KAMAL SFEIR

De­puis plus de 70 ans, Bou­quet ap­pose sa si­gna­ture à de grands évè­ne­ments. Ce grand spé­cia­liste de la dé­co­ra­tion flo­rale est l’un des pion­niers sur le mar­ché li­ba­nais. A la tête de la com­pa­gnie de­puis plus de vingt ans, Kamal Sfeir, di­rec­teur gé­né­ral, nou

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Les fleurs pour se­mer le bon­heur

LES «DI­VORCE PAR­TY» SONT DE PLUS EN PLUS FRÉQUENTES EN RAI­SON DU NOMBRE ÉLE­VÉ DE DIVORCES DANS LE PAYS.

C’est sous l’époque du man­dat fran­çais, en 1943, que les deux frères, Georges et Fayez Sfeir, ont lan­cé la so­cié­té Bou­quet dont le nom a été don­né par les Fran­çais eux-mêmes. «Mon père et mon oncle plan­taient des fleurs dans un ter­rain où les Fran­çais se ren­daient ré­gu­liè­re­ment pour y com­po­ser des bou­quets de leur choix. Quand les gens leur de­man­daient où ils al­laient, ils ré­pon­daient: chez mon­sieur bou­quet. Ain­si, le nom était né», ra­conte Kamal Sfeir. Mais ce n’est qu’en 1948 que la so­cié­té est of­fi­ciel­le­ment en­re­gis­trée.

Lors­qu’il s’ins­talle dans l’im­meuble des La­za­ristes, au centre-ville, Bou­quet est l’un des pre­miers ma­ga­sins de fleurs à Bey­routh. «Par la suite nous nous sommes agran­dis. Mon père voya­geait ré­gu­liè­re­ment en Ita­lie, en Bel­gique et en Hol­lande pour in­tro­duire tout ce qui est ac­ces­soire à la dé­co­ra­tion flo­rale.» Dé­ten­teur d’un di­plôme en Bu­si­ness ad­mi­nis­tra­tion de la LAU, Kamal Sfeir s’in­té­resse dès son plus jeune âge aux af­faires. «A par­tir de 13 ans, j’ai com­men­cé à tra­vailler dans la so­cié­té. J’ai dé­bu­té au bas de l’échelle, en ap­pre­nant com­ment s’oc­cu­per des fleurs, la ma­nière de les cou­per, de les mettre dans l’eau, com­ment com­po­ser un bou­quet ou un ar­ran­ge­ment.» Par la suite, il s’at­telle au cô­té ad­mi­nis­tra­tif et se fa­mi­lia­rise avec la ges­tion de la com­pa­gnie. «A par­tir de 16 ans, je voya­geai avec mon père pour as­sis­ter aux foires et aux ex­po­si­tions, faire la connais­sance des four­nis­seurs et in­tro­duire de nou­velles idées. Avec le re­cul, j’ai réa­li­sé que cette ex­pé­rience ac­quise et ces ins­tants vé­cus étaient plus im­por­tants que tout ce que j’ai étu­dié à l’uni­ver­si­té», sou­ligne Kamal Sfeir.

IN­NO­VA­TIONS. Un peu bu­si­ness­man, un peu ar­tiste, Kamal Sfeir al­lie un goût ex­quis pour la dé­co­ra­tion flo­rale, dou­blé d’un so­lide sens des af­faires. Il est tou­jours étu­diant lorsque son père tombe ma­lade et, à 22 ans, il prend to­ta­le­ment en charge la com­pa­gnie à son dé­cès. «J’ai alors ten­té de trou­ver d’autres ho­ri­zons et d’élar­gir notre champ d’ac­ti­vi­té. Alors que l’on im­por­tait des sa­pins de­puis tout temps, j’ai dé­cou­vert une autre va­rié­té qui est le fa­meux sa­pin bleu. Bou­quet était le pre­mier à in­tro­duire au Li­ban cette va­rié­té et, pen­dant 10 ans, nous étions les seuls à en im­por­ter. Les sa­pins bleus ont la par­ti­cu­la­ri­té de ré­sis­ter plus à la cha­leur et d’être plus beaux que les sa­pins or­di­naires. Nous les cou­pons di­rec­te­ment dans les fo­rêts, en Eu­rope, où chaque an­née je vais les choi­sir per­son­nel­le­ment.» C’est un mo­ment pri­vi­lé­gié, «un ins­tant de pur bon­heur» pour Kamal Sfeir, de se re­trou­ver en pleine na­ture, dans la fo­rêt, à choi­sir les sa­pins. «C’est un des ins­tants que j’aime le plus dans mon tra­vail.»

Tou­jours in­no­va­teur, à 25 ans il vi­site la Thaï-

lande, et fait la connais­sance des four­nis­seurs d’or­chi­dées. Il de­vient ain­si le pre­mier à im­por­ter les den­dro­bium –vul­gai­re­ment connus sous le nom de «ba­by or­chi­dée»–, di­rec­te­ment de Thaï­lande, alors qu’au­pa­ra­vant, ils étaient ex­por­tés en Hol­lande puis ache­mi­nés vers le Li­ban. «C’est la rai­son pour la­quelle, le prix de cette plante a consi­dé­ra­ble­ment bais­sé car dé­sor­mais nous les im­por­tons di­rec­te­ment de la source», sou­ligne Kamal Sfeir.

