MI­CHEL ELÉFTÉRIADÈS

L'amour de l'art et le gé­nie des af­faires

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BROOF TOP DE AÏSHTI SUR MER Dans ce nou­veau lieu aty­pique, Mi­chel Eléftériadès s’est in­ves­ti di­rec­te­ment dans la dé­co­ra­tion, met­tant sa­vam­ment en scène ses oeuvres de bronze et d’acier, qu’il a pas­sé des heures à créer et fa­çon­ner.

C’est dans le cadre mer­veilleux de son der­nier né, le B, qui a pris ses quar­tiers sur le roof­top de Aïshti by the sea, que Mi­chel Eléftériadès nous re­çoit. Pour­quoi B? «B comme Beau­ti­ful people, comme Bey­routh, By­zance, Bel­grade, ou BB, ou en­core Ba­tikh, Bou­za, Bis­cine, Bo­lice et la liste est en­core longue», confie iro­ni­que­ment l’em­pe­reur du Now­he­ris­tan. Mais tout sim­ple­ment, c’est aus­si B by Eléftériadès, une si­gna­ture qui ga­ran­tit à elle seule le suc­cès de cette nou­velle en­tre­prise.

Dans ce dé­cor où les re­flets des sta­tues de bronze et d’acier fa­çon­nées par Mi­chel Eléftériadès s’al­lient aux lueurs du so­leil cou­chant, au­cune oeuvre n’a été ache­tée. «J’ai créé moi-même ces sta­tues. Quand on dort peu, on a le temps de faire beau­coup de choses». Brillant homme d’af­faires, il parle de ses dé­buts et de ses an­nées d’exil pour des rai­sons pu­re­ment po­li­tiques. «Je n’ai ja­mais été in­té­res­sé par l’ar­gent et ce­lui-ci n’a rien chan­gé dans mon mode de vie. Je ne porte ja­mais d’ha­bits de marque et je ne fré­quente pas les en­droits à la mode. Ce qui m’in­té­resse, c’est de réa­li­ser des pro­jets que j’aime et j’ai le pri­vi­lège d’avoir fait des choses que j’ap­pré­cie moi-même». Le se­cret de son suc­cès? «Mon cou­rage ou ma té­mé­ri­té. Je n’ai ja­mais peur de perdre de l’ar­gent et l’opi­nion des gens m’im­porte peu». Pour lui, la vie est un ca­si­no. «Cer­tains jouent de l’ar­gent, moi des pro­jets». Ar­tiste et homme d’af­faires, Mi­chel Eléftériadès est di­plô­mé de L’AL­BA et de l’ecole des Beaux Arts de Nantes, où il a sui­vi une for­ma­tion en pein­ture, sculp­ture et arts plas­tiques. Un grand ta­lent et une ca­pa­ci­té énorme de tra­vail fi­gurent aus­si par­mi les clés de sa réus­site. «J’ai une grande en­du­rance au tra­vail. Par exemple, je viens de sor­tir d’une pé­riode de tra­vail de sept mois d’af­fi­lée, de 17 à 20 heures par jour, sans prendre un seul jour de congé».

DES AN­NÉES DIF­FI­CILES. Pour­tant, les choses n’ont pas tou­jours été fa­ciles pour Mi­chel Eléftériadès. Après des dé­buts tu­mul­tueux et des an­nées d’exil pour des rai­sons po­li­tiques, entre la France, Cu­ba et les pays de l’est, ce n’est qu’en 1998 qu’il rentre au Li­ban, où il crée son pre­mier club, Amor y li­ber­tad (Amore pour les ha­bi­tués), dé­dié à la cul­ture cu­baine. En 1999, il re­lance le Fes­ti­val de By­blos, lui don­nant une car­rure in­ter­na­tio­nale, et dé­cide de le dé­pla­cer sur la mer, contrai­re­ment à l’avis de la mu­ni­ci­pa­li­té et des ha­bi­tants de Jbeil, qui es­ti­maient que le fes­ti­val de­vait

se te­nir dans la ci­ta­delle.

