MELHEM RIACHY

L’ac­cord de Maa­rab est ba­sé sur le par­tage du pou­voir

Le Mensuel Magazine - - Sommaire -

Melhem Riachy agit en amont et en aval en tant que mi­nistre de l’in­for­ma­tion et né­go­cia­teur en chef pour rap­pro­cher dif­fé­rentes com­po­santes po­li­tiques libanaises. Il af­firme avoir em­bras­sé les deux rôles avec au­tant d’en­thou­siasme que de dé­ter­mi­na­tion.

Dans un en­tre­tien ac­cor­dé à Ma­ga­zine, Melhem Riachy concède que la né­go­cia­tion est une qua­li­té fré­quem­ment re­cher­chée, en par­ti­cu­lier dans les fonc­tions à res­pon­sa­bi­li­té pu­blique. Par ailleurs, c'est un mi­nistre de l’in­for­ma­tion qui a me­né «une re­struc­tu­ra­tion ins­ti­tu­tion­nelle» de son dé­par­te­ment, le li­bé­rant du car­can dans le­quel il était en­fer­mé de­puis un de­mi-siècle. Le mi­nistre sou­haite lais­ser dans l’in­cons­cient de l’opi­nion pu­blique l'image d’un homme qui a bou­le­ver­sé la donne dans le monde mé­dia­tique du sec­teur pu­blic afin de lui per­mettre de suivre le rythme du dé­ve­lop­pe­ment tech­nique et tech­no­lo­gique dans le monde.

A la fin de son man­dat au sein du premier gou­ver­ne­ment for­mé par M. Saad Ha­ri­ri, le mi­nistre sor­tant de l’in­for­ma­tion, qui a le contact fa­cile, af­firme sans am­bages mais avec amer­tume que «des bâ­tons dans les roues à ca­rac­tère politique ont ja­lon­né son man­dat mi­nis­té­riel.» Tou­te­fois, il évite d’al­ler plus loin dans ces pro­pos. Ecri­vain et jour­na­liste de­puis un quart de siècle, il connait tous les maux, dif­fi­cul­tés et souf­frances de ses confrères du mé-

tier. De même, conscient de la désué­tude d’un mi­nis­tère de l’in­for­ma­tion et de la pri­mau­té de la com­mu­ni­ca­tion et de l’in­ter­ac­ti­vi­té entre émet­teur et ré­cep­teur du mes­sage, il a plan­ché sur cinq pro­jets de loi pilotes. «Mon suc­ces­seur n’au­ra qu’à les mettre en oeuvre», dit-il.

EYEPOLICE. Ces pro­jets ont été ap­prou­vés par l’au­to­ri­té de la fonc­tion pu­blique et se trouvent dans les ti­roirs du se­cré­ta­riat de la pré­si­dence du conseil. Ils n’ont ja­mais été ins­crits à l’ordre du jour d’une réunion du gou­ver­ne­ment en rai­son de la pres­sion exer­cée par plu­sieurs forces po­li­tiques qui ont dé­cré­té «leur boy­cott». Ain­si, il évoque le nou­vel or­ga­ni­gramme du mi­nis­tère de l’in­for­ma­tion dans le cadre du­quel de nou­velles uni­tés ad­mi­nis­tra­tives se­raient in­tro­duites, à sa­voir celles de l’in­for­ma­tique; de l’in­for­ma­tion nu­mé­rique; de la com­mu­ni­ca­tion; et du dia­logue. Il men­tionne par ailleurs la re­struc­tu­ra­tion du Syn­di­cat des ré­dac­teurs dans le but de le trans­for­mer en Ordre, à l’ins­tar des Ordres des in­gé­nieurs, des avo­cats et des mé­de­cins; l’in­tro­duc­tion du concept de sa­laire mi­ni­mum pour un jour­na­liste qu’il tra­vaille dans l’au­dio­vi­suel, la presse écrite ou élec­tro­nique et son ins­crip­tion à une mu­tuelle de san­té. Aus­si Melhem Riachy est-il fier d’avoir ini­tié la créa­tion de la Fé­dé­ra­tion des aca­dé­mi­ciens des fa­cul­tés de jour­na­lisme et de l’au­dio­vi­suel au Liban, en vue de mo­der­ni­ser les pro­grammes aca­dé­miques, et d’avoir pro­mu une sub­ven­tion fi­nan­cière à la presse écrite. Pous­sé par une volonté de faire bou­ger le pro­ces­sus de ré­forme et d’ins­ti­tuer un chan­ge­ment au ni­veau de la mis­sion de son dé­par­te­ment, il a lan­cé une ap­pli­ca­tion in­for­ma­tique EYEPOLICE, en co­opé­ra­tion avec la société Cy­ber­waves, per­met­tant au ci­toyen d’en­re­gis­trer toute vio­la­tion au rè­gle­ment pu­blic et de faire du mi­nis­tère de l’in­for­ma­tion une ébauche de mé­dia­teur de la Ré­pu­blique. Quant au dos­sier de Té­lé Liban et de Ra­dio Liban, un pro­jet de pri­va­ti­sa­tion a été si­gné par le Premier mi­nistre Saad Ha­ri­ri et en­voyé au Conseil su­pé­rieur de la pri­va­ti­sa­tion. Prié de dire s’il croit en­core à la presse dans son for­mat pa­pier, il consi­dère que la fa­bri­ca­tion du conte­nu n’a pas chan­gé et que les nou­velles tech­no­lo­gies ne sont qu’une forme par­mi d’autres pour la dif­fu­sion du conte­nu, ajou­tant que les nou­velles tech­no­lo­gies de la com­mu­ni­ca­tion n’ont pas em­pê­ché l’exis­tence du té­lé­phone, ni la pré­sence des so­cié­tés de té­lé­com­mu­ni­ca­tions d’exis­ter et d’être pré­sentes sur le mar­ché.

