Bou­chra Jar­rar

« Mes créa­tions sont d’une ex­trême fé­mi­ni­té... »

Prestige (Lebanon) - - Interview -

Di­rec­trice ar­tis­tique de Lan­vin de­puis mars 2016, Bou­chra Jar­rar a pré­sen­té sa pre­mière col­lec­tion de Prêt- à- Por­ter Prin­temps- Eté 2017 pour la mai­son, dans le cadre de la se­maine de la mode pa­ri­sienne. Pres­tige a ren­con­tré la créa­trice fran­çaise, la nou­velle force tran­quille à la barre d’une des plus an­ciennes mai­sons de Haute Cou­ture. Im­pres­sions. Vous êtes di­rec­trice ar­tis­tique chez Lan­vin de­puis mars 2016. Quels sont les dé­fis qui se posent quand on crée pour une marque dé­jà éta­blie, et comment faites- vous pour res­pec­ter les codes de la marque tout en met­tant votre touche per­son­nelle? La mai­son a des codes mais chaque créa­teur a ap­por­té aus­si ses codes dans la mai­son. Au­jourd’hui j’ins­talle les miens qui sont ins­pi­rés par le nom de Jeanne Lan­vin. Mon ins­pi­ra­tion a été am­pli­fiée par l’his­toire de cette femme ex­tra­or­di­naire. Sa mode était d’une mo­der­ni­té sans pré­cé­dent, et ce qui m’in­té­resse c’est de faire une mode d’au­jourd’hui.

Une mode in­tem­po­relle aus­si. Qu’est- ce qui vous a ins­pi­rée dans la nou­velle col­lec­tion? Il était im­por­tant pour moi d’ex­pri­mer une fé­mi­ni­té très élar­gie, à tra­vers cette belle pro­po­si­tion qui a né­ces­si­té une forte dé­ci­sion de ma part de fer­mer ma mai­son. C’est un geste fort que j’of­frais à la mai­son Lan­vin, pour y être en­tiè­re­ment. Par ce pre­mier dé­fi­lé j’ai pu po­ser le nou­veau vo­ca­bu­laire de la mai­son Lan­vin de cette nou­velle ère que j’ouvre.

Il y avait aus­si un peu de mas­cu­li­ni­té... Oui c’est dans les gènes de l’his­toire de la mai­son. Jeanne Lan­vin a créé pour l’homme aus­si, rai­son pour la­quelle elle a fait d’aus­si belles choses pour la femme. Nous vi­vons au­jourd’hui une époque où on croise les genres, mais la mode que j’ap­porte pour la mai­son est ex­trê­me­ment fé­mi­nine.

Il y a de la flui­di­té aus­si... La lé­gè­re­té c’est très im­por­tant, même dans les smo­kings ex­trê­me­ment fluides, ex­trê­me­ment lé­gers. Il est im­por­tant qu’on soit dans un jo­li confort mais avec de la te­nue.

Etait- il fa­cile pour vous de prendre cette dé­ci­sion de pas­ser de Bou­chra Jar­rar à Lan­vin? Ce­la a été très ré­flé­chi. Cette pro­po­si­tion était une belle sur­prise pour moi. Est- il plus fa­cile de s’ex­pri­mer sous son propre nom? Tant qu’on parle de créa­ti­vi­té, c’est par­fait. Au­jourd’hui c’est un vrai plai­sir pour moi de m’ex­pri­mer au nom de la mai­son Lan­vin, mais je reste qui je suis. Tant que j’éprouve un pro­fond res­pect pour l’his­toire de la mode de cette mai­son, je m’adresse à toutes les femmes.

Il y a beau­coup de confort aus­si dans vos ha­bits, il faut qu’on se sente bien, c’est quelque chose d’im­por­tant? On peut por­ter du très haut de gamme comme on fait chez Lan­vin mais en étant dé­con­trac­té. La beau­té pour moi, c’est une femme hy­per­struc­tu­rée et dé­ten­due en même temps.

Pen­sez- vous qu’être une femme qui crée pour une autre change un peu la donne? La mode n’a pas de genre, il y a de la place pour les hommes et pour les femmes, mais en tant que femme, je sais ce qu’une femme peut res­sen­tir et comment elle est faite.

Qui est se­lon vous la femme Lan­vin? Il n’y a pas une femme Lan­vin, il y a plu­sieurs femmes Lan­vin. C’est une su­blime mai­son qui a tra­ver­sé le temps de­puis plus de 100 ans. J’es­saie à tra­vers ma création d’élar­gir le spectre.

Bou­chra Jar­rar, di­rec­trice ar­tis­tique de Lan­vin.

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