Bey­routh, mon amour?

Prestige (Lebanon) - - Impressions -

J’ ai soixante- quinze ans et je suis Bey­rou­thine. Il y a des ma­tins où je me ré­veille amou­reuse de ce pays, et d’autres où je me de­mande comment j’ac­cepte tout ce qu’il ne me donne pas, mais tous les jours je me dis qu’il n’est pas ques­tion pour moi de vivre ailleurs. C’est pour com­prendre ce qui m’y re­tient si fort que j’ai dé­ci­dé de dé­crire mes jour­nées comme si je les vi­vais dans le cadre d’une té­lé réa­li­té. C’est la ren­trée. Fin sep­tembre a vu dé­fi­ler des ex­pos d’art in­ter­na­tio­nales et de de­si­gn lo­cal qui ont drai­né vers le Biel une foule d’in­tel­lec­tuels, de mon­dains, de désoeu­vrés et d’ar­tistes. J’ai fait par­tie du lot et m’en suis trou­vée ra­vie, puis il y a eu le wee­kend des po­tiers à Be­kr­zay qui a dé­pla­cé ce même monde vers le Chouf pour y ad­mi­rer l’in­dé­trô­nable ma­nou­ché à la main, le tra­vail des ar­ti­sans et les mai­sons d’hôtes en pierre de taille, dans un dé­cor se­rein d’oli­viers et de vi­gnobles. J’en suis re­ve­nue re­vi­go­rée. Nombre de mai­sons d’hôtes ont ou­vert leurs portes ces der­nières an­nées de la Bé­kaa jus­qu’à Ba­troun, de Tyr jus­qu’au jurd du Kes­rouan. Ce même wee­kend Ma­cam, ce mu­sée en pleine fo­rêt a inau­gu­ré sa bien­nale dans la bonne hu­meur gé­né­rale, alors que pour ceux qui étaient res­tés en ville, les salles de ci­né­ma ont af­fi­ché com­plet, grâce à la pro­jec­tion de « L’in­sulte » . Oc­tobre n’a pas dé­mar­ré dans la joie, nos gou­ver­nants don­nant d’une main, pre­nant de l’autre, en n’ou­bliant ja­mais de se ré­ser­ver la part du lion, ont vite fait de ra­me­ner dans la rue les ma­ni­fes­tants « Bad­na nhas­sib » et consorts ont res­sor­ti leurs pan­cartes, la grogne est gé­né­rale, la grève me­nace, mais le street art dé­tourne les re­gards de ces pan­cartes vite ou­bliées. Bey­routh est en ce mois la ca­pi­tale des ta­gueurs et c’est net­te­ment plus dis­trayant de les suivre sur les murs en bé­ton de la ca­pi­tale. Alors j’ai ou­blié mes griefs pour des ho­ri­zons éton­nants de créa­ti­vi­té et pour­sui­vi ma quête d’ex­pres­sion ar­tis­tique à Beit Bei­rut, lieu de mé­moire, avant de me dir­ri­ger vers l’hip­po­drome pour com­pa­rer les robes des vins lo­caux lais­sant mes com­pa­gnons ter­mi­ner leur soi­rée sur une note mu­si­cale à la ca­thé­drale St- Louis des Jé­suites où l’on inau­gu­rait les concerts du ven­dre­di avec la pre­mière sym­pho­nie de Mah­ler. Voi­là pour cette fois et au billet pro­chain.

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