PAU­LA YACOUBIAN

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La com­plice du té­lé­spec­ta­teur

6000M2 D’ES­PACES PU­BLICS SE­RONT CRÉÉS AIN­SI QUE DE LARGES TROT­TOIRS POUR FA­CI­LI­TER L’IM­PLAN­TA­TION DE TER­RASSES POUR LES RES­TAU­RANTS.

«De­puis 2011, notre ac­ti­vi­té a plon­gé d’au moins 70%, ex­plique Yves Azar, res­pon­sable du res­tau­rant Chase. Les loyers eux, n’ont pour­tant pas bais­sé». A Sassine, ces der­nières an­nées, les com­merces ferment à vue d’oeil, sur un lieu pour­tant stra­té­gique de la ca­pi­tale li­ba­naise. Ils sont vic­times comme le reste de la ca­pi­tale et du pays de la si­tua­tion éco­no­mique mo­rose. Mo­na Rizk, ar­chi­tecte en charge du pro­jet de ré­no­va­tion de la place Sassine par la mu­ni­ci­pa­li­té de Bey­routh constate un dés­équi­libre entre la va­leur fon­cière des biens à Sassine, qui sont par­mi les plus chers de la ville après So­li­dere, et les lo­ca­tions com­mer­ciales. «Au­jourd’hui, tous ces com­merces ferment alors qu’ils bé­né­fi­cient d’un ex­cellent em­pla­ce­ment d’un point de vue im­mo­bi­lier, c’est donc qu’il existe un vrai pro­blème.»

La mis­sion de Mo­na et de la mu­ni­ci­pa­li­té est donc de rendre à Sassine toute son at­trac­ti­vi­té d’an­tan, à la fois pour at­ti­rer des pié­tons, de nou­veaux in­ves­tis­se­ments, des res­tau­rants et des ca­fés.

LA RÉ­NO­VA­TION. «Nous vou­lions ré­no­ver Sassine car la place consti­tue un lieu char­gé d’his­toire et un point né­vral­gique pour toute la ca­pi­tale, ex­plique Ja­mal Ita­ni, pré­sident de la mu­ni­ci­pa­li­té de Bey­routh. L’ob­jec­tif est de mettre le ci­toyen au coeur du pro­jet pour que le Li­ba­nais puisse se ré­ap­pro­prier l’es­pace pu­blic».

L’idée est de ré­ta­blir l’équi­libre entre pié­tons et voi­tures. «Dans toutes les villes du monde, la prio­ri­té a été don­née aux au­to­mo­biles du­rant les an­nées 1960-1970 puis la ten­dance s’est in­ver­sée dans les an­nées 1990, note Mo­na Rizk. Au­jourd’hui, nous vou­lons rendre à Sassine sa fonc­tion de place qui est, pour l’ins­tant, plu­tôt un grand car­re­four».

Six-mille mètres car­rés d’es­paces pu­blics se­ront ain­si créés ain­si que de larges trot­toirs pour fa­ci­li­ter l’im­plan­ta­tion de ter­rasses pour les res­tau­rants. Pour évi­ter la conges­tion du tra­fic et les em­bou­teillages, des dé­po­se­mi­nutes vont voir le jour pour per­mettre aux taxis de s’ar­rê­ter sans gê­ner la cir­cu­la­tion. L’ob­jec­tif est aus­si de re­créer le tis­su ur­bain qui exis­tait avant que le tun­nel Mar Mi­tr/hô­tel Dieu et le pont de L’ABC ne soient construits. «Nous vou­lons éga­le­ment re­don­ner vie à cette dy­na­mique so­ciale si propre au quar­tier: re­créer des lieux de ren­contres, tout ce qui fait le charme et la touche li­ba­naise, in­siste de son cô­té Ca­role Ba­bi­kian, pré­si­dente de l’as­so­cia­tion Achra­fié 2020. Il y au­ra des es­paces où les pié­tons pour­ront se pro­me­ner sans voi­tures, des jeux pour en­fants, des gra­dins pour per­mettre l’or­ga­ni­sa­tion d’évé­ne­ments en plein air mais aus­si des kiosques et un

OB­JEC­TIF: RE­DON­NER SON AT­TRAC­TI­VI­TÉ D’AN­TAN À LA PLACE SASSINE

mur dé­dié aux mar­tyrs pour se sou­ve­nir des per­sonnes dis­pa­rues ici, ano­nymes comme cé­lèbres.»

8 À 10 MIL­LIONS $. Les tra­vaux dé­bu­te­ront au dé­but de l’an­née pour un pro­jet qui coû­te­ra entre 8 et 10 mil­lions de dol­lars et se­ra fi­nan­cé par la mu­ni­ci­pa­li­té de Bey­routh.

Pour les com­mer­çants, si ce pro­jet se­ra sans doute très bé­né­fique pour l’ac­ti­vi­té, «le manque d’in­fra­struc­tures et la conges­tion du tra­fic ne suf­fisent pas à ex­pli­quer la plon­gée de l’ac­ti­vi­té éco­no­mique», comme le sou­ligne le pro­prié­taire du Chase. «Le plus grand pro­blème, c’est l’éco­no­mie li­ba­naise, consi­dère Yves Azar. Le quar­tier compte des mil­liers d’em­ployés de banques mais avec des sa­laires de 900 dol­lars, ils ne peuvent pas man­ger à plus de dix dol­lars. Bien sûr, la ré­no­va­tion de la place ren­dra de l’at­trac­ti­vi­té à l’en­droit, mais ça ne suf­fi­ra pas à faire re­par­tir nos af­faires». Le pro­prié­taire du Chase se lance alors lui­même dans une ré­no­va­tion de son res­tau­rant et de sa carte. «Nous al­lons re­voir le me­nu et les prix pour per­mettre à plus de Li­ba­nais de ve­nir chez nous».

C’est éga­le­ment la conclu­sion de To­ny Eid, le pré­sident de l’as­so­cia­tion des com­mer­çants de Bey­routh: «Bien sûr, tout nou­veau pro­jet de dé­ve­lop­pe­ment à Achra­fié est le bien­ve­nu pour re­dy­na­mi­ser le quar­tier mais ce­la ne suf­fi­ra pas. C’est un pro­blème struc­tu­rel au­quel font face les com­mer­çants de Sassine comme du pays. Le pou­voir d’achat des Li­ba­nais est en chute alors que les taxes ne le sont pas. C’est d’un al­lè­ge­ment des charges dont les com­mer­çants ont be­soin et d’un plan de re­struc­tu­ra­tion éco­no­mique glo­bal.» La re­struc­tu­ra­tion de la place Sassine n’est qu’un dé­but. Le pré­sident de la mu­ni­ci­pa­li­té, Ja­mal Ita­ni, s’est fixé pour ob­jec­tif de créer plus d’es­paces pu­blics pour les Bey­rou­thins. Son pro­chain chan­tier: la ré­ha­bi­li­ta­tion de la rue de Da­mas où, là en­core, son ob­jec­tif est de rendre plus de place aux pié­tons et aux es­paces verts, la place des Mar­tyrs et même la Cor­niche et la plage de Ram­let el-bay­da qui conti­nue­ra à res­ter pu­blique.

L’IDÉE EST DE RÉ­TA­BLIR L’ÉQUI­LIBRE ENTRE PIÉ­TONS ET VOI­TURES.

PRO­JETS Après le ré­amé­na­ge­ment de la place Sassine, la rue de Da­mas, la place des Mar­tyrs, la Cor­niche ou Ram­let el-bay­da sont dé­jà dans les car­tons.

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