Les ca­mé­ras gardent leur se­cret

Moins de deux se­maines après l’ex­plo­sion qui a se­coué le sec­teur Za­rif - Ver­dun et fait vo­ler en éclats la fa­çade de la Blom Bank, au­cun ré­sul­tat of­fi­ciel n’est ré­vé­lé. Signe de la di­vi­sion qui frappe même les ser­vices de sé­cu­ri­té, l’en­quête a été ex­clu­si

L'Hebdo Magazine - - SEMAINE POLITIQUE -

Il était 20h10 ce soir-là, au mo­ment où les fa­milles se réunissent pour rompre le jeûne. Les rues sont dé­sertes. L’ex­plo­sion de 15 kg de TNT, dé­po­sés dans le bac à fleurs à proxi­mi­té du mur col­lé à la Blom Bank, a souf­flé la fa­çade en verre de l’im­meuble. Aus­si­tôt, toutes les forces de l’ordre se re­trouvent sur les lieux de l’at­ten­tat, mal­gré la dif­fi­cul­té de s’en ap­pro­cher en rai­son des blocs de verre qui conti­nuaient à se détacher de l’im­meuble et à se fra­cas­ser sur le sol. Le com­mis­saire du gou­ver­ne­ment au­près du Tri­bu­nal mi­li­taire, Sa­kr Sa­kr, charge le ser­vice de ren­sei­gne­ments des Forces de sé­cu­ri­té in­té­rieure (FSI) d’ef­fec­tuer les in­ves­ti­ga­tions et d’avoir re­cours à un ex­pert en ex­plo­sifs pour étu­dier le lieu de l’ex­plo­sion. Ac­cou­rue sur les lieux, l’ar­mée dresse aus­si­tôt un cor­don sé­cu­ri­taire pour éloi­gner les ci­toyens de crainte d’une se­conde ex­plo­sion et des dé­bris de verre qui tom­baient. Les en­quê­teurs concentrent ac­tuel­le­ment leurs ef­forts sur les images en­re­gis­trées par les ca­mé­ras de sur­veillance. Celles-ci ont mon­tré les voi­tures qui ont été uti­li­sées par les au­teurs de l’at­ten­tat. Il s’agi­rait de deux vé­hi­cules de type BMW et Kia. Le conduc­teur de la pre­mière au­rait été char­gé de la sur­veillance, alors qu’un in­di­vi­du à bord de la se­conde au­rait ar­rê­té la voi­ture au mi­lieu de la route, se­rait des­cen­du pour dé­po­ser les ex­plo­sifs dans le bac à fleurs, si­tué au bas d’un arbre, quelques mi­nutes avant l’ex­plo­sion. Se­lon les en­quê­teurs, les branches de l’arbre, l’obs­cu­ri­té qui com­men­çait à ré­gner, ain­si que le cha­peau qu’il por­tait, au­raient ren­du son iden­ti­fi­ca­tion im­pos­sible. De toute ma­nière, la marque de la voi­ture et son nu­mé­ro d’im­ma­tri­cu­la­tion ne re­pré­sentent pas d’in­dices im­por­tants. Ceux qui ont exé­cu­té cet at­ten­tat ne sont pas des ama­teurs. Ils ont dû uti­li­ser des voi­tures pro­ba­ble­ment vo­lées, re­peintes et mu­nies d’une fausse plaque d’im­ma­tri­cu­la­tion.

CONDI­TIONS DE L’AT­TEN­TAT

Des sus­pects

Des sources de l’en­quête ont ré­vé­lé l’exis­tence de sus­pects dans le cadre de cette af­faire. Pour­tant, ces der­niers ont été ar­rê­tés, quelques jours avant l’at­ten­tat, car ils condui­saient une mo­by­lette sans pa­piers lé­gaux. Après leur ar­res­ta­tion par une pa­trouille re­le­vant des Forces de sé­cu­ri­té in­té­rieure, il s’est avé­ré que l’un d’eux por­tait un re­vol­ver sans per­mis, alors que le se­cond était re­cher­ché par la jus­tice. Les deux per­sonnes ar­rê­tées ont été re­mises au ser­vice de ren­sei­gne­ments des FSI après l’ex­plo­sion pour s’as­su­rer qu’ils n’étaient pas im­pli­qués dans cet at­ten­tat. Les ser­vices de sé­cu­ri­té passent en re­vue les films en­re­gis­trés par les ca­mé­ras de la banque, ain­si que celles qui ont été ins­tal­lées dans les rues de Beyrouth, en par­ti­cu­lier dans le sec­teur de Ver­dun. Les re­cherches

sont cen­trées sur la Kia à bord de la­quelle se trou­vait l’au­teur de l’at­ten­tat. La se­conde voi­ture, vrai­sem­bla­ble­ment une BMW, est éga­le­ment re­cher­chée après le vi­sion­nage des films en­re­gis­trés par les ca­mé­ras, Beyrouth ayant été di­vi­sée en plu­sieurs sec­teurs pour contrô­ler la cir­cu­la­tion de la ville. Se­lon les ob­ser­va­teurs, cette mis­sion est très dé­li­cate car ceux qui ont exé­cu­té l’at­ten­tat avaient to­ta­le­ment conscience de la pré­sence des ca­mé­ras et ils ont dû fort pro­ba­ble­ment agir de ma­nière à ne pas être sai­sis. De même, toutes les com­mu­ni­ca­tions qui ont eu lieu dans le sec­teur quelques mi­nutes avant l’ex­plo­sion, et après celle-ci, sont re­vues par les ser­vices de sé­cu­ri­té. Ils se­raient à la re­cherche d’une per­sonne qui au­rait été char­gée de la sur­veillance de la ré­gion les jours pré­cé­dant l’at­ten­tat et au­rait fixé la date de l’opé­ra­tion afin que celle-ci ait lieu dans les condi­tions pré­vues. JOËLLE SEIF

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