WISSAM CHARAF

Un scé­na­rio pour trois mon­tages

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Pou­vez-vous pré­sen­ter votre pre­mier long­mé­trage, Tom­bé du ciel?

C’est l’his­toire d’un mi­li­cien que tout le monde croyait mort et qui re­vient sou­dain à la sur­face de la Terre. En réa­li­té, ce mi­li­cien re­pré­sente une per­son­na­li­sa­tion du re­fou­le­ment que tous les Li­ba­nais par­tagent vis-à-vis de la guerre ci­vile et qui gé­nère des si­tua­tions com­plè­te­ment lou­foques et dé­ca­lées. Je vou­lais faire un film sur la guerre, en uti­li­sant l’ab­surde.

Comment êtes-vous par­ve­nu à fi­nan­cer votre film?

J’ai com­men­cé à écrire le scé­na­rio en 2006. Heu­reu­se­ment pour ga­gner ma vie, je suis jour­na­liste à Arte, car l’in­dus­trie du film li­ba­nais n’est pas en­core suf­fi­sam­ment dé­ve­lop­pée pour nous per­mettre d’en vivre. Du­rant dix ans, j’ai pré­sen­té, in­las­sa­ble­ment, mon pro­jet aux ins­tances eu­ro­péennes pour ob­te­nir des fi­nan­ce­ments et pro­duire mon long-mé­trage. Je n’ai es­suyé que des re­fus. Je pense que mon scé­na­rio et le ton dé­ca­lé uti­li­sé dans mon film ne cor­res­pon­dait pas à leurs cri­tères. Au bout de dix ans, j’avais deux op­tions: soit je je­tais ce scé­na­rio à la pou­belle, soit j’es­sayais de le dé­cou­per en plu­sieurs courts-mé­trages pour ob­te­nir d’autres sub­ven­tions. C’est ce que j’ai dé­ci­dé de faire. Au bout de dix ans ce­la a fi­na­le­ment fonc­tion­né.

A par­tir du scé­na­rio de Tom­bé du ciel, j’ai donc pro­po­sé deux courts-mé­trages. Le pre­mier in­ti­tu­lé Après et le se­cond bap­ti­sé Ma­nuel de sur­vie d’un com­bat­tant. Pour le pre­mier film, j’ai ob­te­nu 40 000 eu­ros de la ré­gion Corse à condi­tion d’al­ler tour­ner chez eux, ce qui ne pose pas vrai­ment de pro­blème puisque la Corse et le Li­ban se res­semblent. Arte a fi­ni par ache­ter ce pre­mier court­mé­trage en 2015 et il a été sé­lec­tion­né dans tous les grands fes­ti­vals. Au mo­ment où ce pre­mier film est ache­té, le se­cond, Ma­nuel de sur­vie d’un com­bat­tant reçoit une sub­ven­tion du CNC et d’arte. Je re­çois donc 120000 eu­ros. J’ai eu l’idée d’uti­li­ser ce fi­nan­ce­ment pour mes court-mé­trages pour réa­li­ser, en­fin, le long-mé­trage. Alors que pour un long-mé­trage, il faut en prin­cipe une somme avoi­si­nant les 500 000$, nous avons réa­li­sé Tom­bé du ciel avec 250 000$ (avec des ap­ports sup­plé­men­taires de la ré­gion Ile-de-france). Pour faire des éco­no­mies, nous avons énor­mé­ment ré­pé­té. Nous avons tour­né le film en quinze jours seule­ment. A par­tir d’un seul scé­na­rio, nous avons donc réa­li­sé trois mon­tages dif­fé­rents: les deux courts-mé­trages et le long-mé­trage.

Quels sont vos pro­jets dans le ci­né­ma?

Je tra­vaille sur un autre pro­jet de court­mé­trage que je sou­haite pré­sen­ter à la ré­gion Corse avec Arte. C’est l’his­toire d’un ga­min qui ap­prend à tri­cher dans les an­nées 1980, c’est un peu au­to­bio­gra­phique, j’avoue. J’ai aus­si un pro­jet de se­cond long mé­trage mais je ne veux pas en ré­vé­ler le thème pour l’ins­tant. Je n’ai au­cune idée de comment je vais le fi­nan­cer.

EM­BÛCHES La réa­li­sa­tion de son 1er long s’est ré­vé­lée être un vé­ri­table par­cours du com­bat­tant.

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