DEIR EZZOR

Un com­man­dant du Hez­bol­lah ra­conte la ba­taille

Le Mensuel Magazine - - Sommaire - PAR MO­NA ALA­MI

Dé­but sep­tembre, l’ar­mée sy­rienne a bri­sé le siège de l’aé­ro­port mi­li­taire de Deir Ezzor qu’im­po­sait de­puis trois ans le groupe Etat is­la­mique (EI). «La Rus­sie et l’iran ont pris la dé­ci­sion stra­té­gique de re­prendre la Ba­dia (steppe s’éten­dant entre la Sy­rie et l’irak)», ex­plique le com­man­dant s’ex­pri­mant sous cou­vert d’ano­ny­mat.

Dans le cadre de la le­vée du siège de L’EI, le Hez­bol­lah a fé­li­ci­té lors d’un com­mu­ni­qué «la Sy­rie ré­sis­tante, en la per­sonne de son pré­sident, de sa di­rec­tion, de ses forces ar­mées hé­roïques, et de son peuple qui a pa­tien­té et a consen­ti à d’énormes sa­cri­fices pour rem­por­ter une grande vic­toire sur le ter­ro­risme». Une vic­toire qui a ou­vert la voie à la li­bé­ra­tion des zones res­tantes contrô­lées par l’or­ga­ni­sa­tion ter­ro­riste dans l’est sy­rien, no­tam­ment Bou Ka­mal et Maya­deen. «Ces zones sont stra­té­giques, no­tam­ment pour ce qui est de la sé­cu­ri­té fron­ta­lière de la Sy­rie et de l’irak ain­si que du Hez­bol­lah. Si­non comment re­lier l’iran au Li­ban?», s’in­ter­roge le com­man­dant. L’of­fi­cier as­sure que plus de 8 000 com­bat­tants du Par­ti de Dieu au­raient été dé­ployés dans la Ba­dia, dont 70% de l’éten­due se­rait dé­sor­mais entre les mains des forces pro-ré­gime.

UNE VÉ­RI­TABLE AR­MÉE. Se­lon le com­man­dant, cette ré­gion pré­sente de nom­breuses dif­fi­cul­tés en rai­son de l’éten­due de la steppe, du cli­mat dé­ser­tique et des tem­pêtes de sable qui freinent l’avan­cée des com­bat­tants. «Le Hez­bol­lah est (dé­sor­mais) une ar­mée. Nos troupes opé­rant dans le sec­teur com­portent dif­fé­rents corps tels l’in­fan­te­rie, les forces spé­ciales, l’ar­tille­rie, les tanks et les ser­vices lo­gis­tiques et de sou­tien (comme le sou­tien mé­di­cal et de ra­vi­taille­ment)», ex­plique-t-il. L’opé­ra­tion de grande en­ver­gure lan­cée par les forces pro-ré­gime dans cette ré­gion stra­té­gique riche en res­sources na­tu­relles est co­or­don­née par une chambre d’opé­ra­tion qui com­prend les Ira­niens, les Sy­riens et le Hez­bol­lah. Dans un dé­ploie­ment ty­pique, le Hez­bol­lah di­rige l’of­fen­sive et as­sure le tra­vail de dé­mi­nage. «L’ar­mée sy­rienne suit (les com­man­dos du Hez­bol­lah) et sta­bi­lise le sec­teur. Les uni­tés d’in­gé­nie­rie du Hez­bol­lah dé­cident en­suite de l’éta­blis­se­ment des quar­tiers d’état-ma­jor et at­tri­buent les tâches. La ré­gion est ré­par­tie en sec­teur et on dé­cide de la lo­gis­tique», ajoute-t-il.

Le com­man­dant, très op­ti­miste, es­time que le reste de Deir Ezzor va ra­pi­de­ment tom­ber, no­tam­ment les villes de Maya­deen et de Bou Ka­mal, qui se trouvent en bor­dure de la fron­tière avec l’irak. «Les Amé­ri­cains sont ve­nus au secours de L’EI, en les lais­sant ac­cé­der à nos cam­pe­ments. Nous avons per­du 18 mar­tyrs, dans la ré­gion entre Su­kh­na et Deir Ezzor», ré­vèle l’of­fi­cier. «Sans comp­ter les chefs de L’EI qui sont hé­li­por­tés». Le com­man­dant se ré­fère

LA BA­DIA, DERAA ET QUNEITRA: DEUX RÉ­GIONS AU COEUR DU DÉ­PLOIE­MENT DU HEZ­BOL­LAH EN SY­RIE.

à un rap­port vé­hi­cu­lé par les médias sy­riens et russes fai­sant état de l’éva­cua­tion pré­su­mée de com­man­dants de L’EI par l’ar­mée amé­ri­caine dans la pro­vince de Deir Ezzor. Une ru­meur lan­cée par une source di­plo­ma­tique mi­li­taire russe, qui au­rait dé­cla­ré à l’agence de presse

Sput­nik qu’un avion des forces aé­riennes amé­ri­caines avait éva­cué les di­ri­geants du champ de ba­taille D’EI de la ville de Deir Ezzor.

PRÈS DU GOLAN. Mais la ré­gion de Deir Ezzor n’est pas la seule à re­ce­voir l’at­ten­tion du Hez­bol­lah. Se­lon le com­man­dant, le par­ti chiite se­rait en train de conso­li­der sa pré­sence dans le sud de la Sy­rie.

En mai der­nier, la Rus­sie et l’iran, al­liées du pré­sident As­sad, et la Tur­quie, qui sou­tient les re­belles, ont adop­té un plan russe créant des «zones de déses­ca­lade», c’est-à-dire sé­cu­ri­sées. Ces zones ont été éta­blies dans di­verses pro­vinces sy­riennes oc­cu­pées par les re­belles. Une zone com­prend la pro­vince d’id­leb (nord-ouest) où 1500 ob­ser­va­teurs turcs, ira­niens et russes se­ront dé­ployés se­lon un ré­cent rap­port, et des sec­teurs de Lat­ta­quié, Ha­ma et Alep. Dans le centre du pays, une zone a été éta­blie dans la pro­vince de Homs ain­si que plus au sud près de Da­mas, dans la Ghou­ta orien­tale, grand bas­tion re­belle. Mais c’est dans le sud que le bât blesse. Dans cette ré­gion, le plan de déses­ca­lade a per­mis un ré­ta­blis­se­ment re­la­tif du calme, no­tam­ment dans les pro­vinces de Deraa et Quneitra, contrô­lées ma­jo­ri­tai­re­ment par les re­belles. Mais le Hez­bol­lah semble pro­fi­ter de l’ac­cal­mie pour construire des for­ti­fi­ca­tions. «Cette déses­ca­lade est tout à notre avan­tage», es­time le com­man­dant, qui as­sure que son par­ti se­rait en train de me­ner des opé­ra­tions de re­con­nais­sance, de per­cer des tun­nels et d’ins­tal­ler des lance-ro­quettes dans le sec­teur.

A l’ins­tar de la Ba­dia, le sud de la Sy­rie re­vêt une im­por­tance stra­té­gique pour le Hez­bol­lah et l’iran, en rai­son de l’ac­cès à la ligne de front is­raé­lienne à tra­vers le Golan.

DÉ­PLOIE­MENT La Ré­sis­tance au­rait dé­ployé plus de 8 000 com­bat­tants dans la Ba­dia.

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