MESSAGER DE PAIX. Dans le contexte des mis­sions de médiation et de rap­pro­che­ment in­ter­chré­tiennes et in­ter­li­ba­naises qu’il mène, Melhem Riachy dit «être prêt à al­ler vers l’autre pas seule­ment jus­qu’à sept fois, mais jus­qu’à soixante-dix fois sept fois» (Mat­thieu 18.2122). Ce­ci dit, il confirme que la né­go­cia­tion est une al­ter­na­tive à la vio­lence qui ne mène, à son avis, qu’à la des­truc­tion. S’il est pa­ci­fiste et se veut «un messager de paix, de dia­logue et de rap­pro­che­ment», sa concep­tion de dé­part du pro­ces­sus de né­go­cia­tions stra­té­giques est em­prun­tée au Ca­life Omar Ibn al-khat­tab: «Tâ­cher d’être fort sans vio­lence et d’être doux sans fai­blesse». Il ta­pe­ra du poing sur la table lorsque des ac­cords conclus ne sont pas res­pec­tés et convient avec le mi­nistre sor­tant Ge­bran Bas­sil qu’un mé­mo­ran­dum d’en­tente conclu n’est pas «un me­nu à la carte». Ce do­cu­ment se doit d’être res­pec­té dans sa to­ta­li­té. Certes, di­til, les conces­sions ne sont li­vrées par les par­ties qu’à l’ombre d’un rap­port de force et les sen­si­bi­li­tés po­li­tiques des uns et des autres ne sont pas fa­ciles à in­té­grer. La né­go­cia­tion est un fait ty­pi­que­ment hu­main, peut-être parce qu’elle re­quiert le re­cours au lan­gage, ou que la ré­so­lu­tion des conflits entre les per­sonnes et les groupes ap­pelle le rem­pla­ce­ment de cer­taines lois de la na­ture par les règles de la culture. En ré­ponse à une ques­tion, le mi­nistre sor­tant de l’in­for­ma­tion pré­cise que l’ac­cord de Maa­rab n’est qu’une an­nexe au com­pro­mis politique ren­du pu­blic par le lea­der des Forces libanaises Sa­mir Gea­gea, le jour de la pro­cla­ma­tion de son sou­tien à la can­di­da­ture du gé­né­ral Mi­chel Aoun à la pre­mière ma­gis­tra­ture et en pré­sence de ce der­nier. L’ac­cord de Maa­rab est ba­sé sur le par­tage du pou­voir, rap­pelle-t-il.

Le mi­nistre Riachy avec Li­liane Mok­bel.

Newspapers in French

Newspapers from Lebanon

© PressReader. All rights reserved.