Ri­ma Boh­sa­li

« La cou­ture est ma pas­sion »

Prestige (Lebanon) - - Interview -

Ri­ma Boh­sa­li, la ta­len­tueuse sty­liste li­ba­naise, très ré­pu­tée dans les an­nées 90, a dé­ci­dé de faire son re­tour sur la scène de la mode à tra­vers sa par­ti­ci­pa­tion à l’évé­ne­ment De­si­gners & Brands Fa­shion Shows. Pres­tige l’a ren­con­trée afin d’en sa­voir plus sur son co­me­back. Peut- on dire que vous êtes née avec une ai­guille dans la main? Le pre­mier jouet que j’ai ré­cla­mé à mes pa­rents était une pou­pée à la tête et aux bras amo­vibles, en­suite une ma­chine à coudre et un né­ces­saire de cou­ture que je garde jus­qu’au­jourd’hui. Ma mère me prê­tait les ci­seaux qui ne me fai­saient pas peur, j’avais mon propre coin dans la mai­son. A 3 ans elle m’ap­por­tait des tis­sus que je cou­sais, et plus tard à 8 ans je l’ai ac­com­pa­gnée chez Mme Sil­va qui avait un ate­lier à Bey­routh et don­nait des cours sur l’art de la cou­ture.

Ra­con­tez- nous un peu votre back­ground. Je viens d’une fa­mille bey­rou­thine bour­geoise. J’ai étu­dié au Col­lège Pro­tes­tant et me suis ma­riée à 16 ans. J’ai don­né nais­sance à mon fils Ah­mad à l’âge de 17 ans. Lors­qu’il a pris le che­min de l’école, j’ai re­mis le cos­tume et suis re­tour­née à l’école of­fi­cielle Fa­kh­red­dine. Je n’ai hé­las pas pu faire d’études uni­ver­si­taires pen­dant la guerre ci­vile. Mon di­vorce à l’âge de 24 ans m’a contrainte à re­tour­ner vivre avec mes pa­rents. A l’époque la guerre bat­tait son plein, j’ai créé un ate­lier de tri­cot dans la mai­son que mes pa­rents m’avaient don­née comme ca­deau de ma­riage. Je four­nis­sais aux dames des cro­chets et de la laine et leur ap­pre­nais à tri­co­ter. Mes dé­buts dans le tri­cot m’ont en­cou­ra­gée à al­ler plus loin. J’ai en­ten­du par­ler d’une école de mode à Pa­ris. Grâce au sou­tien de mes pa­rents, je m’y ins­cris et suis des cours. Di­plôme en main je suis ren­trée au pays où à l’époque, les cou­tu­riers étaient nom­breux mais les sty­listes n’exis­taient qua­si­ment pas, il y avait donc beau­coup d’en­thou­siasme pour ce do­maine. J’ai com­men­cé à coudre des robes pour mes amies, et de bouche à oreille le cercle s’est agran­di. Je me rap­pelle de Vi­viane Deb­bas, de Has­sa­na Man­sour, de Wa­dad Jab­bour. dont la belle- fille Zei­na m’a com­man­dé une veste bro­dée pour ses fian­çailles. J’ai vou­lu lui réa­li­ser un de­si­gn nou­veau et ex­cep­tion­nel sur le thème des mai­sons li­ba­naises. Mon frère Ra­ched Boh­sa­li, ar­chi­tecte, qui pré­pa­rait une ex­po­si­tion sur ce thème dans un style sur­réa­liste, m’a per­mis de lui em­prun­ter l’idée, ce fut un énorme suc­cès. Na­zek Ha­ri­ri m’a com­man­dé pour les fi­na­cailles de sa fille Jou­ma­na, une veste bro­dée sur le thème des mo­nu­ments his­to­riques li­ba­nais. Je me suis liée d’ami­tié avec la fa­mille Ha­ri­ri et ils sont de­ve­nus mes prin­ci­paux clients. J’ai eu la chance de connaître de grandes fa­milles li­ba­naises et mon tra­vail a pris son en­vol.

Pour­quoi votre ré­cent co­me­back? C’est grâce à mon fils Ah­mad, ana­lyste fi­nan­cier en Ara­bie saou­dite qui a dé­ci­dé de ren­trer au pays et m’a en­cou­ra­gée à re­prendre ai­guilles et ci­seaux. J’ai tou­jours ai­mé tra­vailler dans les cou­lisses, j’aime l’art pour l’art. Je me re­mé­more les an­nées où je fai­sais la cou­ture à plein temps. Au dé­cès du Pre­mier mi­nistre Ra­fic Ha­ri­ri, j’ai ar­rê­té la cou­ture pour me consa­crer au prêt- à- por­ter. Il y a deux ans, suite à une ma­la­die, j’ai dû ar­rê­ter le tra­vail. La cou­ture étant ma pas­sion, mon fils m’a conseillée de faire un re­tour en force.

Ri­ma Boh­sa­li lors de son dé­fi­lé à l’hô­tel Four Sea­sons.

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