GEORGES SA­LI­BI

De l'au­dace et de la cour­toi­sie

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Avec son al­lure d’ado­les­cent et son ap­pa­rence dé­con­trac­tée, Georges Sa­li­bi ap­pa­raît comme un homme d’une grande sim­pli­ci­té et d’une ex­trême gen­tillesse. La cé­lé­bri­té ne lui a pas tour­né la tête. Du­rant son en­fance, deux mé­dias le fas­cinent: la ra­dio et la presse écrite. A peine âgé de 3 ou 4 ans à l’époque, il se sou­vient en­core de sa mère qui écou­tait tous les ma­tins sur Ra­dio Li­ban, une émis­sion ani­mée par Na­hi­da Fadl el-da­j­ja­ni. «J’écou­tais sans rien com­prendre et j’étais si­dé­ré par ce son qui sor­tait de la boîte», confie-t-il en sou­riant. En gran­dis­sant, les jour­naux et ma­ga­zines qui s’em­pi­laient à la mai­son le cap­tivent avec leurs illus­tra­tions. Fils unique, ses pa­rents sou­hai­taient le voir em­bras­ser la pro­fes­sion de mé­de­cin, d’avo­cat ou d’in­gé­nieur mais lui sa­vait par­fai­te­ment ce qu’il dé­si­rait. «Je vou­lais étu­dier à tout prix l’in­for­ma­tion, mais la ré­ac­tion de mes pa­rents était très hos­tile. Nous avons trou­vé un com­pro­mis: j’ai dé­ci­dé d’étu­dier la ges­tion d’en­tre­prises et l’in­for­ma­tion si­mul­ta­né­ment». Pen­dant deux ans, il suit donc les deux cur­sus, jus­qu’au jour où il se consacre uni­que­ment à l’in­for­ma­tion. En 1990, alors qu’il fi­nit l’uni­ver­si­té, il in­tègre la Voix du Li­ban, où il reste 9 ans, tout en

ré­di­geant en free-lance des ar­ticles pour des re­vues comme al-ha­wa­diss, Dar el-sayyad.

En 1997, alors qu’il tra­vaille tou­jours à la ra­dio, il entre à Té­lé-li­ban pour pré­sen­ter un pro­gramme ma­ti­nal. Il anime aus­si une sé­rie sur les mu­ni­ci­pales qui se dé­roulent en 1998 pour la pre­mière fois de­puis 30 ans. Entre 1999 et 2001, il as­sure un talk-show politique ma­ti­nal quo­ti­dien.

Georges Sa­li­bi dé­bute à la NTV, où il pré­sente le jour­nal té­lé­vi­sé, lors de la réou­ver­ture de la chaîne, à l’au­tomne 2001. Le 23 dé­cembre, il donne le coup d’en­voi du talk-show politique al ous­bou’ fi sa’a, qui fê­te­ra bientôt ses 16 ans. Lors­qu’on lui de­mande le se­cret de la lon­gé­vi­té de cette émis­sion, Georges Sa­li­bi l’ex­plique par «la vie politique au Li­ban, où il y a constam­ment des évé­ne­ments à suivre d’une part et, d’autre part, à la na­ture des Li­ba­nais qui se pas­sionnent pour la politique. Même s’ils s’en lassent quel­que­fois, ils fi­nissent tou­jours par re­ve­nir aux talk-shows po­li­tiques». Le tra­vail as­si­du et la pas­sion qui l’animent ne sont sans doute pas étran­gers à ce suc­cès. «Cette émis­sion de­mande un ef­fort cons­tant et j’es­time que la pas­sion est le prin­ci­pal mo­teur de la réus­site. De­puis 15 ans, je n’ai au­cun wee­kend libre. Si je n’étais pas pas­sion­né par ce mé­tier, ja­mais je n’au­rais pu te­nir le coup et réus­sir».

