DOROTHÉE HENRIO,

Di­rec­trice Mar­ke­ting In­ter­na­tio­nal Ro­ger Du­buis......

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Ro­ger Du­buis est ré­pu­té pour son es­prit contem­po­rain, com­bi­nant les ma­té­riaux et les tech­no­lo­gies de pointe à la Haute Hor­lo­ge­rie. Son par­te­na­riat avec le monde au­to­mo­bile, Pi­rel­li et Lam­bor­ghi­ni marque la ren­contre entre des in­gé­nieurs d’ex­cep­tion et des hor­lo­gers d’ex­cep­tion. Pres­tige a in­ter­viewé Dorothée Henrio, sa di­rec­trice Mar­ke­ting In­ter­na­tio­nal pour en sa­voir plus sur les nou­veaux pro­jets en pers­pec­tive pour 2018. Vous êtes di­rec­trice Mar­ke­ting chez Ro­ger Du­buis, pou­vez­vous nous dire en quoi consiste votre fonc­tion? Ce­la fait quatre ans que je suis di­rec­trice Mar­ke­ting In­ter­na­tio­nal chez Ro­ger Du­buis, un poste plein de dé­fis, sur­tout de­puis les der­niers par­te­na­riats avec Pi­rel­li et Lam­bor­ghi­ni qui im­pliquent une grande créa­ti­vi­té. Ro­ger Du­buis est une marque jeune de 23 ans, en train de se for­mer avec deux icônes, l’Ex­ca­li­bur et la Vel­vet. C’est une marque pas­sion­nante avec une forte iden­ti­té. Nous sommes en train d’écrire les grandes lignes de son his­toire.

Com­ment voyez- vous l’évo­lu­tion de la stra­té­gie de com­mu­ni­ca­tion du­rant ces quatre an­nées? La com­mu­ni­ca­tion évo­lue. Nous avons créé un cer­tain nombre de pla­te­formes, de cir­cuits des­ti­nés à nos clients pour leur faire ex­pé­ri­men­ter des sen­sa­tions com­plè­te­ment dif­fé­rentes du monde hor­lo­ger. Comme ce dî­ner au coeur de la ma­nu­fac­ture de Lam­bor­ghi­ni qui a ou­vert pour la pre­mière fois ses portes à nos in­vi­tés, soit une cen­taine de clients et de jour­na­listes, qui ont pu ex­pé­ri­men­ter sur un cir­cuit créé pour eux le drif­ting et le test drive. Une ex­pé­rience sen­sa­tio­nelle en 3D.

Quelle était l’im­por­tance d’un par­te­na­riat avec le monde de l’au­to­mo­bile? Nous avons vou­lu échan­ger et ré­flé­chir à dif­fé­rentes ma­nières de tra­vailler. Il nous faut sor­tir de notre monde hor­lo­ger pour nous ou­vrir aux pra­tiques d’autres in­dus­tries. La marque Lam­bor­ghi­ni est une fa­bu­leuse ma­nu­fac­ture avec un res­pect de la tech­nique, de la re­cherche et du dé­ve­lop­pe­ment. Pi­rel­li est une mai­son per­for­mante al­liant dé­ve­lop­pe­ment tech­nique sur les pneus, et le de­si­gn, avec une pas­sion à l’ita­lienne.

Quelles sont les nou­veau­tés chez Ro­ger Du­buis cette an­née? Cette an­née, nous avons un nou­veau mou­ve­ment avec l’Ex­ca­li­bur Aven­ta­dor S, et sur­tout de nou­velles ex­pé­riences.

Qu’en est- il des nou­veau­tés fé­mi­nines cette an­née? Nous avons des nou­veau­tés fé­mi­nines dont seules10 à 15% des col­lec­tions ont été lancées au SIHH. En fé­vrier une nou­veau­té dans la col­lec­tion Vel­vet, et en juillet avec l’Ex­ca­li­bur 36mm, un mou­ve­ment très par­ti­cu­lier mais ex­trê­me­ment féminin. Les femmes chez Ro­ger Du­buis re­pré­sentent au­jourd’hui 25 à 30% de notre clien­tèle.

