Rosy Boulos

« La mis­sion des se­cou­ristes me pas­sionne »

Prestige (Lebanon) - - Femmes De Caractère -

Une his­toire d’amour lie Rosy Boulos au Dé­par­te­ment des se­cou­ristes et des urgences à la Croix- Rouge Li­ba­naise, qu’elle pré­side. D’une fas­ci­na­tion par une mis­sion à une pas­sion pour une cause, il fal­lait un pas. Ferme et ré­so­lu. Rosy Boulos l’a fran­chi avec un dé­voue­ment to­tal et une sa­tis­fac­tion ab­so­lue... Cette vo­ca­tion pre­mière n’est pas unique. Membre du Conseil exé­cu­tif du Ma­ra­thon de Bey­routh et de plu­sieurs as­so­cia­tions aux­quelles elle croit, sa vie est foi­son­nante d’ac­ti­vi­tés qu’elle puise dans le so­cial, au ser­vice de l’hu­main. Pour son grand bon­heur. Ren­contre.

Comment est né votre en­thou­siasme pour le so­cial? Du­rant la guerre ci­vile, nous vi­vions dans un ap­par­te­ment en­tou­ré de baies vi­trées. Notre quar­tier était très bom­bar­dé, une ca­serne mi­li­taire étant près de chez nous. La jour­née se li­mi­tait à écou­ter les nou­velles, à dis­cu­ter po­li­tique et à boire du ca­fé. Le pays al­lait à la dé­rive et moi je culpa­bi­li­sais. Je rê­vais de par­ti­ci­per à cette guerre qui se dé­rou­lait sous mes yeux. Une chose me fas­ci­nait: les si­rènes des am­bu­lances de la Croix- Rouge et ces jeunes qui ris­quaient leur vie en ar­ri­vant en même temps que les obus qui tom­baient. Jus­qu’au jour où une pe­tite fille souf­frant d’une crise d’asthme, né­ces­site son trans­port par am­bu­lance. Celle qui ar­rive est kid­nap­pée par des élé­ments ar­més, et une autre ar­rive. Le len­de­main, je me suis en­ga­gée à la Croix- Rouge.

Vous pré­si­dez de­puis 2006 le Dé­par­te­ment des se­cou­ristes et des urgences. Par­lez- nous- en... Les jeunes de la Croix- Rouge n’avaient ni gi­lets pare- balles, ni casques an­ti- éclats. L’am­bu­lance tom­bait souvent en panne sous les obus, et ils étaient très mo­ti­vés. Je me suis prise d’une pas­sion pour ce dé­par­te­ment, et j’ai dé­cou­vert com­bien le Li­ba­nais était grand dans les mal­heurs. Quelque temps après, j’ai ren­con­tré une femme ex­cep­tion­nelle: May El Khalil qui ve­nait du Ni­ge­ria et par­lait d’une nou­velle culture qui m’a pas­sion­née: le Ma­ra­thon. Met­tant à sa dis­po­si­tion mes connais­sances, elle m’a de­man­dé d’être membre du Conseil exé­cu­tif. De­puis, je suis ra­vie d’être à ses cô­tés. En 2006 donc, le pays était en guerre avec Is­raël. Dans ce cas, la Croix- Rouge In­ter­na­tio­nale in­ter­vient pour ré­pondre à nos be­soins, fai­sant ap­pel aux Croix- Rouge du monde. Mal­heu­reu­se­ment ces aides ar­ri­vaient trop tard. Nous avons eu 13 mar­tyrs mais les se­cou­ristes ont été ad­mi­rables. Ils sont tous vo­lon­taires et viennent des quatre coins du pays, toutes con­fes­sions et ap­par­te­nances confon­dues. Après une sé­lec­tion sé­vère, ils re­çoivent une for­ma­tion su­per pro­fes­sion­nelle d’un an, conforme aux normes in­ter­na­tio­nales. Les bles­sés, les frères et les soeurs des mar­tyrs sont tou­jours se­cou­ristes à la Croix- Rouge, et les pa­rents sont dans les co­mi­tés ré­gio­naux. Vos études de droit ont- elles été utiles dans votre vie? Elles ont été es­sen­tielles. Jus­qu’à 18 ans, j’étais un rat de bi­blio­thèque, mais in­ca­pable de vivre ma vie. J’ai fait un peu d’in­tros­pec­tion pour re­trou­ver mon équi­libre. L’émis­sion té­lé « Le Pro­cès » me pas­sion­nait, ayant tou­jours rê­vé de de­ve­nir avo­cate. J’ai donc fait des études et un doc­to­rat en droit, et ce­la m’a sau­vé la vie. J’ai épou­sé Na­gib Boulos, un ju­riste di­plô­mé de Har­vard. Nous par­lions le même lan­gage.

Qu’avez- vous fait dans le Kou­ra? Mon ma­ri construi­sait un pro­jet à Ka­far Ak­ka, une école tech­nique su­pé­rieure à but non lu­cra­tif et une uni­ver­si­té. J’ai ins­tal­lé une bi­blio­thèque de 400m2 au pre­mier étage et for­mé des vo­lon­taires pour dé­cou­vrir les ta­lents des 500 en­fants ve­nus de la ré­gion. J’ai éga­le­ment fon­dé une gar­de­rie et ef­fec­tué des vi­sites avec 80 jeunes pro­fes­seurs de di­verses dis­ci­plines. J’ai même été élue membre de la mu­ni­ci­pa­li­té. Lorsque le pro­jet de mon ma­ri s’est ache­vé, je ne me suis plus oc­cu­pée du Kou­ra.

Vous avez une vie so­ciale ac­tive... Très ac­tive même. Les per­sonnes, le contact hu­main m’in­té­ressent au­tant que le so­cial. Connaître des gens per­met l’échange des ser­vices. Je m’adapte à tout le monde.

Le se­cret du suc­cès? Le suc­cès ar­rive aux gens qui ont re­çu un don à leur nais­sance et qui savent le culti­ver. La réus­site est ba­sée sur un tra­vail et sur une chance qu’il faut sa­voir sai­sir. Mes pa­rents di­saient: « Il faut faire par­don­ner deux choses dans la vie, sa réus­site et sa for­tune. Et ne ja­mais dire: « je, j’ai, moi » .

Le bon­heur pour vous, c’est... Un ins­tant du­rable, des mo­ments in­ou­bliables qui vous aident à sup­por­ter la vie. Le comble du bon­heur? Un wapp de ma pe­tite- fille me di­sant: « Tu me manques, ça fait une se­maine que je ne t’ai pas vue. Please, in­vite- nous à dé­jeu­ner sa­me­di » . C’est ça le bon­heur.

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