NEEMAT FREM

Le Mensuel Magazine - - Sommaire - PAR PAUL KHALIFEH

Une ex­plo­sion socio-éco­no­mique à la ren­trée

Neemat Frem pro­nonce un sé­vère ré­qui­si­toire contre la classe po­li­tique et af­firme que le sys­tème risque de ne peut plus re­dé­mar­rer sans des dé­ci­sions ur­gentes. Le dé­pu­té du Kes­rouan craint une ex­plo­sion socio-éco­no­mique à la ren­trée et voit dans la Confé­rence Cèdre une lueur d’es­poir. En­tre­tien sans gants ni fio­ri­tures.

Comme nombre d’hommes po­li­tiques li­ba­nais, Neemat Frem vient du monde de l’éco­no­mie. Le ca­ser dans la même ca­té­go­rie que ces af­fai­ristes qui meublent l’espace pu­blic de­puis l’in­dé­pen­dance, et bien avant, se­rait, ce­pen­dant, un rac­cour­ci in­op­por­tun. De toutes les dif­fé­rences qui le dis­tinguent de cette caste hon­nie de la ma­jo­ri­té des Li­ba­nais, la pre­mière est qu’il est un ac­teur de l’éco­no­mie réelle, celle qui pro­duit des ri­chesses, qui crée des em­plois, l’in­dus­trie −par op­po­si­tion à l’éco­no­mie ren­tière, vé­ri­table frein à la crois­sance−, sans la­quelle au­cune avan­cée n’est en­vi­sa­geable.

Mais le rôle d’ac­teur éco­no­mique, aus­si im­por­tant soit-il, semble un ha­bit trop étroit pour le PDG du groupe In­dev­co. Pour concré­ti­ser une vi­sion, il faut aus­si de­ve­nir dé­ci­deur. Car Neemat Frem a une vi­sion du Li­ban de de­main, dis­cu­table, certes, mais bien struc­tu­rée et par­fai­te­ment ar­gu­men­tée. Pour concré­ti­ser cette vi­sion, il doit re­joindre le cercle fer­mé

des dé­ci­deurs, ceux qui pro­mulguent les lois et les rè­gle­men­ta­tions. C’est dans cette op­tique qu’il s’est lan­cé en po­li­tique.

L’HOMME D’ABORD. Ses dé­buts en po­li­tique ne sont pas concluants. La liste qu’il sou­tient aux élec­tions mu­ni­ci­pales à Jou­nié, en 2016, est bat­tue. Neemat Frem n’est nul­le­ment dé­cou­ra­gé par cet échec. Can­di­dat aux lé­gis­la­tives de 2018, il est élu tête de liste dans sa cir­cons­crip­tion du Kes­rouan. Si, aux mu­ni­ci­pales, il était es­sen­tiel­le­ment ap­puyé par les forces du 14-Mars, au scru­tin par­le­men­taire, il re­joint la liste du Cou­rant pa­trio­tique libre (CPL). D’au­cuns lui re­pro­che­raient de chan­ger avec une ai­sance dé­con­cer­tante le fu­sil d’épaule, égra­ti­gnant ain­si l’image de l’homme cen­triste, au-des­sus de la mê­lée, qu’il veut don­ner de lui­même. Il se dé­fend de tout op­por­tu­nisme et re­fuse d’être éti­que­té 14 ou 8-Mars. Il sou­tient que son che­mi­ne­ment est par­fai­te­ment co­hé­rent. «J’ai une vi­sion très claire pour le Li­ban et je suis prêt à col­la­bo­rer avec qui­conque pour la concré­ti­ser, nous dit-il d’un ton convain­cu. Mon éti­quette c’est mon slo­gan: ‘L’homme d’abord’. Cette vi­sion a un nom, Un meilleur Li­ban, qui est le titre d’un livre qui l’ex­plique en dé­tail. L’ob­jec­tif de l’édi­fi­ca­tion d’une pa­trie est de dé­ve­lop­per et d’amé­lio­rer la vie de l’homme.»

