Riyad,

Le Mensuel Magazine - - Revisitée - PAR PAUL KHALIFEH

De Beyrouth au Chouf, de Té­hé­ran à Mos­cou, en pas­sant par Da­mas et Wa­lid Joum­batt com­mente en ex­clu­si­vi­té pour la si­tua­tion politique, mi­li­taire et éco­no­mique, et ima­gine le Li­ban et le de demain.

Wa­lid Joumblatt n’a que 28 ans lors­qu’il hé­rite, dans des cir­cons­tances tra­giques et in­at­ten­dues, de la lourde res­pon­sa­bi­li­té de di­ri­ger la com­mu­nau­té druze et le Mou­ve­ment na­tio­nal li­ba­nais, après l’as­sas­si­nat de son père, le 16 mars 1977. Suc­cé­der au cha­ris­ma­tique Ka­mal Joumblatt, homme d’ex­cep­tion, éru­dit et phi­lo­sophe, semble une tâche ti­ta­nesque, une mis­sion qua­si im­pos­sible, dans un Li­ban plon­gé en pleine guerre ci­vile et un Moye­no­rient su­jet aux tur­bu­lences. Le jeune Joumblatt est plu­tôt un homme dis­cret, presque ef­fa­cé de­vant l’om­ni­pré­sence d’un père à la per­son­na­li­té écra­sante. Pour­tant, il ne se dé­robe pas à ses res­pon­sa­bi­li­tés lors­qu’on lui pose la Abaya sur les épaules, de­vant le cer­cueil de son père. Dès les pre­mières an­nées de son lea­der­ship, il de­vient une per­son­na­li­té politique in­con­tour­nable et s’im­pose comme l’un des pi­liers du Li­ban de l’après-taëf, jouant un rôle dé­pas­sant de loin le poids dé­mo­gra­phique de sa com­mu­nau­té. Au­jourd’hui, après un par­cours de 40 ans, «ja­lon­né de ter­ribles dé­fis», Wa­lid Joumblatt veut pas­ser la main à son fils Tay­mour, âgé de 36 ans. «J’ar­rive à la fin de ma car­rière, je suis un peu fa­ti­gué, nous confie-t-il. Mon fils a gran­di et ce n’est pas juste ni lo­gique qu’il at­tende ma disparition pour prendre la re­lève». Le bey, comme l’ap­pellent af­fec­tueu­se­ment ses par­ti­sans, cherche-t-il bri­ser une tra­gique fa­ta­li­té fa­mi­liale, où la suc­ces­sion se fait ra­re­ment du vi­vant du père?

Le dé­pu­té du Chouf re­con­naît que Tay­mour n’était pas, «au dé­part», très en­thou­siaste d’as­su­mer le rôle qui lui est im­par­ti. «Main­te­nant, il est dans le bain. Il fait dé­jà un cer­tain ap­pren­tis­sage de­puis un peu plus de deux ans. Et puis demain, il y au­ra le test des élec­tions, ce­lui de la lé­gi­ti­mi­té populaire, qui est pri­mor­dial», dit-il. «C’est le mo­ment pour mon fils Tay­mour de prendre la re­lève. Il y a tou­jours un Joumblatt à la tête de Mou­kh­ta­ra, comme re­père politique, comme point de re­fuge et d’asile, pour cette région mul­ti­con­fes­sion­nelle qu’est la Mon­tagne, à l’image du Li­ban». Tay­mour est bien en­ca­dré. Par son père, en pre­mier lieu, qui es­saie de lui trans­mettre son ex­pé­rience. Celle-ci est très riche. Dès l’ado­les­cence, Wa­lid Joumblatt a été ini­tié à la chose politique et aux causes des Arabes par son père. A 16 ans puis à 18 ans, Ka­mal Joumblatt l’em­mène au Caire ren­con­trer le pré­sident Ga­mal Ab­del Nas­ser. «J’ai vu ce grand homme avant et après la défaite de 1967», se sou­vient-il.

BER­RY, L’AL­LIÉ DE TOU­JOURS. Certes, Wa­lid Joumblatt pré­pare son fils à lui suc­cé­der. Mais il n’en a pas pour au­tant aban­don­né la politique. C’est lui qui conti­nue de prendre les grandes dé­ci­sions et de gé­rer les dé­li­cates re­la­tions avec les dif­fé­rentes forces po­li­tiques. De tous les res­pon­sables, le pré­sident du Par­le­ment est ce­lui qui ob­tient ses fa­veurs. «Une longue lutte com­mune me lie à Na­bih Ber­ry, de­puis l’époque où nous étions tous les deux des al­liés de la Syrie contre ce que l’on ap­pe­lait le ‘camp iso­la­tion­niste’, se sou­vient-t-il. En­semble, nous avons te­nu en échec l’ac­cord libano-is­raé­lien du 17 mai (1983) et avons ou­vert la route de Da­mas vers le sud et vers Beyrouth. Nous avons pla­ni­fié et exé­cu­té le sou­lè­ve­ment du 6 fé­vrier 1984 (contre le pré­sident Amine Ge­mayel)». En plus des di­men­sions his­to­rique et per­son­nelle, la re­la­tion entre les deux hommes est ren­for­cée par le fait qu’ils sont «les deux der­niers de l’ac­cord de Taëf». «Nous avons bâ­ti Taëf en­semble, bien que nous

Le ré­dac­teur en chef Paul Khalifeh avec Wa­lid Joumblatt.

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