EXPATRIÉS

Les émi­grés li­ba­nais épar­pillés sur tous les conti­nents re­pré­sentent une cible in­té­res­sante pour les banques li­ba­naises qui vont à leur ren­contre. Il s’agit de 800 000 clients po­ten­tiels.

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Des pro­duits ban­caires sur me­sures

La diaspora li­ba­naise dans le monde consti­tue un en­jeu im­por­tant pour le pays du Cèdre. La no­tion de «diaspora» est dif­fi­cile à dé­fi­nir tant les si­tua­tions sont va­riées: per­sonnes de na­tio­na­li­té li­ba­naise ré­si­dant de fa­çon per­ma­nente à l’étran­ger, des­cen­dants de Li­ba­nais n’ayant plus la na­tio­na­li­té mais se sen­tant cul­tu­rel­le­ment proches, émi­grés pas­sant une par­tie de l’an­née au Li­ban.

L’at­ten­tion des banques li­ba­naises se porte sur­tout sur les membres de la 3e vague mi­gra­toire dé­clen­chée à par­tir de 1975 avec l’écla­te­ment de la guerre ci­vile. Ces der­niers, ayant vé­cu une par­tie de leur vie au Li­ban, main­tiennent des at­taches avec la pa­trie et se­raient ré­cu­pé­rables sur le plan éco­no­mique. Ces émi­grés en­voient non seule­ment des fonds, mais ils jouent aus­si un rôle im­por­tant dans les trans­ferts de connais­sances et les in­ves­tis­se­ments di­rects ain­si que par le biais de leurs ré­seaux pro­fes­sion­nels. D’ailleurs, nombre d’entre eux ont choi­si d’éta­blir à Bey­routh un bu­reau d’opé­ra­tions de leur en­tre­prise ba­sée à l’étran­ger pour cou­vrir la ré­gion Mena et le sous-con­tinent in­dien. Aus­si faut-il in­sis­ter que, d’un point de vue éco­no­mique, le pays reste bi­cé­phale avec un Li­ban de l’étran­ger (la diaspora) qui pèse plus que le Li­ban in­té­rieur.

DES­TI­NA­TIONS PRI­SÉES.

Les membres de la diaspora qui in­té­ressent les ban­quiers li­ba­nais se­raient en­vi­ron au nombre de 800 000 per­sonnes. La ré­par­ti­tion de cette der­nière vague dif­fère gran­de­ment des pré­cé­dentes. Con­trai­re­ment à la pé­riode pré­cé­dente, les Li­ba­nais ne s’ins­tallent plus en Amé­rique la­tine, en rai­son d’une conjonc­ture éco­no­mique de­ve­nue trouble. L’amé­rique du Nord en re­vanche jouit d’une at­trac­ti­vi­té tou­jours éle­vée. Fait nou­veau, le Ca­na­da re­pré­sente dé­sor­mais une des­ti­na­tion plus pri­sée que les États-unis. Un autre pays neuf consti­tue une des­ti­na­tion ma­jeure: l’aus­tra­lie. L’émi­gra­tion vers les pays arabes, prin­ci­pa­le­ment ceux du Golfe ara­bo­per­sique, re­pré­sente la prin­ci­pale ori­gi­na­li­té de cette der­nière pé­riode. Les autres ho­ri­zons de la diaspora li­ba­naise sont d’abord l’eu­rope oc­ci­den­tale et, à

EN 2017, LA BDL A CRÉÉ UN PRO­DUIT LO­GE­MENT EN DOL­LAR POUR LA DIASPORA, À UN TAUX RÉ­DUIT DE LIBOR 1 AN + 1,23%.

