TOURISME RELIGIEUX

Le for­mi­dable potentiel du Liban

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Sur 10 452 m2, le Liban re­grou­pe­rait pas moins de 3 500 sites religieux. C’est l’un des pays les plus an­ciens au monde, avec un hé­ri­tage cultu­rel des plus riches et di­vers. Les sites les plus vi­si­tés sont No­tre­dame-du-liban à Ha­ris­sa, avec 2 mil­lions de touristes par an, le mo­nas­tère de Saint-ma­roun, à Mar Char­bel-an­naya, avec 400 000 vi­si­teurs par an, et Notre-dame-de-mantara (Maghdouché), avec 360 000 vi­si­teurs an­nuel­le­ment. Mais au­jourd’hui, peut-on réel­le­ment par­ler d’un tourisme religieux et cultu­rel au Liban, alors que seuls quelques sites sont connus du grand pu­blic et amé­na­gés pour les vi­si­teurs?

UN SEC­TEUR ÉMERGENT?

Pour Nas­sib Gho­bril, éco­no­miste en chef à la By­blos Bank, le potentiel est bien là puisque les sites sont nom­breux, mais ce­la ne suf­fit pas, il faut à pré­sent ex­ploi­ter ce potentiel. Pour ce­la, il faut ti­rer avan­tage de la ré­gion dans la­quelle le Liban se trouve.

«Nous sommes dans une ré­gion très riche entre la Mecque et Jé­ru­sa­lem, ex­plique l’ex­pert, il ne

faut donc ab­so­lu­ment pas se pla­cer dans une lo­gique de concur­rence mais plu­tôt de conti­nui­té et ins­crire le Liban sur la carte de ce tourisme cultu­rel et religieux dans la ré­gion». Pour Nour Far­ra-had­dad, consul­tante en tourisme et pro­fes­seure d’uni­ver­si­té, le potentiel du tourisme cultu­rel et religieux au Liban est énorme avec plu­sieurs com­mu­nau­tés re­pré­sen­tées et donc des sites religieux de toutes sortes. «Nous es­ti­mons à des mil­liers de sites religieux et cultu­rels au Liban. Nous tra­vaillons beau­coup sur des es­ti­ma­tions, car les chiffres ne sont pas dis­po­nibles mais nous avons iden­ti­fié en­vi­ron 3 500 sites religieux chré­tiens et pra­ti­que­ment au­tant de mu­sul­mans», pré­cise-t-elle. Mais avant de rê­ver d’at­ti­rer les touristes in­ter­na­tio­naux, la prio­ri­té doit être de ci­bler les Li­ba­nais eux-mêmes. «Ils doivent être au coeur de la stra­té­gie de dé­ve­lop­pe­ment du sec­teur», in­siste Nas­sib Gho­bril. Car si les sites prin­ci­paux comme Ha­ris­sa et Mar Char­bel at­tirent dé­jà, il existe des mil­liers de sites cultu­rels et religieux que les Li­ba­nais ne connaissent pas. Pour­tant, s’ils étaient pro­mus, ils de­vien­draient des des­ti­na­tions in­té­res­santes et pri­sées. ll faut donc com­men­cer par faire dé­cou­vrir la ri­chesse cultu­relle et cultuelle du Liban aux Li­ba­nais.

«Pre­nez Maghdouché par exemple, au Sud-liban, pour­suit l’éco­no­miste. Le Va­ti­can a consi­dé­ré ce lieu comme un en­droit où la Vierge at­ten­dait Jé­sus et per­sonne ne le sait, il faut tra­vailler sur la pro­mo­tion et la com­mu­ni­ca­tion au­près des lo­caux. Les Li­ba­nais sont ceux qui uti­lisent le plus les hô­tels, conti­nuent à sor­tir même en temps de crise, c’est eux qu’il faut com­men­cer à ci­bler».

DONNÉES RARES.

Le manque d’in­for­ma­tion est le prin­ci­pal obs­tacle au dé­ve­lop­pe­ment du sec-

teur. Le gou­ver­ne­ment a bien lan­cé une car­to­gra­phie en com­men­çant par 250 sites pilotes. Mal­gré ce­la, les données sur les re­tom­bées éco­no­miques qu’un dé­ve­lop­pe­ment du sec­teur pour­rait en­gen­drer se font très rares.

Ba­hi Gho­bril, un des consul­tants pour l’uni­té CRT en charge de dé­ve­lop­per le sec­teur ex­plique: «Nous n’avons au­cune don­née of­fi­cielle sur le tourisme religieux au Liban. Ce­la dit, le potentiel est im­por­tant. L’industrie du tourisme religieux dans le monde re­pré­sente 20% du tourisme glo­bal (en termes de vi­si­teurs et de re­ve­nus gé­né­rés). Si l’on veut faire une es­ti­ma­tion pour le Liban, puisque le tourisme re­pré­sente en­vi­ron 20% du PIB, on peut s’at­tendre à ce que le tourisme cultu­rel et religieux re­pré­sente 5% de ce der­nier, une fois que le sec­teur se­ra plei­ne­ment dé­ve­lop­pé». La prio­ri­té doit donc être don­née à une large cam­pagne d’in­for­ma­tion et de com­mu­ni­ca­tion sur ces tré­sors li­ba­nais. «Il faut mon­trer que le Liban, ce n’est pas seule­ment l’ani­ma­tion noc­turne et les res­tau­rants», in­siste Nas­sib Gho­bril.