Pour Neemat Frem, le Li­ban est bien trop com­plexe pour être ré­duit à la simple équa­tion 8 et 14-Mars. «Il y a toutes les va­riantes du gris, je di­rais même que le Li­ban va au-de­là du blanc et du noir, qui res­tent re­la­ti­ve­ment fa­ciles à gé­rer. Il y a, en fait, toutes les cou­leurs. Notre pays est aus­si com­pli­qué que ce­la», af­firme-t-il. In­gé­nieur de for­ma­tion, Neemat Frem dé­clare que le mot qui re­tient sa fa­veur est «co­hé­rence», sans la­quelle il ne sau­rait y avoir un «en­chaî­ne­ment lo­gique». «C’est la co­hé­rence qui pro­duit l’éner­gie, le pou­voir de pé­né­tra­tion, la paix in­terne; sans elle, c’est le dé­sordre», sou­ligne-t-il. Son che­mi­ne­ment po­li­tique ré­pond, se­lon lui, à cette exi­gence de co­hé­rence, qui ex­plique son choix de re­joindre, en tant qu’in­dé­pen­dant, le bloc du «Li­ban fort», le mieux apte à por­ter son pro­jet d’un Li­ban meilleur. «J’avais d’autres choix, comme ce­lui d’ar­ri­ver au Par­le­ment tout seul, ex­plique-t-il. Mais j’ai ré­flé­chi au len­de­main et j’ai es­ti­mé qu’il se­rait plus ju­di­cieux d’in­té­grer le plus grand bloc, qui est proche du man­dat, char­gé du pou­voir exé­cu­tif. Je suis là où je de­vrais être. Je ne pré­tends pas que nous pou­vons concré­ti­ser tout

ce dont nous rê­vons pour le Li­ban, mais nous y tra­vaillons jour et nuit.»

La per­son­na­li­té écra­sante et quelque peu condes­cen­dante du chef du CPL, Gé­bran, Bas­sil, consti­tue-t-elle un frein à une col­la­bo­ra­tion ef­fi­cace? «Vu que nous sommes tous les deux in­gé­nieurs, nous avons la même ma­nière pra­tique de ré­flé­chir et d’agir, ré­pond M. Frem. C’est un bû­cheur et je pense que je peux tra­vailler avec lui.»

PO­LI­TIQUE ET ÉCO­NO­MIE. La dé­ci­sion de Neemat Frem de s’en­ga­ger sur la voie de la po­li­tique in­ter­vient après une ex­pé­rience quelque peu amère. Alors qu’il di­ri­geait l’as­so­cia­tion des in­dus­triels du Li­ban (2010-2014), il avait dé­non­cé «la po­li­ti­sa­tion de l’éco­no­mie», ap­pe­lant à «la li­bé­ra­tion de l’éco­no­mie du joug de la po­li­tique». Ne s’agit-il pas d’un voeu pieux, lorsque l’on connaît le poids exer­cé par les ac­teurs éco­no­miques sur la dé­ci­sion po­li­tique na­tio­nale, et ce de­puis des dé­cen­nies? «Certes, ces deux mondes sont in­ter­con­nec­tés, re­con­naît-il. Ce­pen­dant, par dé­po­li­ti­sa­tion de l’éco­no­mie, je n’en­tends par sé­pa­ra­tion mais faire en sorte que la po­li­tique soit au ser­vice de l’éco­no­mie plu­tôt que l’in­verse.»

En dé­ci­dant de de­ve­nir dé­pu­té, Neemat Frem ne voit au­cune in­co­hé­rence avec ses ob­jec­tifs. La po­li­tique, c’est la ges­tion de l’espace pu­blic au ser­vice du bien-être de l’homme. Ce but ne peut être at­teint sans l’amé­lio­ra­tion de la si­tua­tion socio-éco­no­mique. Les deux mondes se re­joignent, donc, dans leur fi­na­li­té. C’est le de­gré de dé­ve­lop­pe­ment de la sphère so­cioé­co­no­mique qui ser­vi­ra d’in­di­ca­teur pour me­su­rer s’il y a ou pas une bonne gou­ver­nance au ni­veau po­li­tique. «C’est le test que doivent pas­ser les po­li­ti­ciens pour voir s’ils ont réus­si ou pas. On ne peut pas amé­lio­rer ce qu’on ne me­sure pas», dit-il.

Pour Neemat Frem, l’in­di­ca­teur su­prême reste ce­lui de la créa­tion d’em­plois. Or ces vingt der­nières an­nées, il n’a pas été me­su­ré conve­na­ble­ment pour dé­ga­ger une image claire de la si­tua­tion ac­tuelle. «Pour avoir une bonne évo­lu­tion, il est né­ces­saire d’avoir un feed-back, dit-il. Quand on ne me­sure pas, le feed-back fait dé­faut et nous ne sa­vons pas ce que nous sommes en train de faire. De­puis 2010, nous met­tons en garde qu’il n’est plus pos­sible de conti­nuer de gou­ver­ner de la sorte. Le na­vire coule et les res­pon­sables fes­toient sur le pont». Un homme po­li­tique com­pé­tent doit être pré­voyant. Il doit voir les pro­blèmes ve­nir et an­ti- ci­per des so­lu­tions. «Nous autres, in­dus­triels, avons beau­coup souf­fert, se sou­vient M. Frem. Je me rap­pelle lors­qu’ils ont abo­li les bar­rières doua­nières en 2000 et que l’eu­ro est tom­bé à 0,84 pour un dol­lar. Les pro­duits ita­liens et fran­çais, de­ve­nus ac­ces­sibles, ont en­va­hi le mar­ché li­ba­nais et la moi­tié des usines a fer­mé. C’est pour ce­la que je me dé­mène au sein de la Com­mis­sion par­le­men­taire de l’eco­no­mie (dont il est le pré­sident) pour évi­ter une ré­pé­ti­tion de ce scé­na­rio.»

