film «in­dé» est dif­fi­cile. Ce­la nous a pris beau­coup de temps, mais nous avons pu fi­na­le­ment ras­sem­bler as­sez d’ar­gent, et une équipe de jeunes gens ta­len­tueux et mo­ti­vés. Le film a été tour­né du­rant 5 se­maines entre Pa­ris et Bey­routh. Avec un pe­tit bud­get, les dif­fi­cul­tés sont nom­breuses, mais nous avons pu les sur­mon­ter grâce à notre pas­sion. Après des mois de post-pro­duc­tion, la pre­mière mon­diale du film a eu lieu à A-list Tal­linn Black Nights Film Fes­ti­val, en Es­to­nie, et au Du­baï Film Fes­ti­val pour le Moyen-orient.

Quel pu­blic ci­blez-vous? Quelle im­por­tance ac­cor­dez-vous à la pro­jec­tion au Li­ban?

Je crois que tout le monde pour­ra se sen­tir concer­né par un as­pect du film, un per­son­nage, les émo­tions res­sen­ties, les conflits vé­cus. La pro­jec­tion au Li­ban m’est très im­por­tante; même si l’his­toire est uni­ver­selle, elle est par­ti­cu­liè­re­ment li­ba­naise, et je crois qu’ils se­ront nom­breux au pays à s’y iden­ti­fier.

Vous plan­chez dé­jà sur votre deuxième long-mé­trage. Un aper­çu?

Je suis ac­tuel­le­ment en phase d’écri­ture. Sans en­trer dans les dé­tails, c’est une co­mé­die au­tour de deux soeurs âgées, à Bey­routh, in­fluen­cée par les clas­siques de Hol­ly­wood dans les an­nées 30.

AC­TEURS Après avoir long­temps cher­ché, Hadi Ghandour a por­té son choix sur Ro­drigue Slei­man.

FA­MILLE Tous les per­son­nages du film sont d’une ma­nière ou d’une autre dé­con­nec­tés de leur fa­mille, mais n’en sont pas conscients.

VOYAGE IN­TÉ­RIEUR Ad­nan, joué par Ro­drigue Slei­man, en­tre­prend une in­tros­pec­tion à tra­vers son voyage.

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