AR­MÉE LI­BA­NAISE

Une grande mis­sion de pe­tits moyens

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Tout au long de son his­toire, l’ar­mée li­ba­naise a été ap­pe­lée à jouer un rôle gran­dis­sant. Elle s’est vue as­si­gner la mis­sion de main­te­nir la sé­cu­ri­té et la sta­bi­li­té du Liban dans un contexte lo­cal et ré­gio­nal sou­vent ex­plo­sif. Elle s’est fixée trois ob­jec­tifs pri­mor­diaux: la dé­fense du pays contre l’en­ne­mi is­raé­lien, la lutte contre le ter­ro­risme et le sou­tien aux Forces de sé­cu­ri­té in­té­rieure. Vaste pro­gramme. A-t-elle les moyens de ses am­bi­tions?

Se­lon Glo­bal Fi­re­po­wer, en 2017, l’ar­mée li­ba­naise oc­cu­pait la 89e place dans la liste des ar­mées de 133 pays, se­lon des cri­tères al­lant de l’ef­fec­tif de ces ar­mées, à leurs équi­pe­ments et leur di­ver­si­té, ain­si qu’à des fac­teurs d’ordre lo­gis­tique, géo­gra­phique et na­tu­rel. Les ef­fec­tifs de l’ar­mée li­ba­naise s’élè­ve­rait à 116 000 hommes (100 000 sol­dats pour les forces ter­restres, 9 000 pour la ma­rine, 7 000 pour les forces aé­riennes), avec un bud­get an­nuel de 1,735 mil­liards de dol­lars.

Aux cô­tés de l’ar­mée, les autres services de sé­cu­ri­té, comme les Forces de sé­cu­ri­té in­té­rieure (FSI), la Sû­re­té gé­né­rale, la Sé­cu­ri­té d’état, se par­tagent les mis­sions de sau­ve­garde de l’ordre pu­blic et de la sé­cu­ri­té. Ce­pen­dant, au fil des ans, les équi­pe­ments four­nis étaient en-de­çà des be­soins. Ces forces ont été long­temps sous-fi­nan­cées et sous-équi­pées.

Le coût des forces ar­mées re­fait sou­vent sur­face dans le débat pu­blic. Pour les uns, les sommes consa­crées aux dif­fé­rentes branches mi­li­taires ont contri­bué à creu­ser le dé­fi­cit bud­gé­taire. Pour les autres, les

sommes al­louées aux forces ar­mées sont lar­ge­ment in­fé­rieures à la moyenne in­ter­na­tio­nale. La grande par­tie du fi­nan­ce­ment couvre les salaires, qui en­glou­tissent entre 80 et 90% des bud­gets al­loués.

L’ab­sence de bud­get entre 2005 et 2017 a li­mi­té les dé­penses mi­li­taires au strict né­ces­saire, ré­dui­sant ain­si les sommes consa­crées pour l’équi­pe­ment de la troupe.

RE­CONS­TRUC­TION POST-GUERRE. Du­rant les an­nées de guerre, l’ar­mée li­ba­naise, ain­si que les dif­fé­rents services de sé­cu­ri­té et toutes les ins­ti­tu­tions de l’état, ont payé un prix fort. L’ar­mée, qui n’a pas en­tre­pris d’opé­ra­tions mi­li­taires of­fen­sives trans­fron­ta­lières de­puis le premier conflit is­raé­lo-arabe en 1948, s’est re­trou­vée en­traî­née au coeur de la guerre ci­vile qui a se­coué le pays en 1975. Jus­qu’en 1990, elle a été confron­tée à plu­sieurs dé­fis. Dé­chi­rée par le conflit in­terne et par la pré­sence des dif­fé­rentes mi­lices dans le pays, elle a néan­moins réus­si à se re­cons­truire au len­de­main de la guerre, sans aides in­ter­na­tio­nales sub­stan­tielles.

Après la guerre, les ac­cords de Taëf en 1990 ont lé­ga­li­sé la pré­sence mi­li­taire sy­rienne au Liban. Les forces sy­riennes de­vaient ai­der les forces lé­gales libanaises à étendre l’au­to­ri­té de l’état sur l’en­semble du ter­ri­toire dans un dé­lai maxi­mum de deux ans. Ce­pen­dant, l’ar­mée li­ba­naise de­vait pro­fi­ter de ce laps de temps pour se re­cons­truire. Le dé­part des troupes sy­riennes en 2005 a créé un vide sé­cu­ri­taire que l’ar­mée li­ba­naise fut ap­pe­lée à com­bler. Tou­te­fois, l’équi­pe­ment dont elle dis­po­sait était désuet. Les dif­fé­rents pays four­nis­seurs d’armes s’abs­tiennent de li­vrer au Liban des armes so­phi­ti­quées à cause du vé­to is­raë­lien, au pré­texte que ce ma­té­riel ris­que­rait de tom­ber entre les mains du Hez­bol­lah.

