May El Khalil

« Le Ma­ra­thon, pour faire de Bey­routh la ca­pi­tale du sport et de la paix »

Prestige (Lebanon) - - Femmes De Caractère -

De­puis quinze ans, elle court, construit et dé­ve­loppe son rêve, le Ma­ra­thon. Un rêve qui a pris forme sur son lit d’hô­pi­tal où pen­dant deux ans elle a sur­mon­té avec un cou­rage in­croyable, bal­lot­tée entre la vie et la mort, une rude épreuve et trente- six chi­rur­gies. Au­jourd’hui May El Khalil, pion­nière de la culture du ma­ra­thon au Li­ban et pré­si­dente- fon­da­trice de Bei­rut Ma­ra­thon, court et en­cou­rage les ci­toyens et cou­reurs du monde en­tier à par­ti­ci­per à l’évé­ne­ment. Ob­jec­tif? Ser­vir une cause hu­ma­ni­taire et l’éco­no­mie de son Li­ban, l’es­pace d’une jour­née d’union, de paix et de ras­sem­ble­ment. Une pas­sion contée à Pres­tige.

Comment est née l’As­so­cia­tion Bei­rut Ma­ra­thon? J’ai tou­jours ai­mé cou­rir, pour gar­der mon mo­ral et mon phy­sique. En 2001, ma vie a bas­cu­lé lors d’un en­traî­ne­ment, au Li­ban, pour par­ti­ci­per à un ma­ra­thon à l’étran­ger. Un ca­mion m’a heur­tée et pro­je­tée par terre. L’ac­ci­dent m’a lais­sée dans le co­ma. Après deux ans pas­sés à l’hô­pi­tal et trente- six chi­rur­gies, j’étais prête à re­mar­cher, mais cou­rir n’était plus pos­sible. Sur mon lit d’hô­pi­tal, une idée me don­nait l’es­poir et la mo­ti­va­tion: créer un ma­ra­thon in­ter­na­tio­nal pour le Li­ban. Si j’étais in­ca­pable de cou­rir, pour­quoi ne pas en­cou­ra­ger mes com­pa­triotes à réa­li­ser l’im­por­tance de par­ti­ci­per à une course d’en­ver­gure?

Ce­la im­plique une in­fra­struc­ture et des frais... L’or­ga­ni­sa­tion an­nuelle du Ma­ra­thon de Bey­routh reste un dé­fi. La culture de la course, en évo­lu­tion constante, n’at­tire pas les in­ves­tis­seurs. Le mar­ke­ting spor­tif est re­la­ti­ve­ment ti­mide dans cette par­tie du monde. Nous sommes ra­vis d’avoir des par­te­naires qui par­tagent notre vi­sion. Les fonds pro­viennent de nos spon­sors, pour cou­vrir les dé­penses éva­luées à quelque 1.700.000 dol­lars. Conforme aux stan­dards in­ter­na­tio­naux, le ma­ra­thon gé­nère 13 mil­lions de dol­lars à l’éco­no­mie li­ba­naise.

Quel plus le Ma­ra­thon vous a- t- il ap­por­té? Le tra­vail col­lec­tif. Du­rant mon sé­jour au Ni­ge­ria, je m’en­ga­geais dans une ac­ti­vi­té so­ciale pour col­lec­ter des fonds et ai­der la com­mu­nau­té sur place. Le Ma­ra­thon est une im­pli­ca­tion dans un évé­ne­ment pour mon pays, à tra­vers un sport qui me pas­sionne. Il vé­hi­cule l’idée d’un évé­ne­ment spor­tif, et le trans­cende vers l’uni­té, le ras­sem­ble­ment et la paix.

Quelle est son im­por­tance? Nous as­pi­rons à voir da­van­tage de per­sonnes cou­rir pour des causes, pour une ONG par­te­naire, où 25% des frais d’en­re­gis­tre­ment lui sont al­loués. Sur 15 ans, nous avons oc­troyé 1.300.000 dol­lars aux ONG à par­tir des frais d’en­re­gis­tre­ment. Nous sou­hai­tons voir plus de hé­ros en course, no­tam­ment des jeunes. Le Ma­ra­thon est de­ve­nu sym­bole de ras­sem­ble­ment à Bey­routh et au Li­ban. Notre de­vise « Paix, Amour, Course » , nous a per­mis de réunir toutes les comm­nu­nau­tés, l’es­pace d’un jour, loin de la re­li­gion, de la dis­cri­mi­na­tion et de la po­li­tique. Nous vou­lons faire de Bey­routh la ca­pi­tale du sport et de la paix, en at­ti­rant da­van­tage de cou­reurs in­ter­na­tio­naux.

Qu’avez- vous pré­sen­té cette an­née? Nous avons créé le ma­ra­thon le plus ra­pide, pour amé­lio­rer les re­cords et ac­cueillir da­van­tage de cou­reurs. Nous avons veillé au dé­rou­le­ment des courses en ins­tal­lant plus de tentes mé­di­cales pour toute éven­tua­li­té.

Qu’en est- il du thème? « 15 ans de course » , en écho à notre 15e an­ni­ver­saire. Nous avons re­mer­cié tous ceux qui ont contri­bué à confé­rer au ma­ra­thon le grand nom qu’il re­pré­sente au­jourd’hui. Les « 15 ans de course… » tra­duisent 15 ans de don, de par­tage, de bon­heur, d’uni­té, d’en­ga­ge­ment et de vo­lon­ta­riat.

Qui par­ti­cipe au Ma­ra­thon? Nous croyons aux com­mu­ni­ca­tions hu­maines. La course est un sport in­di­vi­duel qui ins­pire les autres à cou­rir. Nous avons vi­si­té les vil­lages, la Bé­qaa, les écoles, les po­li­ti­ciens et les am­bas­sa­deurs à cet ef­fet. En 4 ans, notre pro­gramme d’en­traî­ne­ment « 542 » a for­mé des ma­ra­tho­niens, et notre dé­par­te­ment mé­dia a or­ga­ni­sé des cam­pagnes ci­blant toute la po­pu­la­tion, y com­pris les han­di­ca­pés, où 22 ath­lètes ont re­çu 22 vé­los pour cou­rir.

Le se­cret du suc­cès? Créer un im­pact po­si­tif dans la vie des per­sonnes. Ma dé­fi­ni­tion du suc­cès a chan­gé à tra­vers les an­nées, j’ac­cu­mule les ex­pé­riences pour res­ter dans la course au suc­cès mal­gré quelques dé­cep­tions in­évi­tables aux­quelles je suis confron­tée par­fois.

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