PENTES DOUCES, DE DA­VID HURY

Les lec­tures s'ef­feuillent

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En quit­tant Bey­routh après 18 ans de ré­si­dence, Da­vid Hury s’était pro­mis de ne plus par­ler du Li­ban dans son pro­chain livre. Et pour­tant, «c’est re­ve­nu». Bey­routh est là, en toile de fond. Bey­routh où le nar­ra­teur «y est mort si sou­vent». C’est à Bey­routh d’ailleurs que Da­vid Hury a com­men­cé à écrire, beau­coup, au mo­ment où il fai­sait ses car­tons. «Proxi­mi­té d’ur­gence dans l’écri­ture, proxi­mi­té d’ur­gence dans la si­tua­tion: c’est lourd de quit­ter un pays qu’on a choi­si, qu’on a ai­mé pen­dant 18 ans». Le lec­teur fa­mi­lier avec les ou­vrages an­té­rieurs de Da­vid Hury (Jours tran­quilles à Bey­routh, avec Na­tha­lie Bon­tems, Bey­routh sur écoute, 7 jours par­mi les anges, The Bei­rut Book, Sa­mir Mül­ler, l’odys­sée de la terre), pour­rait trou­ver une cer­taine in­co­hé­rence entre eux. Mais le lec­teur re­trou­ve­ra son en­vie d'al­lier texte et pho­tos, en­tre­mê­lés cette fois à la fic­tion, qu’il a tou­jours eu en tête, ayant écrit dès la fin des an­nées 90 plu­sieurs ro­mans non pu­bliés. Pentes douces al­terne une page texte, une page pho­to, les deux étant au ser­vice «d’une his­toire d’amour». Un homme qui cherche la femme qu’il aime, dis­pa­rue un beau ma­tin, après une nuit d’amour; Joa­na, cette Li­ba­naise à l’his­toire fa­mi­liale obs­cure. Il la cherche de Pa­ris à Bey­routh, de Du­baï à Kiev.

UN LIVRE ROCK’N ROLL. Au fil des villes, des mul­tiples al­lers-re­tours, l’in­trigue s’étoffe d’élé­ments de thril­ler, d’es­pion­nage, d’ac­tion, qui s’en­tre­mêlent aux di­verses ins­pi­ra­tions de l’au­teur, le cinéma des an­nées 70-80, la mu­sique et des scènes de sexe qui, il en est conscient, pour­raient cho­quer. Amour et sexe étant in­dis­so­ciables, «je suis par­ti­san d’écrire les choses crues, ex­plique Da­vid Hury, mais qui parlent à tout le monde. Il était im­por­tant

pour moi que les femmes ne soient pas dé­ran­gées par mon ap­proche de l’écri­ture de ces scènes-là».

«Faut écrire quelque chose pour notre gé­né­ra­tion. Avec Bé­bel (sur­nom de Jeanpaul Bel­mon­do). Et avec du cul, parce qu’y a que ça de vrai!» dit au nar­ra­teur son co­pain Fred. C’est un peu ce­la Pentes douces: le livre ne se cache pas der­rières les mots, il éclate tous leurs pos­sibles, il épouse leur contour cru, leur dé­bit, leur souffle, tan­tôt sen­suel et lan­gou­reux, tan­tôt ra­pide et ha­le­tant, en­tre­cou­pés de dia­logues taillés à la me­sure de la pa­role, loin d’une quel­conque gran­di­lo­quence de l’écrit, dans l’ac­tion du mo­ment pré­sent. «Le livre est l’écri­ture d’une écri­ture. C’est un jeu per­ma­nent dans le temps, vis-à-vis de l’écri­ture», af­firme Da­vid Hury. Le prin­cipe nar­ra­tif de la mise en abyme sous-tend en ef­fet Pentes douces, in­vi­tant le lec­teur dans un la­by­rinthe d’images qui s’em­boîtent, des images nées des mots et des images vi­suelles, pour une lec­ture sup­plé­men­taire où l’ima­gi­naire est dé­dou­blé. Au lec­teur de les sai­sir, de s’en im­pré­gner, d’y plon­ger avec tous les sens en éveil, par­tant plus tard à la re­cherche d’une phrase, d’un pa­ra­graphe, d’une pho­to comme pour s’as­su­rer en­core de leur concor­dance. Pio­chant dans ses ar­chives pho­tos, ar­tis­tiques et de re­por­tage, Da­vid Hury s’est plus tard mis à fa­bri­quer, à mettre en scène celles dont il avait be­soin pour com­plé­ter son his­toire. Joa­na, in­sai­sis­sable pour le nar­ra­teur comme pour le lec­teur. «Joa­na, c’est un amal­game de plu­sieurs per­sonnes que j’ai pu ren­con­trer au Li­ban, ayant en com­mun une sorte de far­deau hé­ri­té pour mille et une rai­sons dif­fé­rentes n’ayant pas né­ces­sai­re­ment trait à la guerre». Pour Joa­na, ce se­ra un pas­sé re­la­tif à l’his­toire du Li­ban, qui pas­sionne Da­vid Hury: «un épi­sode de la guerre li­ba­naise, du­rant les an­nées 86-87, quand beau­coup de membres du par­ti com­mu­niste li­ba­nais ont été li­qui­dés».

Pentes douces tou­che­ra les lec­teurs li­ba­nais au­tre­ment que les Fran­çais. «Un lec­teur lamb­da ne va pro­ba­ble­ment pas s’at­ta­cher à la vé­ra­ci­té de ce que j’es­saie de trans­mettre de la vie ou de l’ac­tua­li­té au Li­ban. Alors qu’un lec­teur li­ba­nais va vi­sua­li­ser toutes les scènes. Il était im­por­tant pour moi que les per­sonnes concer­nées par ce que je suis en train d’écrire s'y re­trouvent». Droit au but, droit au coeur...

Si­gna­ture et pro­jec­tion de pho­tos le 10 oc­tobre, li­brai­rie An­toine (Bei­rut Souks), de 18h30 à 20h30.

OMBRE Bey­routh est là, en toile de fond. Bey­routh où le nar­ra­teur «y est mort si sou­vent»

RÉA­LI­TÉ ET FIC­TION Pio­chant dans ses ar­chives pho­tos, ar­tis­tiques et de re­por­tage, Da­vid Hury s’est plus tard mis à fa­bri­quer, à mettre en scène celles dont il avait be­soin pour com­plé­ter son his­toire.

OV­NI LIT­TÉ­RAIRE Le ro­man al­terne page texte et pho­to.

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