DE­PUIS

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Le re­tour à l’op­tion mi­li­taire en Sy­rie semble dé­sor­mais ac­té. De­puis la te­nue de la ren­contre tri­par­tite des trois mi­nistres de la Dé­fense sy­rien, ira­nien et russe, à Té­hé­ran le 9 juin der­nier, les bom­bar­diers russes ont ac­cru leurs vols et leurs raids dans le ciel de la pro­vince d’Alep no­tam­ment, tan­dis qu’un pont ma­ri­time était mis en place pour ache­mi­ner plu­sieurs cen­taines de tonnes d’équi­pe­ments mi­li­taires en Sy­rie. Le désen­ga­ge­ment par­tiel des troupes russes an­non­cé par Vla­di­mir Pou­tine, fin mars, et qui avait sur­pris tout le monde, n’est vi­si­ble­ment plus d’ac­tua­li­té. La vi­site du mi­nistre de la Dé­fense russe, Ser­gueï Choï­gou, à Ba­char el-As­sad, sur de­mande de Vla­di­mir Pou­tine, la se­maine der­nière, en est une autre illus­tra­tion. Cer­taines sources avancent que des troupes russes sup­plé­men­taires de­vraient être dé­ployées sur le sol sy­rien dans les pro­chains jours. De­puis la réunion de Té­hé­ran, qua­li­fiée de cru­ciale, les al­liés du ré­gime de Da­mas pa­raissent plus que ja­mais sur la même lon­gueur d’onde et dé­ter­mi­nés à lut­ter contre le ter­ro­risme et à créer les condi­tions fa­vo­rables à une so­lu­tion po­li­tique, une op­tion chère aux yeux de Mos­cou. Las­sée par l’in­exis­tence d’avan­cées concrètes pour les né­go­cia­tions in­ter­sy­riennes, ain­si que par le constat d’échec de la trêve conclue avec les Etats-Unis le 27 fé­vrier der­nier, la Rus­sie au­rait donc dé­ci­dé de se ran­ger à l’avis de Té­hé­ran et Da­mas. La trêve, qui a va­cillé au bout de quelques se­maines, a été maintes fois rom­pue et n’a pas conduit à l’ob­jec­tif ini­tial qui était d’ac­ti­ver le pro­ces­sus de né­go­cia­tion de Ge­nève.

Cha­ma­kha­ni prend les rênes

L’une des grandes dé­ci­sions prises lors de la réunion de Té­hé­ran consiste, d’abord, à ac­cor­der un rôle plus im­por­tant aux Ira­niens, sur la scène sy­rienne. Dans les faits, ce­la s’est tra­duit par la no­mi­na­tion de l’ami­ral ira­nien Ali Cha­ma­kha­ni à la tête du Co­mi­té de co­or­di­na­tion des opé­ra­tions sy­ro-rus­soi­ra­niennes, un poste pré­cé­dem­ment oc­cu­pé par un gé­né­ral russe. Cha­ma­kha­ni n’est autre que le pre­mier chef des Gar­diens de la Ré­vo­lu­tion de­ve­nu, entre-temps, le conseiller du guide su­prême Ali Kha­me­nei pour les ques­tions re­le­vant de la sé­cu­ri­té na­tio­nale. Se­lon une source di­plo­ma­tique ira­nienne, son rôle consiste à su­per­vi­ser les ap­pro­vi­sion­ne­ments mi­li­taires, ain­si que les opé­ra­tions sur le ter­rain en Sy­rie. Si les Russes res­taient mé­fiants en­vers leurs al­liés ira­niens – les ob­jec­tifs fi­naux des deux puis­sances étant di­ver­gents – il semble que dé­sor­mais, ils se soient lais­sé convaincre par les ar­gu­ments de Té­hé­ran. L’Iran joue­ra donc un plus grand rôle au ni­veau mi­li­taire, no­tam­ment dans la ré­gion d’Alep, tan­dis que la Rus­sie au­ra da­van­tage les cou­dées franches pour pous­ser à une re­prise des né­go­cia­tions qui soit à son avan­tage. Jus­qu’à pré­sent, la stra­té­gie russe consis­tait à ef­fec­tuer des per­cées sur le ter­rain pour re­lan­cer le pro­ces­sus de dis­cus­sions. C’est d’ailleurs pour ce­la que la trêve sou­hai­tée par Wa­shing­ton avait été mise en place, tout comme le der­nier «ré­gime du si­lence» ins­tau­ré, l’es­pace de 48 heures, la se­maine der­nière à Alep. Mais les mul­tiples vio­la­tions de la trêve, ob­ser­vées du cô­té des com­bat­tants re­belles, dont cer­tains se sont ras­sem­blés au­tour du Front al-Nos­ra, ain­si que la perte suc­ces­sive de Tal­let al-Iss, Khan Tou­man et, la se­maine der­nière, de Khal­sa, ont abou­ti à une ré­vi­sion de cette stra­té­gie. Par ailleurs, la Rus­sie n’a pas ca­ché son exas­pé­ra­tion concer­nant l’obs­ti­na­tion des Amé­ri­cains à vou­loir re­ti­rer les com­bat­tants du Front al-Nos­ra – la fran­chise sy­rienne d’al-Qaï­da – de la liste des or­ga­ni­sa­tions ter­ro­ristes. Le chef d’état-ma­jor russe, Va­le­ri Gue­ras­si­mov, a été très clair sur le su­jet. «C’est la pa­tience de la Rus­sie, et non celle des Etats-Unis, qui a at­teint ses li­mites», a-t-il pré­ve­nu. «Se­lon (les Etats-Unis), les tirs de ro­quette des com­bat­tants sur des vil­lages et sur les po­si­tions des troupes sy­riennes doivent être consi­dé­rés ‘‘des in­frac­tions ano­dines’’ au ré­gime du ces­sez-le-feu», a dé­plo­ré le haut gra­dé. Dans le même temps, il a no­té que toute ré­ponse de la part des sol­dats sy­riens est qua­li­fiée de «frappes dis­pro­por­tion­nées» sur «l’op­po­si­tion». Gue­ras­si­mov a aus­si ré­vé­lé que l’état-ma­jor russe avait en­voyé

Les mi­nistres de la Dé­fense russe, Ser­gueï Choï­gou, ira­nien, Hos­sein Deh­qan et sy­rien, Fahd Jas­sem el-Freij.

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