Le di­rec­teur de la créa­tion chez Ro­ger Du­buis a chan­gé… Nous avons un nou­veau di­rec­teur de la créa­tion, Charles Mo­rand. Ce chan­ge­ment de di­rec­teur de la créa­tion in­suf­fle­ra- t- il de nou­velles pers­pec­tives? La marque garde la même es­sence, elle doit conser­ver ce cô­té ex­tra­va­gant et per­for­mant dans le res­pect de la Haute Hor­lo­ge­rie. Il y au­ra tou­jours de la conti­nui­té dans nos col­lec­tions.

Vous vous voyiez dans le monde hor­lo­ger au dé­but de votre car­rière? J’ai tou­jours tra­vaillé au sein du groupe Ri­che­mont, tout en sou­hai­tant faire une car­rière à l’in­ter­na­tio­nal. L’hor­lo­ge­rie et la joaille­rie sont des uni­vers gor­gés de mer­veilleuses sphères de créa­ti­vi­té. Je consi­dère que j’ai de la chance de tra­vailler dans cette in­dus­trie.

Avez- vous dé­ve­lop­pé un goût spé­ci­fique pour l’hor­lo­ge­rie étant dans cet uni­vers de­puis des an­nées? En tant que di­rec­trice mar­ke­ting, je ne peux pas être très ob­jec­tive. Je vous di­rai que la der­nière montre que j’ai por­tée est une Ex­ca­li­bur et sur­tout l’Ex­ca­li­bur Aven­ta­dor S, édi­tion li­mi­tée à 88 pièces. Cette montre est agres­sive, sa mé­ca­nique rap­pelle la fu­reur du monde de l’au­to­mo­bile. C’est une belle montre aux cou­leurs vi­vantes.

Quelle dif­fé­rence entre le fait de tra­vailler dans une mai­son hor­lo­gère his­to­rique et une mai­son qui est en train de créer son his­toire? Ce sont deux ap­proches com­plè­te­ment dif­fé­rentes. Avec Ro­ger Du­buis le champ de pos­si­bi­li­tés est énorme mais il faut faire at­ten­tion à ne pas se trom­per, car nous sommes en train d’écrire les grandes lignes de son his­toire. Il y a plus de li­ber­té mais plus de res­pon­sa­bi­li­té. Les deux aven­tures sont ex­cep­tion­nelles.

Quel est le plus gros dé­fi quand on écrit une nou­velle his­toire? Le plus grand dé­fi est de réus­sir à avoir des clients fi­dèles.

Propos re­cueillis à Ge­nève par MA­RIA NADIM

Vous êtes à la tête de ce qu’on ap­pelle Dé­par­te­ment des Nou­velles Tech­no­lo­gies. Pour­quoi une ma­nu­fac­ture hor­lo­gère a- t- elle be­soin d’un tel dé­par­te­ment et quelle est votre mis­sion? J’ai prin­ci­pa­le­ment quatre mis­sions, la pre­mière étant de va­li­der tous les nou­veaux dé­ve­lop­pe­ments chez Ulysse Nar­din. Cer­taines idées viennent du mar­ché suite à la de­mande de la clien­tèle. D’autres viennent de nos équipes ou de la di­rec­tion. Par­fois ce sont des jeunes hor­lo­gers qui nous pro­posent des concepts. Quelle que soit la source, le dé­ve­lop­pe­ment de ces idées est pris en charge par le bu­reau tech­nique. La va­li­da­tion vient en­suite. La mise au point des pro­to­types se fait en fonc­tion de la com­plexi­té de la montre. Si les mou­ve­ments sont des­ti­nés à une grande sé­rie, nous pou­vons ar­ri­ver jus­qu’à cent, deux cents mo­dèles, notre mis­sion étant de réa­li­ser ces pro­to­types et de les va­li­der. Notre tra­vail de base consiste à dé­ve­lop­per et à tes­ter. S’en­suivent des tâches an­nexes sur le cycle de pro­duc­tion. En­fin, il y a la par­tie pro­prié­té in­tel­lec­tuelle qui concerne les bre­vets.

