MI­CHEL OCE­LOT

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Le conte, pour par­ler de tout

Convié par l’ins­ti­tut fran­çais du Li­ban, Mi­chel Oce­lot re­vient pour pré­sen­ter des sé­quences de son pro­chain film d’ani­ma­tion, au ci­né­ma Mon­taigne. Il se­ra aus­si l’in­vi­té d’hon­neur de My Youth Film Fes­ti­val, or­ga­ni­sé par Me­tro­po­lis.

Com­ment vous est ve­nu Di­li­li à Pa­ris?

Je m’ap­plique à ex­plo­rer tous les as­pects pas­sion­nants de la pla­nète. La France est un de ces en­droits, en par­ti­cu­lier Pa­ris. Et comme j’y ha­bite, la cé­lé­bra­tion était par­ti­cu­liè­re­ment fa­cile. Pa­ral­lè­le­ment à une ci­vi­li­sa­tion in­té­res­sante, créa­trice et pre­nant en compte hommes et femmes en­semble, j’ai mon­tré l’in­verse: les hommes se te­nant mal avec femmes et filles, phé­no­mène grave et mon­dial.

Vous avez pas­sé votre en­fance à Co­na­kry avant de vous ins­tal­ler à An­gers, y-a-t-il un peu de vous dans cette pe­tite fille?

Bien sûr! Il est rare qu’un hé­ros ne soit pas une va­ria­tion sur l’au­teur lui-même —un hé­ros ou plu­sieurs en même temps. Je suis aus­si Orel, le grand gar­çon li­vreur en tri­cycle.

Pour­quoi avoir choi­si la Belle époque comme cadre tem­po­rel à votre ré­cit?

Pour une rai­son as­sez fri­vole, les der­nières robes longues en Oc­ci­dent, c’est si beau. En étu­diant l’époque, j’ai consta­té qu’on but­tait dans un grand per­son­nage à tous les coins de rue, Pi­cas­so, Ma­rie Cu­rie, Proust, Eif­fel, Tou­louse-lau­trec, Ro­din, Re­noir, Zo­la, Isa­do­ra Dun­can, les frères Lu­mière…

Com­ment en­vi­sa­gez-vous les nou­velles tech­niques de réa­li­sa­tion dans l’ani­ma­tion?

J’y suis plu­tôt à l’aise, même si par­fois je les mau­dis, comme toutes les tech­niques par les­quelles je suis pas­sé… La 3D in­for­ma­tique est lourde, né­ces­site trop de corps de mé­tiers dif­fé­rents. Elle fait re­gret­ter la sim­pli­ci­té et le bri­co­lage du pa­pier dé­cou­pé. Mais elle per­met bien des per­fec­tion­ne­ments im­pos­sibles en des­sin ani­mé tra­di­tion­nel.

Qu’est-ce qui vous at­tire dans l’uni­vers du conte et de l’en­fance?

Je ne cherche pas par­ti­cu­liè­re­ment l’en­fance, c’est une éti­quette qu’on me met. J’ai trou­vé mon lan­gage avec le conte, j’y tiens et je conti­nue. Le conte ré­pond à mes deux dé­si­rs. D’un cô­té je veux faire du beau, de l’agréable. Avec le conte, c’est fa­cile. D’un autre cô­té, je veux trai­ter tous les su­jets. Avec le conte, tout est pos­sible et net. On va droit où il faut al­ler, sans se prendre les pieds dans les câbles de la vrai­sem­blance qui n’a rien à voir avec le mes­sage vou­lu. Dans la forme «contes», je suis comme un pois­son dans l’eau.

Quel sou­ve­nir gar­dez-vous de vos deux der­niers voyages au Li­ban?

Je me suis sen­ti rem­pli à ras-bord d’im­pres­sions. La beau­té des lieux et des pay­sages, les dé­lices de la cui­sine… Une fas­ci­na­tion pour un pays à à la com­plexi­té ex­cep­tion­nelle. De l’ad­mi­ra­tion et aus­si de l’em­bar­ras à la vi­sion, la pre­mière fois, de traces ter­ribles de l’in­ter­mi­nable guerre ci­vile. J’ai été sé­duit pas les gens, par leur ai­sance dans les langues. Je me sou­viens avoir ren­con­tré une jeu­nesse sé­dui­sante au pos­sible. Cette fois, je vais me lais­ser al­ler et goû­ter tran­quille­ment tout ce qui s’offre à moi.

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