Il se lance dans la pro­duc­tion et réa­lise les fa­meux duos de Wa­dih el-sa­fi et Jo­sé Fer­nan­dez ain­si que des chan­sons pour De­mis Rous­sos et l’or­chestre orien­tal, Ha­nin y son cu­ba­no, Na­ha­wand et bien d’autres. Il de­vient l’unique la­bel d’une ma­jeure com­pa­gnie dis­co­gra­phique, War­ner, en de­hors de l’eu­rope et des Etats-unis. Eléftériadès pro­duit des vi­déo-clips pour De­mis Rous­sos, Jo­sé Cal­vez, grande star du fla­men­co, ain­si que pour To­ny Han­na, les Frères Ché­ha­dé et Na­ha­wand.

UN HÔ­TEL À FLO­RENCE. Mais l’em­pe­reur fait par­tie de ces gens qui s’en­nuient très vite et passent di­rec­te­ment à autre chose. En 2003, il fonde le fa­meux Mu­si­chall, qui de­puis 15 ans reste un in­con­tour­nable de la night-life li­ba­naise. Son but est de pré­sen­ter sur scène 12 groupes, dont la per­for­mance ne dé­pas­se­rait pas les 10 à 15 mi­nutes. Pour les pro­fes­sion­nels, ce­la re­le­vait d’une pure fo­lie à cause des coûts fa­ra­mi­neux. Fai­sant fi des avis et des études de fai­sa­bi­li­té peu fa­vo­rables, Mi­chel Eléftériadès se lance dans son pro­jet. Ré­sul­tat: un im­mense suc­cès qui se pour­suit jus­qu’au­jourd’hui. Les imi­ta­tions sont nom­breuses mais il est le seul à dé­te­nir lé­ga­le­ment l’ex­clu­si­vi­té du concept, qui est une marque dé­po­sée.

Dix ans après son lan­ce­ment à Bey­routh, le Mu­si­chall ouvre ses portes à Du­baï, en 2013, et dé­mé­nage pour la sai­son d’été sur le wa­ter­front de Bey­routh. «En 2010, je pré­pa­rais l’ou­ver­ture du Mu­si­chall au Qa­tar, sur le pro­jet The Pearl, mais j’ai flai­ré les pro­blèmes qui s’an­non­çaient pour Do­ha et j’ai re­non­cé à ce pro­jet».

En 2015, Mi­chel Eléftériadès se porte ac­qué­reur du Palazzo Ma­gna­ni, un pa­lais flo­ren­tin du Xvième siècle dans le style Re­nais­sance le plus pur. Il l’ouvre au pu­blic et comme chaque pro­jet au­quel il se consacre, cet en­droit de­vient un vé­ri­table suc­cès. Il est élu par­mi les 10 meilleurs hô­tels d’ita­lie. Se­lon ses conseils, le quar­tier où se si­tue l’hô­tel, le Bor­go San Fre­dia­no, est ré­amé­na­gé et il de­vient The co­olest place on Earth, se­lon le fa­meux guide tou­ris­tique Lo­ne­ly Pla­net, de­vant Du­baï et New York. «Toute l’an­née, mon hô­tel af­fiche com­plet».

Si le Li­ban ne peut être com­pé­ti­tif ni sur le plan de l’industrie ni ce­lui de l’agri­cul­ture, c’est bien le sec­teur du tou­risme qui est son vé­ri­table che­val de ba­taille. «Nous sommes faits pour le tou­risme et ce pays pos­sède un po­ten­tiel énorme. Nous ne de­man­dons pas l’aide de l’etat mais au moins que ce­lui-ci ne nous mette pas des bâ­tons dans les roues. Avant, les gens avaient peur de ve­nir au Li­ban, au­jourd’hui le ter­ro­risme a frap­pé Londres, Nice, Pa­ris, Bar­ce­lone. Bey­routh, elle, est de­ve­nue une ville sûre. Tout est re­la­tif», conclut-il.

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