LE TRA­CÉ DES FRON­TIÈRES PAR LE SANG ET LE FEU

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Lors­qu’en 1920, le gé­né­ral Gou­raud pro­clame le Grand Li­ban, il joint au dé­cret 318 des cartes des fron­tières de l’etat li­ba­nais avec la Sy­rie et la Pa­les­tine. Ces do­cu­ments ont été conser­vés au mi­nis­tère li­ba­nais de la Dé­fense et au­cune co­pie n’a été en­voyée aux or­ga­ni­sa­tions in­ter­na­tio­nales pour don­ner un ca­rac­tère of­fi­ciel aux fron­tières.

Pour des rai­sons po­li­tiques, sé­cu­ri­taires et ca­das­trales, la Sy­rie a igno­ré ce tra­cé. De plus, la com­pa­rai­son des cartes mi­li­taires sy­riennes aux cartes li­ba­naises montre l’exis­tence de 36 points li­ti­gieux le long des fron­tières, al­lant de Hnei­der, au nord, au ha­meau de Ho­ra, au sud. Les ré­gions les plus dis­pu­tées entre les deux pays se trouvent à Deir el-achaër, Mas­naa, Er­sal et les fermes de Che­baa. Lors de la pré­sence sy­rienne au Li­ban, au­cune dé­marche n’a été en­tre­prise pour ef­fec­tuer un tra­cé des fron­tières.

Pen­dant la pé­riode du re­trait sy­rien du Li­ban, en 2005, et de la guerre is­raé­lienne de juillet 2006, le Con­seil de sé­cu­ri­té de l’onu a vo­té trois ré­so­lu­tions (1559, 1680, 1701) ap­pe­lant au tra­cé des fron­tières entre les deux pays. Confor­mé­ment aux ali­néas 10 et 14 de la ré­so­lu­tion 1701, une com­mis­sion li­ba­noin­ter­na­tio­nale a été créée, pour ai­der le Li­ban à contrô­ler et sur­veiller ses fron­tières. Cette com­mis­sion est par­ve­nue à exé­cu­ter un pro­jet­pi­lote, le long de la fron­tière sep­ten­trio­nale. Par consé­quent, la contre­bande de mar­chan­dises et le tra­fic hu­main ont consi­dé­ra­ble­ment bais­sé. En 2010, les gou­ver­ne­ments li­ba­nais et sy­rien ont conve­nu de pro­cé­der au tra­cé des fron­tières en par­tant du nord au sud, à la de­mande de la Sy­rie qui a es­ti­mé que les fermes de Ché­baa sont un ter­ri­toire arabe oc­cu­pé qui doit d’abord être li­bé­ré. Mais les tra­vaux de dé­li­mi­ta­tion n’ont pas com­men­cé à cause de l’écla­te­ment de la crise en Sy­rie, en 2011.

Au mois d’août der­nier, l’ar­mée li­ba­naise a ex­ploi­té le mo­men­tum ré­gio­nal et in­ter­na­tio­nal, et l’ef­fon­dre­ment de Daech en Sy­rie et en Irak, pour lan­cer une opé­ra­tion mi­li­taire éclair, qui lui a per­mis de li­bé­rer des ter­ro­ristes les jou­roud de Ras-baal­bek et Qaa. Pour la pre­mière fois, l’ar­mée li­ba­naise s’est dé­ployée sur une ligne fron­ta­lière li­ti­gieuse, sous l’oeil de l’ar­mée sy­rienne, qui frap­pait si­mul­ta­né­ment le même en­ne­mi de l’autre cô­té de la fron­tière. La li­bé­ra­tion par l’ar­mée na­tio­nale d’une terre li­ba­naise par le feu et le sang, et son dé­ploie­ment sur la ligne fron­ta­lière, consti­tue une oc­ca­sion his­to­rique qu’il faut ex­ploi­ter, de la même fa­çon qu’a été ex­ploi­té le mo­ment op­por­tun pour éta­blir des re­la­tions di­plo­ma­tiques avec la Sy­rie, en 2008. Il faut en­ta­mer les dé­marches ju­ri­diques et di­plo­ma­tiques pour éta­blir le tra­cé des fron­tières li­ba­no-sy­riennes sur­tout avec l’ap­pa­ri­tion des si­gnaux po­si­tifs sui­vants:

Le tra­cé des fron­tières est peut-être de­ve­nu une re­quête sy­rienne, pour mieux contrô­ler les pas­sages illé­gaux et faire échec aux pro­jets de par­ti­tion en ges­ta­tion, sur­tout après le ré­fé­ren­dum qui a eu lieu au Kur­dis­tan le 25 sep­tembre.

Le sou­tien in­ter­na­tio­nal au pro­ces­sus de dé­li­mi­ta­tion en rai­son de l’exis­tence de trois ré­so­lu­tions qui y font ré­fé­rence.

L’in­té­rêt por­té par la Rus­sie à ce pro­ces­sus, d’au­tant que Mos­cou peut faire en­tendre sa voix au­près des au­to­ri­tés sy­riennes. Cette ques­tion a été évo­quée par le Pre­mier mi­nistre Saad Ha­ri­ri lors de sa vi­site en Rus­sie à la mi-sep­tembre.

Les dé­cla­ra­tions du se­cré­taire gé­né­ral du Hez­bol­lah se­lon les­quelles il re­met­trait à l’ar­mée li­ba­naise les ré­gions fron­ta­lières que le par­ti a li­bé­ré des ter­ro­ristes.

L’an­nonce par la Grande-bre­tagne qu’elle pour­sui­vra le pro­jet de construc­tion de mi­ra­dors le long de la fron­tière li­ba­no-sy­rienne.

Aus­si, nous es­ti­mons que le gou­ver­ne­ment li­ba­nais doit sai­sir cette op­por­tu­ni­té et prendre les me­sures né­ces­saires concer­nant les fron­tières ter­restres, exac­te­ment comme il l’a fait en 2011, lorsque le Par­le­ment a vo­té la loi dé­li­mi­tant les fron­tières ma­ri­times et a four­ni aux Na­tions unies les cartes of­fi­cielles.

Le sang des mar­tyrs et des bles­sés de l’ar­mée li­ba­naise, qui a ir­ri­gué la fron­tière orien­tale, lan­ce­ra-t-il le si­gnal du dé­but du tra­cé des fron­tières li­ba­no-sy­riennes?

HAMID ISKANDAR An­cien gé­né­ral Doc­teur en in­for­ma­tion et com­mu­ni­ca­tion

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