PLAI­DOYER POUR L’IN­DUS­TRIE. La si­tua­tion est d’au­tant plus grave que les re­la­tions éco-

no­miques internationales sont en pleine mu­ta­tion. La mon­dia­li­sa­tion re­cule face à la ré­ins­tau­ra­tion par les Etats-unis des bar­rières doua­nières. «Lors­qu’un pays de la puis­sance de l’amé­rique re­vient à une po­li­tique pro­tec­tion­niste, le Li­ban doit suivre la ten­dance, s’il ne le fait pas, il dis­pa­rait de la carte éco­no­mique et com­mer­ciale, plaide-t-il. La dé­va­lua­tion de la mon­naie en Egypte et en Tur­quie, et pro­chai­ne­ment en Iran, au­ra un im­pact né­ga­tif sur notre pays. Leurs mar­chan­dises se­ront moins chères. On doit se pro­té­ger. On a beau­coup entendu dire que le Li­ban n’avait pas une vo­ca­tion in­dus­trielle. Mais nous avons dé­men­ti cette théo­rie. Dans un pays in­stable comme le Li­ban, bâ­ti sur des failles po­li­tiques, une grande par­tie de l’éco­no­mie doit re­po­ser sur l’in­dus­trie.» C’est le seul sec­teur ca­pable, se­lon lui, d’ab­sor­ber les chocs. «Si une voi­ture pié­gée ex­plose quelque part, je ne ferme pas

mon usine, dit-il. Mais l’hô­tel, lui, va ces­ser de re­ce­voir des clients. «Nous de­vons créer 30 000 em­plois par an».

Au­jourd’hui, la part de l’in­dus­trie dans le PIB est de 7%. Pour Neemat Frem, elle de­vrait être de 20% (25% en 1974). «Je ne suis pas contre le sec­teur ban­caire, qui est la vo­ca­tion ré­gio­nale du Li­ban, pré­cise-t-il. Mais nous ne de­vons pas être mis de­vant un choix, soit l’un soit l’autre. Nous avons be­soin des deux».

DEFENSEUR DE SA­LA­MÉ. Bien que fervent par­ti­san de l’éco­no­mie réelle, le dé­pu­té du Kes­rouan se pose en dé­fen­seur du gou­ver­neur de la Banque du Li­ban, Riad Sa­la­mé, dont les op­tions mo­né­taires et fi­nan­cières ser­vi­raient plus l’éco­no­mie ren­tière, se­lon cer­tains ex­perts. «C’est le pro­fes­sion­na­lisme dont a fait preuve la BDL et son gou­ver­neur qui nous a per­mis de res­ter de­bout ces 20 der­nières an­nées, sou­tient M. Frem. Riad Sa­la­mé ache­tait du temps pour la classe po­li­tique. Il éloi­gnait les mau­vaises pers­pec­tives à chaque fois qu’elles se rap­pro­chaient. C’est ce qu’on ap­pelle en an­glais «ki­cking the can». Les di­ri­geants de­vaient, eux, re­lan­cé la crois­sance. La dette pu­blique croît de 6 ou 7% par an, nous de­vons donc avoir une crois­sance éco­no­mique dans ce même ordre, si­non le ser­vice de la dette va aug­men­ter. Or, cette crois­sance s’élève a seule­ment 1%. C’est un cercle vi­cieux. De plus, les prêts sub­ven­tion­nés ac­cor­dés à l’in­dus­trie, ces 15 der­nières an­nées, par la BDL, ont per­mis de dé­ve­lop­per ce sec­teur, d’ac­qué­rir des ma­chines mo­dernes et, par consé­quent, de créer des em­plois.»