Vous par­lez de nou­velles idées. S’agit- il de tech­no­lo­gie en tant que ma­té­riaux ou du mou­ve­ment en lui- même? C’est ce qu’on ap­pelle une re­cherche ap­pli­quée. Par exemple ce mé­ca­nisme de re­mon­tage automatique est as­sez com­plexe, c’est un bout de construc­tion hor­lo­gère, un sys­tème ré­vo­lu­tion­naire parce que nous avons réus­si à amé­lio­rer l’ef­fi­ca­ci­té du re­mon­tage. C’est un concept com­plet. Il peut y avoir d’autres élé­ments où c’est plus un ma­té­riau que nous pou­vons uti­li­ser à plu­sieurs en­droits et qui fait par­tie des re­cherches ap­pli­quées. L’an­née pas­sée, il y avait la montre pro­to­type « In­noVi­sion 2 » avec ses dix bre­vets et vous étiez en train d’étu­dier com­ment ap­pli­quer toutes ces in­no­va­tions. Les avez- vous uti­li­sées cette an­née? Il y a d’abord les dé­ci­sions stra­té­giques de l’en­tre­prise puis la va­li­da­tion du dé­par­te­ment tech­nique et en­fin la va­li­da­tion au ni­veau es­thé­tique. Cette an­née plu­sieurs nou­veau­tés ont été pré­sen­tées au SIHH, dont la Freak Vi­sion, montre phare de la Freak Line, qui re­prend le concept de la Freak avec le mou­ve­ment qui in­dique l’heure et la mi­nute. Nous avons uti­li­sé cer­tains élé­ments de la montre pro­to­type In­noVi­sion 2. Nous avons repris le sys­tème de re­mon­tage automatique Grin­der. Il ré­vo­lu­tionne la trans­mis­sion d’éner­gie en étant deux fois plus ef­fi­cace que les sys­tèmes exis­tants. Le Grin­der uti­lise les moindres mou­ve­ments du poi­gnet. La masse os­cil­lante est re­liée à un cadre com­por­tant quatre cli­quets, ce qui offre au sys­tème automatique deux fois plus de course an­gu­laire ( comme un vé­lo équi­pé de quatre pé­dales au lieu de deux). Un mé­ca­nisme de gui­dage flexible li­mite consi­dé­ra­ble­ment les frot­te­ments. Nous avons aus­si uti­li­sé pour la pre­mière fois dans notre col­lec­tion cou­rante, le grand ba­lan­cier en si­li­cium qui était pré­sen­té dans la montre pro­to­type In­noVi­sion 2. Une serge de ba­lan­cier en si­li­cium ul­tra­lé­gère avec mas­se­lottes en ni­ckel et mi­cro- pa­lettes sta­bi­li­sa­trices. L’échap­pe­ment Ulysse An­chor est ba­sé sur le prin­cipe des mé­ca­nismes flexibles uti­li­sant l’élas­ti­ci­té des res­sorts à lames. Cet échap­pe­ment constant, en­tiè­re­ment en si­li­cium, met en scène un cadre cir­cu­laire do­té d’une ancre fixée en son centre qui pi­vote sans frot­te­ment. Le nou­veau pont su­pé­rieur ajou­ré en re­lief s’ins­pire de la coque d’un ba­teau.

Quelles sont les spé­ci­fi­ci­tés tech­niques de la Freak Vi­sion? Il y a quatre élé­ments prin­ci­paux: le sys­tème de re­mon­tage, le grand ba­lan­cier, le rouage et l’échap­pe­ment constant. En­suite, il y a des codes es­thé­tiques dont la glace- boîte bom­bée en sa­phir, le res­sort au centre, et la masse os­cil­lante tout au­tour. Tout ce­la a per­mis de ré­duire de quelques mil­li­mètres la di­men­sion du boî­tier.

Ce genre d’avan­cée tech­nique peut ai­der dans la créa­tion de mo­dèles fé­mi­nins, pour­quoi ne voit- on pas cette ap­pli­ca­tion sur des montres fé­mi­nines? Je pense que ce­la se­rait une bonne idée. Nous n’avons pas en­core ré­flé­chi aux mo­dèles fé­mi­nins où cette ap­pli­ca­tion se­rait uti­li­sable.