Les forces ar­mées libanaises s’ap­puient sur­tout sur les équi­pe­ments four­nis par cer­tains pays à titre de dons car, de­puis les an­nées 80, l’état n’a pas dé­blo­qué les sommes né­ces­saires pour remplacer et mo­der­ni­ser le ma­té­riel. Et de­puis la fin de la guerre, la troupe n’a pas bé­né­fi­cié d’une at­ten­tion par­ti­cu­lière leur per­met­tant de mieux s’équi­per.

Le bud­get 2018 al­loue 2 320 mil­liards de livres libanaises à l’ar­mée, dont 1 950 mil­liards pour les salaires; 932 mil­liards pour les Forces de sé­cu­ri­té in­té­rieure; 246 mil­liards pour la Sû­re­té gé­né­rale et 90 mil­liards pour la Sé­cu­ri­té de l’état. 84,50% du to­tal consa­cré aux salaires des ef­fec­tifs. Le coût an­nuel pour le Tré­sor des forces ar­mées, tous sec­teurs confon­dus, est donc de 3 589 mil­liards L.L..

SE­LON GLO­BAL FI­RE­PO­WER, EN 2017, L’AR­MÉE LI­BA­NAISE OC­CU­PAIT LA 89e PLACE DANS LA LISTE DES AR­MÉES DE 133 PAYS. SES EF­FEC­TIFS S’ÉLÈVERAIENT À 116 000 HOMMES.

Dans le bud­get 2017, 1 871 mil­liards L.L. étaient consa­crés à l’ar­mée li­ba­naise, 782 mil­liards aux Forces de sé­cu­ri­té in­té­rieure, 202 mil­liards à la Sû­re­té gé­né­rale et 69 mil­liards à la sé­cu­ri­té de l’état. 80% de ces mon­tants de­vaient cou­vrir les salaires, les dé­penses mé­di­cales et autres. 337 mil­liards L.L. sont pré­vus pour le ma­té­riel mi­li­taire de l’ar­mée. Le coût ap­proxi­ma­tif de tous les sec­teurs des forces ar­mées en 2017 s’éle­vait à en­vi­ron 3 000 mil­liards L.L., dont 2 342 mil­liards pour les salaires.

25 000 MIL­LIARDS DE L.L. EN 20 ANS. En 2004, le bud­get de la Dé­fense at­tei­gnait 540 mil­lions de dol­lars (71e rang mon­dial), soit 3,1% du PIB. À par­tir de 2005 et jus­qu’en 2017, au­cun bud­get an­nuel n’a été vo­té. Les dé­penses pour les mi­nis­tères étaient cal­cu­lées sur la base des moyennes du­rant les an­nées pré­cé­dentes. Au­cune somme n’a été al­louée entre 2007 et 2010 à la main­te­nance ou à l’achat d’armes et de mu­ni­tions.

Des pro­jets de bud­get étaient pré­pa­rés mais ja­mais vo­tés. En 2012, le pro­jet de bud­get al­louait 1 790 mil­liards L.L. au mi­nis­tère de la Dé­fense, dont 1772 mil­liards des­ti­nés à l’ar­mée. 80% de cette somme de­vait as­su­rer les salaires.

En 2015, et dans le cadre des dé­penses pré­vues pour le mi­nis­tère de la Dé­fense, la loi nu­mé­ro 30 a al­loué la somme de 1384 mil­liards de L.L. pour as­su­rer les be­soins de l’ar­mée sur plu­sieurs an­nées: 256 mil­liards L.L. en 2016; 337 mil­liards en 2017; 413 mil­liards en 2018; 257 mil­liards en 2019 et 34 mil­liards en 2020. Un rap­port du Stock­holm In­ter-

na­tio­nal Peace Re­search Ins­ti­tute (SIPRI) en 2017 sou­ligne que le Liban a an­nuel­le­ment dé­pen­sé 4,5% de son PIB pour les frais mi­li­taires. Ces dé­penses ont va­rié entre 2005 et 2017 par rap­port à l’en­semble des paie­ments du gou­ver­ne­ment de 14,2% à 15,7% (voir ta­bleau). Elles avaient at­teint leur maxi­mum en 1993 avec 26,4% de l’en­semble des dé­penses de l’état.

Se­lon une étude du centre de re­cherche «l’in­ter­na­tio­nal pour l’in­for­ma­tion», les sommes al­louées aux services mi­li­taires dans le bud­get de 2003 s’éle­vaient à 21,5% de l’en­semble des dé­penses pré­vues pour l’an­née. Le bud­get pré­voyait aus­si 1000 mil­liards de L.L. pour les re­trai­tés, dont 692 pour les re­trai­tés mi­li­taires. Et entre 1990 et 2010, les dé­penses mi­li­taires ont di­mi­nué par rap­port à l’en­semble des dé­penses bud­gé­taire de 22% en 1990 à 14,3% en 2010. Les dé­penses au cha­pître mi­li­taires du­rant ces 20 ans sont estimées à 25 000 mil­liards de L.L. ré­par­tis comme suit: 67,3% à l’ar­mée li­ba­naise; 25,4% aux Forces de sé­cu­ri­té in­té­rieure; 5,3% à la Sû­re­té gé­né­rale et 1,91% à la Sé­cu­ri­té de l’état.