LA RÉ­FORME DE L’ETAT. Par­mi les obs­tacles au dé­ve­lop­pe­ment fi­gurent la taille et le manque de pro­duc­ti­vi­té de l’ad­mi­nis­tra­tion pu­blique, qui im­pactent né­ga­ti­ve­ment sur le ren­de­ment du sec­teur pri­vé, af­firme M. Frem. L’etat em­ploie 200 000 à 250 000 per­sonnes, un nombre éle­vé qui grève le bud­get. Le dé­pu­té du Kes­rouan re­jette l’ar­gu­ment se­lon le­quel l’etat, étant le plus gros em­ployeur du pays, joue le rôle de sta­bi­li­sa­teur so­cial. Il s’agit, se­lon lui, d’un «chô­mage ma­quillé» car la pro­duc­ti­vi­té de l’ad­mi­nis­tra­tion est très faible, même si cer­tains sec­teurs sont as­sez per­for­mants. «Cette pro­duc­ti­vi­té de­vrait être mul­ti­pliée par dix, mar­tèle-t-il. La pro­duc­ti­vi­té est un concept qui doit être in­tro­duit dans chaque mi­nis­tère et au sein de chaque dé­par­te­ment. Le Par­le­ment doit être le ca­ta­ly­seur en lé­gi­fé­rant dans ce sens. Par exemple, le pro­jet de loi sur la si­gna­ture élec­tro­nique traîne de­puis 2002 et c’est une étape es­sen­tielle pour étendre et dé­ve­lop­per le e-gou­ver­ne­ment. Le manque de pro­duc­ti­vi­té en­cou­rage la cor­rup­tion à tous les ni­veaux, c’est une évi­dence. Il faut bri­ser ce cercle vi­cieux. Ici, dans les co­lonnes de Ma­ga­zine, je dé­clare la guerre contre le manque de pro­duc­ti­vi­té dans la gou­ver­nance, dans le pro­ces­sus de dé­ci­sion pour le dé­ve­lop­pe­ment de l’in­fra­struc­ture et dans l’ad­mi­nis­tra­tion pu­blique.»

La si­tua­tion est d’au­tant plus ur­gente que des pro­jec­tions et des si­mu­la­tions ef­fec­tuées par M. Frem dès 2010 bros­saient un ta­bleau pas très ras­su­rants: «Dé­jà, à l’époque, nous n’avions pas le luxe de ne rien faire. Nous au­rions dû ac­com­plir beau­coup de choses mais ce­la n’a pas été fait. Se­lon mes pro­jec­tions, l’ex­plo­sion socio-éco­no­mique de­vait avoir lieu en 2017. Mais la baisse du prix du pé­trole, que je n’avais pas pré­vue et qui nous per­met d’éco­no­mi­ser au moins deux mil­liards de dol­lars par an, nous a fait ga­gner un an. Je pense qu’à la ren­trée scolaire, le pays se­ra confron­té à un très grave pro­blème. Je m’at­tends à une ex­plo­sion socio-éco­no­mique. Et ce ne se­ra pas une sur­prise car nous ré­col­tons ce que nous avons se­mé. Je suis convain­cu que le sys­tème ne pour­ra pas re­dé­mar­rer si nous ne pre­nons pas des dé­ci­sions très ra­pides.»

Mais tout n’est pas per­du. M. Frem voit dans Cedre I une lueur d’es­poir. Cette confé­rence a pro­po­sé une vi­sion ba­sée es­sen­tiel­le­ment sur des ré­formes struc­tu­relles et «c’est ce dont le Li­ban a be­soin», et sur un plan d’ur­gence pour l’in­fra­struc­ture. «L’in­fra­struc­ture n’est pas un dé­tail, c’est le mo­teur de l’éco­no­mie, c’est un ef­fet mul­ti­pli­ca­teur», fait-il re­mar­quer.

En­core faut-il que la classe po­li­tique ne rate pas cette oc­ca­sion, comme elle en a lais­sé échap­per tant d’autres ces der­nières an­nées.

«DANS LES CO­LONNES DE MA­GA­ZINE, JE DÉ­CLARE LA GUERRE CONTRE LE MANQUE DE PRO­DUC­TI­VI­TÉ (…) QUI EN­COU­RAGE LA COR­RUP­TION DANS LE PAYS.»

L’IN­DI­CA­TEUR SU­PRÊME L’in­di­ca­teur su­prême reste ce­lui de la créa­tion d’em­plois. C’est la «ré­sul­tante de tous les in­di­ca­teurs éco­no­miques », se­lon Neemat Frem.

MEILLEUR SCORE Pour concré­ti­ser sa vi­sion du Li­ban, Neemat Frem s’est lan­cé en po­li­tique.Il a ob­te­nu le meilleur score dans le Kes­rouan aux élec­tions lé­gis­la­tives.

GROUPE IN­DEV­CO Neemat Frem en­tou­ré de sa grande fa­mille, celle du groupe In­dev­co, qui em­ploie au Li­ban et à l’étran­ger quelque 8000 per­sonnes.

COM­MIS­SION PAR­LE­MEN­TAIRE Le dé­pu­té du Kes­rouan pré­side la Com­mis­sion par­le­men­taires de l’eco­no­mie. Il af­firme tra­vailler «jour et nuit» avec ses col­lègues du bloc le «Li­ban fort» pour concré­ti­ser les rêves des Li­ba­nais.

DÉ­FEN­SEUR DU LI­BAN De­vant les ins­tances internationales (ici à l’onu) ou au Congrès amé­ri­cain, M. Frem dé­fend les in­té­rêts du Li­ban. A Wa­shing­ton, il a sou­le­vé, entre autres, la ques­tion des ré­fu­giés sy­riens.

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