FRAN­ÇOIS A UNE OB­SES­SION: JE­TER DES PONTS. C’EST LE MES­SAGE ADRES­SÉ À L’EU­ROPE, ÊTRE FI­DÈLE À SES VA­LEURS ET DONC, AC­CUEILLIR LES MI­GRANTS.

Le Mensuel Magazine - - Salon Du Livre -

La com­mu­ni­ca­tion n’a-t-elle pas en­va­hie sa mis­sion prin­ci­pale? Lors­qu’il rentre de Les­bos avec trois fa­milles de Sy­riens mu­sul­mans dans son avion, son om­ni­pré­sence sur les ré­seaux so­ciaux…

Son rôle prin­ci­pal, c’est le contact hu­main. Je di­rais que ceux qui lui re­prochent un ex­cès de com­mu­ni­ca­tion sont ceux qui ne sont pas en ac­cord avec ses théo­ries, un peu de la même ma­nière qu’en po­li­tique, il est beau­coup plus fa­cile de s’at­ta­quer à la com­mu­ni­ca­tion au­tour d’une per­son­na­li­té que sur le fond de ce qu’elle dé­fend. Ce n’est pas de la com­mu­ni­ca­tion, c’est en fait un mes­sage po­li­tique mais ti­ré de la spiritualité. C’est pour cette rai­son qu’il n’est ni de gauche ni de droite, parce que la spiritualité dé­passe ces cli­vages. Il bous­cule, et à l’oc­ca­sion de la sor­tie du livre, je vois des ré­ac­tions très fa­vo­rables mais aus­si hos­tiles. Il y a de l’an­ti­clé­ri­ca­lisme et de l’an­ti­pa­pisme, mais à mes yeux si la moi­tié des chefs d’etat avaient la même fa­çon de pen­ser que lui, le monde n’en se­rait pas là.

Vous vous con­si­dé­rez comme ag­nos­tique. Voyez-vous les choses dif­fé­rem­ment?

En tout cas, ce­la ne peut pas vous lais­ser in­dif­fé­rent, dans le cas contraire, on ne se­rait pas nor­mal. Ce­la marque for­cé­ment spec­ta­teur en­ga­gé choix de Dieu L’uni­té d’un homme ndlr),

Se pose-t-il la ques­tion de sa po­pu­la­ri­té?

Non, il ne s’en pré­oc­cupe pas. Il sait qu’il est très po­pu­laire mon­dia­le­ment et bien évi­dem­ment ce­la lui fait plai­sir, les re­la­tions avec la Cu­rie étant dif­fi­ciles. D’une cer­taine ma­nière, il fait un peu comme Jean-paul II, il s’ap­puie sur l’ex­té­rieur pour es­sayer de faire bou­ger un peu l’in­té­rieur. D’où son sur­nom de pape de la mon­dia­li­sa­tion et ses nom­breux dé­pla­ce­ments en Co­lom­bie, au Ban­gla­desh … même s’il n’aime pas trop voya­ger. Il a quand même 80 ans. Fran­çois est avant tout un spi­ri­tuel et un pas­teur. Mais il dit que si on ne tient pas compte de notre Terre-mère, tout va ex­plo­ser. Donc, s’oc­cu­per de la sau­ve­garde de l’éco­lo­gie, ré­duire les in­éga­li­tés éco­no­miques et so­ciales, don­ner à man­ger à tout le monde, ce sont des condi­tions po­li­tiques pour que la spiritualité existe. En ce­la, il in­carne une vraie rup­ture avec ses pré­dé­ces­seurs.

Mais n’est-ce pas plus fa­cile pour un pape d’avoir cette li­ber­té d’es­prit?

Les autres papes n’al­laient pas aus­si loin que lui dans le rap­pel des va­leurs de la sim­pli­ci­té et de la pau­vre­té. Jean-paul II dé­non­çait les in­éga­li­tés moins di­rec­te­ment mais sur un plan théo­lo­gique, pas sur un plan so­cio­po­li­tique. En plus, 50% des ca­tho­liques ne sont pas d’ac­cord avec Fran­çois. Il n’est pas naïf et en a conscience, il pré­fè­re­rait d’ailleurs qu’ils soient d’ac­cord avec lui, mais il ne lâ­che­ra pas, no­tam­ment sur l’im­mi­gra­tion. Pour lui, l’im­mi­gra­tion est la fi­gure de l’homme.

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