Une autre étude réa­li­sée par «l’in­ter­na­tio­nal de l’in­for­ma­tion» en 2011 es­time à 3 230 mil­liards L.L. le coût an­nuel des forces ar­mées, dont la plus grande par­tie est des­ti­née à cou­vrir les salaires alors que les sommes pré­vues pour les équi­pe­ments sont très mo­destes. Les forces ar­mées ont pu alors se pro­cu­rer leurs be­soins élé­men­taires grâce aux dons et aides ap­por­tés par plu­sieurs pays.

La guerre de juillet 2006 a vu l’ar­mée jouer un rôle plus im­por­tant. Elle a dû gé­rer le vo­let hu­ma­ni­taire et dé­ployer près de 15000 hommes au sud du fleuve Li­ta­ni en co­or­di­na­tion avec la Finul ren­for­cée en 2006. Plu­sieurs pays ont ex­pri­mé alors leur in­ten­tion de la sou­te­nir et de lui four­nir des armes mo­dernes, dont la Belgique, la France, l’ara­bie saou­dite, les Emi­rats

EN AOÛT 2017, L’AR­MÉE LANCE UNE OFFENSIVE POUR CHASSER L’ETAT ISLAMIQUE DES RÉ­GIONS MONTAGNEUSES DE L’EST DU PAYS.

arabes unis et le Qatar, qui lui ont of­fert des pièces d’ar­tille­rie et des mu­ni­tions. Les État­su­nis eux ont four­ni des Hum­vees, des mu­ni­tions, des pièces de re­change et de l’en­traî­ne­ment.

DES BATAILLES COÛTEUSES. En 2007, l’ar­mée dé­ploie d’im­por­tantes res­sources hu­maines et ma­té­rielles dans la bataille contre le groupe ex­tré­miste Fa­tah al-is­lam dans le camp de Nahr el-ba­red. 170 mar­tyrs tombent au com­bat. En 2013, elle perd une ving­taine de sol­dats dans la bataille contre le groupe du cheikh ex­tré­miste Ah­mad el-as­sir, à Abra, à l’est de Saï­da. Elle or­ga­nise aus­si des pa­trouilles pour lut­ter contre la contre­bande et sur­veiller la fron­tière li­ba­no-sy­rienne. De­puis cette époque, la troupe four­nit beau­coup d’ef­forts dans la lutte an­ti-ter­ro­riste. En août 2017, elle lance une offensive pour chasser le groupe Etat islamique des ré­gions montagneuses de l’est du pays. L’opé­ra­tion «L’aube des Jou­roud» a abou­ti à la li­bé­ra­tion des hau­teurs de Ras-baal­beck, Qaa et Fa­ki­ha, si­tuées à la fron­tière sy­rienne. Les ji­ha­distes, qui contrô­laient une zone es­ti­mée à 1 200 km2, ont été contraints à se re­ti­rer de la ré­gion.

Toutes ces batailles ont coû­té des di­zaines de vie, des mil­lions de dol­lars, des sommes qui n’étaient pas pré­vues dans les bud­gets al­loués à la troupe.

L’équi­pe­ment ac­tuel de l’ar­mée li­ba­naise est prin­ci­pa­le­ment amé­ri­cain, la pro­messe de don de l’ara­bie saou­dite for­mu­lée fin 2013 n’a pas abou­ti. Ce don de 3 mil­liards de dol­lars de­vait per­mettre d’ache­ter des armes au­près de la France mais le contrat est an­nu­lé en 2016 à la suite de griefs for­mu­lés par Riyad à l’en­contre du Liban. Le royaume avait aus­si sus­pen­du le reste d’un fi­nan­ce­ment d’un mil­liard des­ti­né à l’en­semble des forces de sé­cu­ri­té libanaises. L’ar­mée li­ba­naise a cé­lé­bré le 1er août 2018 son 73ème an­ni­ver­saire. Le rôle qu’elle a été ap­pe­lée à jouer au cours des an­nées s’af­firme de plus en plus, ain­si que ce­lui des autres forces de sé­cu­ri­té. Le coût de la re­cons­truc­tion et du fi­nan­ce­ment de la troupe est éle­vé par rap­port au bud­get du pays, mais ces forces ont des be­soins qui vont au-de­là de leurs bud­gets pour l’achat d’équi­pe­ment qui leur per­met d’as­su­rer la sé­cu­ri­té et l’ordre dans un contexte ré­gio­nal in­stable et ex­plo­sif.

BATAILLE COÛTEUSE En 2007, l’ar­mée dé­ploie d’im­por­tantes res­sources hu­maines et ma­té­rielles dans la bataille de Nahr el-ba­red.

LES SALAIRES Le bud­get 2018 du mi­nis­tère de la Dé­fense al­loue 2320 mil­liards de livres à l’ar­mée, dont1950 mil­liards pour les salaires.

L’AR­MÉE AU SUD Après la guerre de juillet 2006, l’ar­mée a dé­ployé près de 15000 hommes au sud du fleuve Li­ta­ni en co­or­di­na­tion avec la FINUL.

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