L’es­prit nau­tique est une ligne maî­tresse chez Ulysse Nar­din… En ef­fet les liens d’Ulysse Nar­din avec la mer sont aus­si pro­fonds que l’océan. Pion­nière de l’in­no­va­tion hor­lo­gère de­puis 1846, la Ma­nu­fac­ture a d’abord dû sa re­nom­mée à la pré­ci­sion et la fia­bi­li­té in­com­pa­rables de ses chro­no­mètres de bord em­bar­qués. Des ins­tru­ments de na­vi­ga­tion es­sen­tiels qui ai­daient les ma­rins à cal­cu­ler la lon­gi­tude, cou­plée à la la­ti­tude qui était estimée grâce à la po­si­tion des astres dans le ciel. La Ma­nu­fac­ture est tout aus­si ré­pu­tée pour ses ex­ploits sous- ma­rins, no­tam­ment grâce à la col­lec­tion Di­ver et à ses mo­dèles ul­tra ré­sis­tants et ré­so­lu­ment mas­cu­lins.

Autres grandes nou­veau­tés? La montre mas­cu­line Di­ver Deep Dive est étanche jus­qu’à 1000 mètres, là où le re­cord de plon­gée est éta­bli à 701 mètres, cette édi­tion li­mi­tée ( 300 pièces) se dis­tingue par ses ca­rac­té­ris­tiques tech­niques ex­clu­sives, dont un protège- cou­ronne en ti­tane amo­vible à 2 heures et une valve à hé­lium à 9 heures, pour les plon­gées en eaux pro­fondes de longue du­rée ou avec sa­tu­ra­tion. La Di­ver Deep Dive est mu­nie du ca­libre ma­nu­fac­tu­ré UN- 320, do­té d’un sys­tème bre­ve­té d’échap­pe­ment en si­li­cium. Le spi­ral est éga­le­ment en si­li­cium, un ma­té­riau que la Mai­son Ulysse Nar­din a été la pre­mière à in­tro­duire en Haute Hor­lo­ge­rie. C’est une montre spor­tive, ty­pi­que­ment mas­cu­line, et par­ti­cu­liè­re­ment ro­buste. Nous avons une nou­velle ver­sion de la col­lec­tion fé­mi­nine Jade avec la boîte ronde en 37mm, que je trouve très élé­gante. Elle est dé­cli­née en bleu, gris ou rouge avec un cadran en nacre or­né d’une vague de dia­mants, et l’op­tion d’avoir une lu­nette en acier ser­tie de 76 dia­mants ou sim­ple­ment une lu­nette en acier in­oxy­dable. Quant à l’Exe­cu­tive Freew­heel, elle se­ra lan­cée en au­tomne. En­fin, Ma­rine Tor­pilleur Mi­li­ta­ry ins­pi­rée du monde des na­vires de guerre. Une montre mi­li­taire, où la cou­ronne est grande et le boî­tier sa­blé. La sé­rie est li­mi­tée à 300 pièces.

Dans un monde où tout le monde re­garde son té­lé­phone pour voir l’heure, on n’a plus vrai­ment be­soin d’une montre, le fait d’adop­ter ce genre de tech­no­lo­gie vient- il pour contrer la tech­no­lo­gie des smart­phones, pour don­ner un coup de jeune à l’hor­lo­ge­rie? C’est une ques­tion très dé­li­cate. La montre mé­ca­nique peut être re­prise dans cinq ou dix ans, elle fonc­tionne en­core. Je peux re­prendre la montre de mon grand- père, elle fonc­tionne et a aus­si une va­leur. Il y a éga­le­ment l’émo­tion que ce­la pro­cure et la beau­té de la Freew­heel que nous ne pou­vons pas trou­ver sur une Apple watch, qui n’est pas jo­lie avec un écran tout noir. C’est une af­faire per­son­nelle. Une ques­tion d’élé­gance.

Propos re­cueillis à Ge­nève par MA­RIA NADIM

Dorothée Henrio, di­rec­trice Mar­ke­ting In­ter­na­tio­nal chez Ro­ger Du­buis.

Ro­ger Du­buis. Ex­ca­li­bur Spi­der Pi­rel­li.

Ro­ger Du­buis. Ex­ca­li­bur Aven­ta­dor S Bleue.

Ulysse Nar­din, Di­ver Deep Dive est une montre de sport aux spé­ci­fi­ca­tions tech­niques in­édites, dont une valve à hé­lium et une étan­chéi­té ga­ran­tie jus­qu’à 1000 mètres.

Ulysse Nar­din, Freak Vi­sion met à l’hon­neur les in­no­va­tions ré­vo­lu­tion­naires dé­voi­lées par Ulysse Nar­din au SIHH 2017 avec la montre pro­to­type « In­noVi­sion 2 » .

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