Chaque an­née, après la sai­son des ma­riages qui com­mence au prin­temps et se ter­mine en été, Kamal Sfeir as­siste à plu­sieurs foires et ex­po­si­tions de dé­co­ra­tion et d’ac­ces­soires. «Ces ma­ni­fes­ta­tions sont source d’ins­pi­ra­tion, nous y pui­sons les idées pour la réa­li­sa­tion de grands évè­ne­ments tels que ceux qui ont contri­bué à créer la no­to­rié­té de Bou­quet dans la dé­co­ra­tion des ma­riages in­times et des grands ma­riages.»

DI­VORCE PAR­TY. Fait sur me­sure, chaque ma­riage est un évè­ne­ment unique pour Kamal Sfeir. «La dé­co­ra­tion s’ins­pire gé­né­ra­le­ment du ca­rac­tère de la ma­riée, de ses goûts et de ses af­fi­ni­tés. Cer­taines aiment le clas­sique, d’autres af­fec­tionnent une touche d’ori­gi­na­li­té ou alors pré­fèrent la sim­pli­ci­té. C’est en fonc­tion de tous ces élé­ments que nous créons la dé­co­ra­tion en y ajou­tant notre touche per­son­nelle.» Com­ment dé­fi­nit-il la ten­dance ac­tuelle des ma­riages au Li­ban? «Au­jourd’hui, les ma­riages se di­visent en deux ca­té­go­ries: soit les grands ma­riages où l’on parle de 600 à 1 000 in­vi­tés, soit les ma­riages in­times de 60 à 80 per­sonnes. On as­siste de plus en plus sou­vent à des ma­riages à l’étran­ger qui in­té­ressent sur­tout la classe moyenne.» Il existe plu­sieurs ex­pli­ca­tions à ce phé­no­mène qui prend de l’am­pleur. «Dans ce genre de ma­riage, ceux qui s’y rendent sont gé­né­ra­le­ment les amis et la fa­mille proche des ma­riés. De plus, les ma­riages à l’étran­ger coûtent moins chers qu’au Li­ban. Les ma­riés misent sur le cadre et se passent de choses comme l’éclai­rage, le dé­fi­lé des voi­tures, la zaf­fé et le folklore tra­di­tion­nel au­quel on as­siste dans les ma­riages li­ba­nais et qui re­pré­sentent 30% du bud­get.» Fort d’une longue ex­per­tise ac­quise au cours de nom­breuses an­nées au Li­ban, Bou­quet a dé­jà fait la dé­co­ra­tion flo­rale de plu­sieurs ma­riages en de­hors du Li­ban, en Ita­lie, en France et en Suisse. «Dans ces évè­ne­ments, nous fai­sons ve­nir les fleurs di­rec­te­ment de Hol­lande et je me rends avec mon équipe sur place. Dans ces cas-là, la dé­co­ra­tion reste simple parce qu’on es­saie d’ex­ploi­ter le cadre qui est gé­né­ra­le­ment d’une grande beau­té et de le mettre en va­leur.» En rai­son des nou­velles dis­po­si­tions prises par la Banque de l’ha­bi­tat, plu­sieurs ma­riages ont dû être re­por­tés cette an­née. «Nous n’avons pas été tou­ché par ce phé­no­mène mais son exis­tence est une évi­dence.» En re­vanche, le manque à ga­gner à la suite de ces me­sures est com­pen­sé par les «Di­vorce par­ty» qui sont de plus en plus fréquentes en rai­son du nombre éle­vé de divorces dans le pays.

En marge de la dé­co­ra­tion d’évè­ne­ments, Bou­quet im­porte des graines et de jeunes plantes des­ti­nées aux agri­cul­teurs lo­caux. «Nous nous oc­cu­pons éga­le­ment du sui­vi avec eux, leur in­di­quons les cou­leurs en vogue à plan­ter, se­lon les sai­sons.» La so­cié­té in­tro­duit éga­le­ment de nou­velles ten­dances, des­ti­nées à pro­mou­voir la dé­co­ra­tion flo­rale, comme les pots de la marque mon­diale El­ho dont Bou­quet dé­tient l’ex­clu­si­vi­té. «Nous avons aus­si ou­vert un nou­veau sec­teur des­ti­né aux jar­dins et en par­ti­cu­lier aux mu­ni­ci­pa­li­tés pour l’en­tre­tien de la pro­pre­té (jar­dins et routes) en uti­li­sant des ma­chines in­no­va­trices, éco­lo­giques et qui fonc­tionnent grâce à des bat­te­ries.» Soixante-dix ans de vie et pour Kamal Sfeir les dé­fis à re­le­ver res­tent nom­breux. «Alors que de nom­breux commerces sont ac­cu­lés à la fer­me­ture pour des rai­sons fi­nan­cières et éco­no­miques, l’es­sen­tiel reste la pé­ren­ni­té et la du­rée dans le temps.»

LE PA­LAIS DE BAAB­DA Le pa­lais pré­si­den­tiel fait ap­pel à Bou­quet pour les dé­co­ra­tions et les ar­ran­ge­ments lors des évè­ne­ments of­fi­ciels.

LE SA­PIN BLEU Kamal Sfeir va per­son­nel­le­ment en Eu­rope pour cou­per di­rec­te­ment dans les fo­rêts le sa­pin bleu.

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