LE FESTIVAL DU FILM LI­BA­NAIS

En cou­lisses

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En plein pro­ces­sus de sé­lec­tion de l’édi­tion 2018 du FFL, axée au­tour de la femme, Ma­ga­zine a sé­lec­tion­né pour vous ses trois coups de coeur, trois courts mé­trages hors-com­pé­ti­tion, forts, in­tenses et poi­gnants: Skin d’in­aam At­tar, In white de Da­nia Bdeir, et Rap­pelle-moi de Ma­rie-hé­lène Cop­ti. En­tre­mê­lant sym­boles et ré­fé­rents, poé­sie et sub­ti­li­té, cha­cun à sa ma­nière, ces trois films prouvent que le court­mé­trage n’est pas un art mi­neur. Ils traitent de la re­la­tion mère/fille dans ses mul­tiples phases, de l’ado­les­cence au de­ve­nir femme, comme une his­toire unique qu’on ra­con­te­rait.

SKIN, D’IN­AAM AT­TAR. In­tense, sub­til, Skin est une véritable pé­pite. Fil­mé à même le corps, à même la pa­role du corps, ce film traite de la dé­cou­verte du corps fé­mi­nin, des pre­miers émois sexuels dans une société où la sexua­li­té, hors ma­riage bien en­ten­du, est une contra­dic­tion clé­ri­cale, l’en­vers de la bonne édu­ca­tion. Entre la fille Aline, et la mère, jouée par Ju­lia Kassar, tout semble apai­sé et se­rein, une vie de rou­tine bien hui­lée, entre la mai­son, l’église, le confes­sion­nal et l’école où la mère en­seigne. Skin ne se veut pas pro­vo­ca­teur, ten­tant à cor et à cri de bri­ser le ta­bou de la sexua­li­té. Il ne la re­con­naît pas d’ailleurs comme un ta­bou en soi, puisque dé­cou­lant na­tu­rel­le­ment. La ca­mé­ra d’in­aam At­tar se po­si­tionne loin de tout voyeu­risme. Elle filme ses per­son­nages avec une grande ten­dresse, même dans les mo­ments durs, avec de gros plans sur les traits, les images fixes, le bour­don­ne­ment de l’eau et les bour­sou­flures du si­lence.

Skin pro­gresse par étapes, dans une ex­plo­ra­tion sym­bo­lique qui at­teint son point culmi­nant à la fin du film, dans cette goutte de sang, ce sai­gne­ment qui se joue d’un ef­fet de mi­roir ahu­ris­sant. Dans cette goutte de sang, tout est dit, voire mieux, tout est sug­gé­ré. Skin est

A l’oc­ca­sion de l’édi­tion 2018 du Festival du film li­ba­nais, du 17 au 21 sep­tembre, Ma­ga­zine a été in­vi­té dans les cou­lisses du Festival. Avant-goût de la sé­lec­tion qui vous at­tend.

dans la sub­ti­li­té de la sug­ges­tion. On en sort tout re­tour­né.

IN WHITE, DE DA­NIA BDEIR. Dé­dié aux femmes cou­ra­geuses de sa fa­mille, Da­nia Bdeir offre aux spec­ta­teurs un film qui se re­garde le sou­rire tou­jours tout près du coeur. Con­trai­re­ment à ce que son titre pour­rait sug­gé­rer, il ne s’agit pas d’un jour de ma­riage, d’une ma­riée en blanc. In white est à la fois un film dur et tendre qui aborde une mul­ti­tude de ques­tions so­ciales, de la plus simple à la plus com­pli­quée, des moeurs et cou­tumes bous­cu­lées aux re­la­tions im­pos­sibles.

Le père vient de mou­rir, et le film dé­roule trois jours de condo­léances. A me­sure que les mi­nutes s’écoulent, le noeud se com­plexi­fie, l’in­trigue s’étoffe au­tour de La­ra, elle qui «est de­ve­nue trop amé­ri­caine», comme le lui dit sa mère, in­ter­pré­tée par Roula Ha­ma­dé, elle qui ne com­prend pas pour­quoi il faut por­ter du noir un jour de deuil, pour­quoi ne peut-on pas s’ha­biller de blanc pour cé­lé­brer une vie pas­sé? Il n’y a presque pas de cou­leurs dans In white, que du noir, des robes de deuil, des mines blanches, des fou­lards blancs, même l’image est presque grise, fade, mo­no­chrome, va­po­reuse. Comme une réa­li­té flouée par la perte de soi, de ses convictions, face à une société in­tran­si­geante dans ses ha­bi­tudes, im­pla­cable dans ses ju­ge­ments, ses a prio­ri. Con­ti­nuer à se taire, ac­quies­cer, dire tou­jours oui. C’est qu’il faut beau­coup de cou­rage pour dire non. In white ré­sonne comme une ma­jes­tueuse pa­ra­bole sur la force du non.

RAP­PELLE-MOI, DE MA­RIE-HÉ­LÈNE COP­TI. Ce court-mé­trage prend le spec­ta­teur par sur­prise, de par la re­la­tion mère/fille qu’il aborde. On est loin de l’at­ten­due re­la­tion conflic­tuelle. La tranche d’âge que le film aborde est dif­fé­rente de ce à quoi on pour­rait s’at­tendre, gé­né­ra­le­ment peu trai­té dans le ci­né­ma lo­cal. La mère est âgée, amné­sique. Elle est at­ta­chée à ses pe­tites ha­bi­tudes, sa mousse au cho­co­lat et sa tasse de ca­fé, là où sans doute elle se re­trouve, sûre de ne pas se trom­per, parce que si près de ses ins­tincts pre­miers.

Seules dans un ca­fé, pa­ri­sien sans doute, la mère et la fille. Chez l’une, la perte de tous les re­pères, chez l’autre la las­si­tude, comme une cer­taine exas­pé­ra­tion de la vie. Entre elles, il n’y a que des mots qui tonnent dans l’in­utile de la dis­cus­sion, du dia­logue, voire du mo­no­logue. Et sou­dain, la mère de­mande à sa fille de lui rap­pe­ler ce qu’elle ai­mait chez son ma­ri, le père. Et c’est l’em­bra­se­ment des images de l’en­fance, des sou­ve­nirs pas­sés, dont l’adulte pré­fère gar­der une image noire, ri­gide. Rap­pelle-moi tonne comme un poème au­tour de la mé­moire, des sou­ve­nirs d’en­fance qu’on traîne sou­vent comme «un di­manche au­tour du cou». A moins de croi­ser le re­gard sup­pliant d’in­ter­ro­ga­tion de sa mère et re­trou­ver son en­fance au­tre­ment. Véritable ode à la vie!

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