Le gas­pillage au coeur de l'etat

Seul pays au monde où le bud­get est vo­té après que les trois quarts des fonds aient été dé­pen­sés, le Li­ban connaît une cor­rup­tion in­édite. Gas­pillage, conflits d’in­té­rêts, ad­mi­nis­tra­tions désuètes... Où vont les de­niers pu­blics et qui en pro­fite? En­quête.

Le Mensuel Magazine - - Sommaire -

Oc­tobre 2017. Après 12 ans d’in­ter­rup­tion, le gou­ver­ne­ment vote un bud­get qui pré­sente plu­sieurs la­cunes tant sur la forme que sur le fond. Ces im­per­fec­tions bud­gé­taires jus­ti­fient le gas­pillage de l’ar­gent pu­blic. Au ni­veau de la forme, un tel vote re­pré­sente une vio­la­tion de la Cons­ti­tu­tion, qui pré­cise que le pro­jet de bud­get de l’an­née en cours de­vrait être trans­mis au Par­le­ment au dé­but de la ses­sion lé­gis­la­tive de l’an­née qui pré­cède (dans ce cas-là en 2016).

D’après Jean Ta­wi­lé, pré­sident du Conseil éco­no­mique du par­ti Ka­taëb, «il n’y a au­cun sens à ce que le bud­get de 2017 soit exa­mi­né et vo­té, puisque le gou­ver­ne­ment est sup­po­sé dé­battre de ce­lui de 2018. Mais lorsque les in­ten­tions ne sont pas ce qu’elles de­vraient être, l’es­sen­tiel est de mon­trer qu’il s’agit d’un «ex­ploit» hors normes». Or, un tel ac­com­plis­se­ment s’avère vide de sens et il convien­drait de rap­pe­ler la vraie si­gni­fi­ca­tion du vote du bud­get. Autre point es­sen­tiel qui re­lève de la forme: l’au­dit des comptes qui est inexis­tant. Ce­ci tor­pille un des plus im­por­tants rôles du Par­le­ment, ce­lui de la sur­veillance des dé­penses pu­bliques. «Dans le sec­teur pri­vé, toute so­cié­té est te­nue d’éta­blir un re­le­vé de ses comptes et d’en éla­bo­rer un rap­port des­ti­né aux ac­tion­naires pour éva­luer le taux de gas­pillage», pré­cise M. Ta­wi­lé. Que se­rait-ce alors s’il s’agit d’un ni­veau plus large qui est ce­lui d’un Etat?

Pour abor­der la ques­tion du fond, deux prin­ci­paux élé­ments sont à sou­li­gner. No­tons d’abord qu’au­jourd’hui la si­tua­tion éco­no­mique est ca­tas­tro­phique avec 4,71 mil­liards de dol­lars af­fec­tés au ser­vice de la dette (soit 27,74% du to­tal des dé­penses), plus de 25% de chô­mage, plus de 30% de la po­pu­la­tion qui

Newspapers in French

Newspapers from Lebanon

© PressReader. All rights reserved.