un de­gré moindre, orien­tale, et l’afrique. La pre­mière, plus proche, ac­cueille sur­tout des fa­milles plus ai­sées, alors que l’afrique et l’amé­rique sont plus ou­vertes so­cia­le­ment. L’émi­gra­tion contem­po­raine est sou­vent liée à un âge de la vie, le temps d’amas­ser un pé­cule et de se ma­rier. Il est vrai que toutes les des­ti­na­tions ne sont pas éga­le­ment ac­cueillantes. Les re­tours de­puis les pays arabes, dont l’ac­cès à la na­tio­na­li­té est ex­trê­me­ment fer­mé, et de­puis l’afrique sont com­pa­ra­ti­ve­ment bien plus nom­breux que ceux des autres ré­gions du monde. Deux fac­teurs entrent en ligne de compte. Le pre­mier tient à la si­tua­tion éco­no­mique et po­li­tique des pays d’émi­gra­tion et l’autre l’ob­ten­tion d’une nou­velle na­tio­na­li­té.

STRUC­TURES À L’ÉTRAN­GER. Les banques com­mer­ciales li­ba­naises ont com­pris, dès l’écla­te­ment de la guerre en 75, qu’il est im­pé­ra­tif qu’elles aillent elles-mêmes à la ren­contre de leurs clien­tèles. Dans un pre­mier temps, elles les ont sui­vies dans leur dé­pla­ce­ment à l’in­té­rieur du Li­ban où elles s’étaient ins­tal­lées dans des ré­gions da­van­tage épar­gnées par les vio­lences, pour en­suite les suivre dans leur nou­veau pays de ré­si­dence pro­vi­soire ou d’émi­gra­tion.

Avec la fin de la guerre, la plu­part des banques ont main­te­nu leurs struc­tures à l’étran­ger et créé des pro­duits adap­tés aux Li­ba­nais d’outre-mer qui sou­haitent avoir de nou­veau pi­gnon sur rue dans leur pa­trie d’ori­gine. Ces pro­duits sont com­po­sés d’avances ban­caires, pour les­quels sont éli­gibles des can­di­dats dont les condi­tions sont taillées à leur pro­fil per­son­nel, à ce­lui de leurs in­ves­tis­se­ments dans le cadre du droit li­ba­nais.

En 2017, La Banque du Li­ban (BDL) a créé un nou­veau pro­duit lo­ge­ment en dol­lar pour la diaspora, à un taux ré­duit de Libor 1 an + 1,23%, à condi­tion que l’em­prun­teur pos­sède une ré­si­dence à l’étran­ger (pour une pé­riode mi­ni­male de 5 ans) et les do­cu­ments lé­gaux y at­te­nant (dé­cla­ra­tion de taxes pour les 5 der­nières an­nées, contrat de lo­ca­tion, co­pie des en­trées-sor­ties sur le pas­se­port, etc.).

Se­lon le rap­port du 1er se­mestre 2018 de Bank Au­di, l’ac­ti­vi­té d’oc­troi des cré­dits s’est lé­gè­re­ment contrac­tée sans tou­te­fois faire une dis­tinc­tion entre prêts oc­troyés à des ré­si­dents et prêts ac­cor­dés à des non-ré­si­dents. Ce phé­no­mène a été en­re­gis­tré alors que les dé­pôts sont en train d’aug­men­ter et que cette aug­men­ta­tion est ma­jo­ri­tai­re­ment in­ves­tie dans des pla­ce­ments li­quides et des eu­ro­bons sou­ve­rains. Ce re­cul d’oc­troi d’avances ban­caires est éga­le­ment dû à la ra­ré­fac­tion d’op­por­tu­ni­tés d’oc­troi de cré­dits dans une éco­no­mie en crois­sance lente. L’ac­ti­vi­té d’oc­troi de cré­dits a ré­gres­sé de 128 mil­lions $ au 1er se­mestre, quoique re­pre­nant de l’élan au cours des mois de mai et juin 2018 dans le contexte de la crois­sance conti­nue des dé­pôts, lais­sant le to­tal cré­dit à peine en contrac­tion de­puis le dé­but de l’an­née.

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