Il faut aus­si pré­pa­rer les sites à re­ce­voir des touristes. Au Liban, le tourisme a re­pré­sen­té 22% du PIB en 2010, et 14,4% de juin à sep­tembre 2017. «Pour pou­voir re­ve­nir aux chiffres de 2010, le dé­ve­lop­pe­ment du tourisme cultu­rel et religieux est une so­lu­tion», ajoute Nas­sib Gho­bril.

Si les sites sont bel et bien là, il reste en­core tout à faire: de l’in­for­ma­tion à la créa­tion d’in­fra­struc­tures.

PRO­MO­TION ET IN­FOR­MA­TION.

«Les cir­cuits religieux et cultu­rels tou­ris­tiques au Liban re­pré­sentent au­jourd’hui une part très mi­nime du tourisme li­ba­nais, ex­plique Ba­hi Gho­bril. Le Liban doit donc com­men­cer en dé­ve­lop­pant les sites exis­tants de ma­nière à amé­lio­rer l’ex­pé­rience du vi­si­teur. En plus de mettre à dis­po­si­tion des vi­si­teurs les in­for­ma­tions né­ces­saires pour qu’il com­prenne l’his­toire de ces sites, il faut dé­ve­lop­per des ac­ti­vi­tés au­tour: ce­la peut consis­ter en des offres in­cluant des loi­sirs, des cir­cuits en pleine na­ture, des tours cu­li­naires ou la dé­cou­verte des ré­gions ru­rales par l’ar­ti­sa­nat. Tout ce tra­vail im­plique une par­ti­ci­pa­tion et des ef­forts de la part des mu­ni­ci­pa­li­tés dans les ré­gions concer­nées».

De son côté, Nas­sib Gho­bril sug­gère que le gou­ver­ne­ment oc­troie des in­ci­ta­tions

fis­cales d’une du­rée de 5 ans pour les pro­jets in­dus­triels et/ou com­mer­ciaux en lien avec le tourisme cultu­rel et religieux.

Nour Far­ra-had­dad elle, sou­ligne la nécessité de re­pla­cer le Liban sur la carte du tourisme mon­dial en le re­con­nais­sant comme Terre Sainte. «Il faut com­men­cer à pro­mou­voir le Liban comme fai­sant par­tie de la Terre Sainte. Il est ci­té 96 fois dans la Bible. Par ailleurs, la Vierge au­rait at­ten­du Jé­sus au Sud-liban. Pour dé­ve­lop­per son tourisme religieux, le Liban doit pro­mou­voir ce pa­tri­moine».

A no­ter que l’en­jeu du dé­ve­lop­pe­ment du tourisme cultu­rel et religieux est ma­jeur. En ef­fet, la grande ma­jo­ri­té des sites iden­ti­fiés le sont dans des ré­gions mar­gi­na­li­sées du Liban. Le dé­ve­lop­pe­ment de ces lieux pour­rait donc pro­fi­ter aux populations locales, créer des em­plois et drai­ner des investissements.

«Main­te­nant, pour que ce potentiel se confirme il faut in­ves­tir, dé­ve­lop­per l’in­fra­struc­ture à proxi­mi­té des sites, des places de par­kings, le but étant d’al­lon­ger la sai­son tou­ris­tique au maxi­mum», ajoutent les ex­perts. «C’est aus­si un sec­teur très im­por­tant car ce type de tourisme n’est pas af­fec­té par les guerres ou la si­tua­tion politique du pays, note Nour Far­ra-had­dad. Donc si nous par­ve­nons à dé­ve­lop­per ce sec­teur, ce se­rait une ren­trée économique as­su­rée en dé­pit des aléas géo­po­li­tiques. La fré­quen­ta­tion des sites religieux aug­mente même en temps de crise!». Cette spé­cia­liste a d’ailleurs ré­cem­ment mis en place une ap­pli­ca­tion té­lé­char­geable gra­tui­te­ment sur Smart­phone, bap­ti­sée Ho­ly Le­ba­non, des­ti­née au grand pu­blic, et qui ré­per­to­rie des cen­taines de sites religieux de toutes confes­sions. Les pro­fes­sion­nels in­ter­ro­gés sou­lignent tous que le prin­ci­pal obs­tacle au dé­ve­lop­pe­ment du tourisme religieux reste le pro­blème de la sé­cu­ri­té. Le Liban au­ra tou­jours du mal à at­ti­rer des touristes étran­gers en ces temps de crise.●

TROIS SITES DRAINENT PRESQUE 3 MIL­LIONS DE VI­SI­TEURS AN­NUEL­LE­MENT, PRÉFIGURANT LE POTENTIEL SI D’AUTRES LIEUX ÉTAIENT MIS EN AVANT.

NOTRE-DAME DE MANTARA (MAGHDOUCHÉ) Le Va­ti­can a consi­dé­ré ce lieu comme un en­droit où la Vierge at­ten­dait Jé­sus.

BEY­ROUTH La Mos­quée Al-amine, le plus grand lieu de culte mu­sul­man au Liban

SAYDET EL NOURIEH, HAMAT. Le Liban comp­te­rait pas moins de 7 000 sites religieux, toutes confes­sions confon­dues.

NOUR FAR­RA-HAD­DAD.«Il faut pro­mou­voir le Liban comme fai­sant par­tie de la Terre Sainte».

NAS­SIB GHO­BRIL.«Les Li­ba­nais doivent être au coeur de la stra­té­gie de dé­ve­lop­pe­ment du sec­teur».

NOTRE DAME DE HA­RIS­SA Il s’agit sans doute de l’un des sites les plus vi­si­tés.

NABI AYOUB L’un des plus im­por­tants sanc­tuaires religieux druzes, à Ni­ha.

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