«Le chaos guette le Li­ban… sauf sur­saut»

«Chaque jour qui passe nous éloigne d’une so­lu­tion de la crise in­terne et nous lie en­core plus étroi­te­ment aux dé­ve­lop­pe­ments ré­gio­naux. Le chaos guette le Li­ban, sauf sur­saut de der­nière mi­nute». In­ter­view de Ghazi Aridi, dé­pu­té de Aley, qui re­pré­sen­tait

L'Hebdo Magazine - - SEMAINE POLITIQUE -

Le dia­logue qui se tient à Aïn el-Ti­né a, en­core une fois, fait du sur­place et les pro­ta­go­nistes ne par­viennent pas à s’en­tendre sur l’éla­bo­ra­tion d’une nou­velle loi élec­to­rale. Vers où se di­rige le pays? Les ac­teurs po­li­tiques ne semblent pas réa­li­ser que le blo­cage des ins­ti­tu­tions de l’Etat n’a pas un im­pact né­ga­tif uni­que­ment sur une ca­té­go­rie de Li­ba­nais, un par­ti ou un cou­rant pré­cis, mais sur tous les Li­ba­nais toutes ten­dances, com­mu­nau­tés et con­fes­sions confon­dues. Il semble que per­sonne ne veut faire pré­va­loir la sa­gesse et la rai­son pour sor­tir le Li­ban de la crise et conso­li­der sa po­si­tion face aux évé­ne­ments en cours dans la ré­gion. Il faut pro­té­ger le pays, ren­for­cer l’uni­té na­tio­nale et le par­te­na­riat dans le res­pect de la loi et de la Consti­tu­tion. Nous n’en sommes mal­heu­reu­se­ment pas là.

Pour­quoi n’ar­ri­vez-vous pas à avan­cer et à vous en­tendre au moins sur une loi élec­to­rale, toutes les par­ties étant en prin­cipe contre une nou­velle pro­ro­ga­tion du man­dat du Par­le­ment? Chaque par­tie campe sur ses po­si­tions. Cha­cun a son point de vue et per­sonne ne veut faire de conces­sions. Le dia­logue tourne à vide, je suis presque ten­té de dire que c’est un dia­logue de sourds.

Quel est le meilleur scé­na­rio, à votre avis, pour sor­tir de l’im­passe et as­su­rer un meilleur fonc­tion­ne­ment des ins­ti­tu­tions? Nous avons tou­jours fait part de notre vo­lon­té de voir l’élec­tion d’un pré­sident à la tête du pays. Nous avons par­ti­ci­pé à chaque séance par­le­men­taire ins­crite dans ce cadre. Si nous par­ve­nons à nous en­tendre sur un pro­jet com­mun, quitte à te­nir des élec­tions lé­gis­la­tives avant les pré­si­den­tielles, nous ne met­trons pas de bâ­tons dans les roues. Tout le monde dé­clare qu’une nou­velle loi élec­to­rale est né­ces­saire pour as­su­rer une meilleure re­pré­sen­ta­ti­vi­té mais, dans les faits, tout le monde ter­gi­verse comme si, quelque part, nous per­dons le temps pour en ar­ri­ver au point où nous n’avons plus beau­coup de choix sauf le re­tour à la loi élec­to­rale de 1960.

Cer­tains ob­ser­va­teurs laissent en­tendre que l’af­fai­blis­se­ment des ins­ti­tu­tions vise à conduire le pays vers une ré­vi­sion de l’ac­cord de Taëf. Ce scé­na­rio est-il plau­sible? Sup­po­sons que ce­la soit vrai. Un amen­de­ment de la Consti­tu­tion doit se faire en séance par­le­men­taire. Or, si d’ici quelques mois, nous ne nous en­ten­dons pas sur une nou­velle loi élec­to­rale, et que le re­nou­vel­le­ment du man­dat du Par­le­ment soit im­pos­sible, comme tous les pro­ta­go­nistes l’af­firment, comment peu­ton amen­der la Consti­tu­tion? Nous de­vons réa­li­ser que si nous ne par­ve­nons pas à un ac­cord, le pays se­ra alors sans pré­sident de la Ré­pu­blique, sans Par­le­ment ou avec un Par­le­ment an­ti­cons­ti­tu­tion­nel et un gou­ver­ne­ment de rè­gle­ment des af­faires cou­rantes, et nous nous di­ri­ge­rons vers le chaos to­tal. Est-ce ce que nous dé­si­rons pour notre pays?

La so­lu­tion de la crise po­li­tique au Li­ban dé­pen­drait des dé­ve­lop­pe­ments en Sy­rie et cer­tains ac­teurs po­li­tiques at­tendent, peut-être, l’évo­lu­tion de la si­tua­tion sy­rienne pour dé­ci­der du sort du pays. Qu’en pen­sez-vous? Chaque jour qui passe nous éloigne d’une so­lu­tion de la crise in­ter­li­ba­naise et nous lie plus étroi­te­ment aux dé­ve­lop­pe­ments ré­gio­naux. Il est temps de ti­rer les le­çons des er­reurs du pas­sé et de tout mettre en oeuvre pour ré­soudre la crise li­ba­naise avant qu’il ne soit trop tard. Il a fal­lu une quin­zaine d’an­nées de conflits et de guerre pour en ar­ri­ver aux ac­cords de Taëf, en­té­ri­né fi­na­le­ment par le Par­le­ment. Faut-il pas­ser par là de nou­veau avant de nous en­tendre pour sau­ver le Li­ban? PRO­POS RE­CUEILLIS PAR D.G.

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