Les Ethio­piennes ar­rivent en tête

L'Hebdo Magazine - - SEMAINE POLITIQUE -

La Jour­née mon­diale des tra­vailleuses et tra­vailleurs im­mi­grants cé­lé­brée au Li­ban a été mar­quée par un ap­pel à la si­gna­ture et à l’ap­pli­ca­tion de la conven­tion 189 de l’Or­ga­ni­sa­tion in­ter­na­tio­nale du tra­vail. Cette conven­tion a pour but d’as­su­rer un tra­vail dé­cent à cette ca­té­go­rie de tra­vailleuses et de tra­vailleurs.

Se­lon une étude dé­voi­lée par le quo­ti­dien as-Sa­fir, le nombre de la main-d’oeuvre étran­gère au Li­ban, sans comp­ter les Sy­riens et les Pa­les­ti­niens, se­rait entre 200 000 et 275 000 tra­vailleuses et tra­vailleurs. La presque to­ta­li­té de celle-ci se­rait des em­ployés de mai­son et sont des femmes. L’ap­pli­ca­tion de la conven­tion 189 as­su­re­rait la pro­tec­tion des tra­vailleuses et tra­vailleurs contre de nom­breux abus aux­quels ils sont sou­mis ré­gu­liè­re­ment, no­tam­ment l’ex­ploi­ta­tion ma­té­rielle, lé­gale et sexuelle. Elle per­met­trait éga­le­ment de leur four­nir des condi­tions de tra­vail pré­ser­vant leur di­gni­té et leur hu­ma­ni­té. Les as­so­cia­tions cé­lé­brant cette jour­née ont ap­pe­lé les au­to­ri­tés com­pé­tentes à si­gner cette conven­tion en vue d’an­nu­ler «le sys­tème du

CHIFFRES

Les femmes re­pré­sentent 75% de la main-d’oeuvre étran­gère au Li­ban et elles tra­vaillent es­sen­tiel­le­ment comme des em­ployées de mai­sons. Leur nombre est es­ti­mé à 154 749 em­ployées et sont ré­par­ties ain­si: Ethio­piennes: 73 098. Ban­gla­daises: 29 993. Phi­lip­pines: 22 416. Ké­nyanes: 8 357. Sri-lan­kaises: 7 566. Né­pa­laises: 2 512. Ca­me­rou­naises: 2 318. Mal­gaches: 1 325. Hin­doues: 364. Sou­da­naises: 70. Autres: 6 698. ga­rant» au­quel est sou­mise cette ca­té­go­rie de tra­vailleurs. Ce sys­tème a pour ré­sul­tat de mettre les tra­vailleuses et les tra­vailleurs sous la coupe de leurs em­ployeurs et d’aug­men­ter leurs mau­vaises condi­tions. No­tons que le «sys­tème du ga­rant» n’existe pas de ma­nière spé­ci­fique dans la loi li­ba­naise. Dans ce cadre, la so­cié­té In­for­ma­tion In­ter­na­tio­nal a ré­vé­lé les chiffres qui montrent clai­re­ment le vo­lume de la main-d’oeuvre étran­gère au Li­ban, sa ré­par­ti­tion, ain­si que son dé­ve­lop­pe­ment au cours des der­nières an­nées, en pa­ral­lèle avec l’aug­men­ta­tion du taux de chô­mage au Li­ban. En ef­fet, ce­lui-ci at­teint 25% des forces ac­tives. Le nombre de chô­meurs au Li­ban at­teint 300 000 per­sonnes de l’en­semble des forces ac­tives qui est es­ti­mé à 1,3 mil­lion de per­sonnes. Pa­ra­doxa­le­ment, ce chiffre s’ac­com­pagne d’une aug­men­ta­tion du nombre de la main-d’oeuvre étran­gère, sans pour au­tant comp­ter les Pa­les­ti­niens et les Sy­riens. Se­lon les chiffres of­fi­ciels, le nombre de tra­vailleurs étran­gers est pas­sé de 33 268 per­sonnes en 1993 à 209674 per­sonnes en 2015. En d’autres termes, le taux a en­re­gis­tré une hausse de 530%, c’est-à-dire une aug­men­ta­tion de 176 406 per­sonnes. Les chiffres in­diquent le dé­ve­lop­pe­ment de la main-d’oeuvre étran­gère entre 1993 et 2015. La plus forte aug­men­ta­tion du nombre de tra­vailleurs étran­gers a été en­re­gis­trée les deux an­nées 1996-1997 et a at­teint une pro­por­tion de 60%. Dans les an­nées 2008 à 2011, cette hausse est ar­ri­vée jus­qu’à 53851 per­sonnes, ce qui veut dire une pro­por­tion de 41%. En re­vanche, en 2013, on en­re­gistre une baisse de 16,4% de la main-d’oeuvre étran­gère et de nou­veau une hausse de 25% en 2014. Cer­tains es­timent que le nombre de tra­vailleuses et tra­vailleurs étran­gers en si­tua­tion illé­gale est de 50 000 à 60 000 per­sonnes. Ce­ci a pour but d’aug­men­ter le nombre of­fi­ciel des tra­vailleurs étran­gers pour qu’il at­teigne ap­proxi­ma­ti­ve­ment 270 000 per­sonnes, les Ethio­piens étant clas­sés en tête. Se­lon les sta­tis­tiques, ces der­niers re­pré­sen­te­raient 58% de la main-d’oeuvre étran­gère au Li­ban. Les res­sor­tis­sants du Ban­gla­desh viennent en se­cond lieu après l’Ethio­pie.

La conven­tion 189

La conven­tion 189 a pour ob­jec­tif d’as­su­rer un tra­vail dé­cent pour les tra­vailleuses et tra­vailleurs do­mes­tiques. Le 16 juin 2011, la Confé­rence in­ter­na­tio­nale du tra­vail de l’Or­ga­ni­sa­tion in­ter­na­tio­nale du tra­vail a adop­té la Conven­tion sur le tra­vail dé­cent pour les tra­vailleuses et tra­vailleurs do­mes­tiques, éga­le­ment ap­pe­lée la Conven­tion sur le tra­vail do­mes­tique, 2011 (n°189). La conven­tion n°189 offre une pro­tec­tion spé­ci­fique aux tra­vailleurs do­mes­tiques. Elle fixe les droits et prin­cipes fon­da­men­taux, et im­pose aux Etats de prendre une sé­rie de me­sures en vue de faire du tra­vail dé­cent une réa­li­té pour les tra­vailleurs do­mes­tiques. La conven­tion n°189 dé­fi­nit le tra­vail do­mes­tique comme «tra­vail ef­fec­tué au sein ou pour un ou plu­sieurs mé­nages». Ce tra­vail peut in­clure des tâches telles que le mé­nage, la cui­sine, la­ver et re­pas­ser le linge, prendre soin des en­fants ou des per­sonnes âgées ou ma­lades d’une fa­mille, le jar­di­nage, le gar­dien­nage, la conduite de la fa­mille, et même le soin des ani­maux do­mes­tiques. JOËLLE SEIF

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