DES IN­VI­TÉS DE TOUS BORDS. Tou­jours cour­tois dans ses in­ter­views, Georges Sa­li­bi es­time que l’on peut po­ser une ques­tion au­da­cieuse ou lan­cer une ac­cu­sa­tion di­recte tout en res­tant poli et élé­gant, sans por­ter at­teinte à la di­gni­té de son in­ter­lo­cu­teur. «Lorsque le style est raf­fi­né, com­bi­né à un conte­nu au­da­cieux, on peut tout se per­mettre».

Plu­sieurs per­son­nages l’ont mar­qué du­rant ses 16 an­nées à la té­lé­vi­sion. L’aya­tol­lah Mohammad Hus­sein Fad­lal­lah, qu’il a eu l’oc­ca­sion de re­ce­voir en di­rect, était une per­sonne ex­cep­tion­nelle, qui pos­sé­dait, se­lon Sa­li­bi, une grande vi­sion et lais­sait un grand d’im­pact. Il a été éga­le­ment mar­qué par Ghassan Tué­ni, «un roc qui n’a ja­mais cé­dé au déses­poir mal­gré les nom­breuses tra­gé­dies qu’il a vé­cues».

La pre­mière fois qu’il ren­contre le pré­sident de la Ré­pu­blique Mi­chel Aoun, il l’en­tre­voit comme le «bon pa­pa». Avant la guerre de juillet 2006, il a aus­si ren­con­tré sayyed Has­san Nasrallah. «J’ai été sur­pris par la sim­pli­ci­té et la ti­mi­di­té de ce chef ex­cep­tion­nel, d’une grande ama­bi­li­té». Le chef druze Wa­lid Joumblatt lui donne du fil à re­tordre car il est dif­fi­cile de le convaincre d’ac­cep­ter une in­ter­view. «Avec lui, il faut être prêt à tout. Il peut ré­pondre à une très longue ques­tion sim­ple­ment par un mot. J’aime son cô­té culti­vé, sa pas­sion pour la pho­to­gra­phie et ses lec­tures. A cha­cune de nos ren­contres, il m’offre un livre dont deux dé­jà écrits par Jo­sé Sa­ra­man­go, La lu­ci­di­té et Les in­ter­mit­tences de la mort». Une émis­sion spé­ciale a eu lieu avec le Pre­mier mi­nistre Saad Hariri à la suite de sa ré­con­ci­lia­tion avec la NTV. «J’ai dé­cou­vert un per­son­nage sym­pa­thique et spon­ta­né». Il se sou­vient, en 2007, de l’in­ter­view de Sa­mir Gea­gea, in­ter­rom­pue en rai­son d’une panne tech­nique. « Pour moi, c’était la ca­tas­trophe. Alors que tout le monde s’af­fai­rait, il m’a in­vi­té à faire quelques pas dans le jar­din pour me cal­mer, di­sant que ce sont des choses qui ar­rivent».

Georges Sa­li­bi est éga­le­ment l’au­teur et le pro­duc­teur de deux do­cu­men­taires. Les an­nées lu­mière en 2013, réa­li­sé par Jean Key­rouz, porte sur le tou­risme au Li­ban avant la guerre, et Bon­jour Bey­routh, en 2016, pour le­quel Georges Sa­li­bi gère la réa­li­sa­tion, de la pro­duc­tion et du scé­na­rio. Ce der­nier do­cu­men­taire porte sur les an­ciennes de­meures. «Il com­porte des té­moi­gnages de per­son­na­li­tés, de pho­tos d’archives du vieux Bey­routh». Il a été pro­je­té au Li­ban, à Pa­ris à l’unes­co et à Stock­holm, le 17 juin der­nier. Mal­gré un suc­cès bien mé­ri­té, au­jourd’hui, Georges Sa­li­bi re­cherche en­core de nou­veaux chal­lenges.

PER­SON­NA­LI­TÉS MAR­QUANTES Les lea­ders po­li­tiques de tous bords se suc­cèdent dans son émis­sion.

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