M’ÉCOUTE PAS?

Special Madame Figaro - - Mags -

l’in­ter­lo­cu­teur. « On perd alors la sou­plesse de l’échange in­ter­hu­main », sou­ligne le psy. Mais l’en­ne­mi, comme di­rait Pierre Des­proges, ça n’est pas l’autre, c’est nous : « Une dé­va­lo­ri­sa­tion de notre pa­role pen­dant l’en­fance nous pousse in­cons­ciem­ment à consi­dé­rer l’autre comme une me­nace, avant même d’ou­vrir la bouche », si­gnale Ch­ris­tine Miège, consul­tante en res­sources hu­maines. On re­de­vient alors l’en­fant apeu­ré de­vant le ta­bleau noir, épaules re­le­vées, plexus com­pri­mé, et sur­tout voix de gorge qui trem­blote. Un trac qui risque de pol­luer l’écoute de l’autre. «D’où la né­ces­si­té avant chaque prise de pa­role de res­pi­rer deux ou trois fois len­te­ment, puis d’abais­ser ses épaules. Et de se ca­ler dans le fond de son fau­teuil pour bien li­bé­rer le plexus, alors que l’on fait sou­vent l’in­verse », in­dique la coach. Au fond, il faut conce­voir la prise de pa­role comme un skieur de haut ni­veau an­ti­cipe son sla­lom sur piste noire. «On n’est bien écou­té que si l’on pré­pare bien son speech», re­prend Alain Bra­con­nier, que ce soit en réu­nion pro­fes­sion­nelle ou en fa­mille: « Avant de prendre la pa­role, je conseille à cha­cun de vi­sua­li­ser le par­cours, pour maî­tri­ser les dif­fi­cul­tés, les vi­rages, les portes à fran­chir, les bosses et les creux.» Et hop! On se lance. Voi­ci comment... L’ac­cor­dage af­fec­tif, c’est un peu le ga­zouillis d’une mère qui sou­haite en­trer en in­ter­ac­tion avec son pe­tit. Croyez-en Alain Bra­con­nier, se mettre au dia­pa­son de l’autre – col­lègue, conjoint, en­fant – est un préa­lable in­con­tour­nable pour se faire en­tendre. « Lais­sez votre in­ter­lo­cu­teur s’ex­pri­mer en pre­mier, as­sure le psy. Il se concen­tre­ra bien mieux sur vos pro­pos car il ne se sen­ti­ra pas “en­va­hi” par votre dis­cours. En outre, vous pour­rez tes­ter en douce ses émo­tions – an­xié­té, tris­tesse, joie... – pour mieux vous ac­cor­der à lui. » Im­pa­rable, d’après la coach Ch­ris­tine Miège, il s’agit de pré­le­ver chez l’in­ter­lo­cu­teur une pe­tite cuillère de mots pour l’in­té­grer dans votre propre dis­cours. Re­pé­rez son tic de lan­gage et… uti­li­sez-le. Vous le met­trez illi­co dans de bonnes dis­po­si­tions. Une tech­nique par­ti­cu­liè­re­ment ro­dée dans les ser­vices de li­tiges et de conten­tieux. Cer­tains mots ra­bâ­chés à l’ex­trême sont usés jus­qu’à la corde, au point d’en­traî­ner une forme de lé­thar­gie chez son vis-à-vis (en par­ti­cu­lier son ado re­belle ou son com­pa­gnon gen­ti­ment épui­sé). Et si on chan­geait de vo­ca­bu­laire pour c réer la sur­prise? Sa­vez-vous que les mots ne comptent que pour 7% dans la com­mu­ni­ca­tion? Pour cap­ter l’at­ten­tion, mi­sez plu­tôt sur les gestes, la pos­ture, le sou­rire, le re­gard… Les mains? On les garde libres pour qu’elles bougent (on évite de s’ac­cro­cher à son sty­lo ou à ses lu­nettes). Et cô­té mé­ta­lan­gage, on tâche de mo­du­ler sa voix pour évi­ter le ton

cerv5eau mo­no­corde qui pousse au dé­cro­chage. Vous avez bien plus de chance d’être écou­té si vous sla­lo­mez entre les deux hé­mi­sphères, le gauche (ce­lui de la ra­tio­na­li­té) et le cer­veau droit (ce­lui de l’émo­tion­nel). Les pros du Talk TEDx l’ont bien com­pris, en ju­me­lant anec­dotes pri­vées et émo­tion­nelles à un mes­sage plus ra­tion­nel. Ti­tiller les deux cer­veaux, c’est « s’adres­ser à la per­sonne dans son in­té­gra­li­té, et la meilleure fa­çon de la fer­rer », se­lon Ch­ris­tine Miège. Les cher­cheurs amé­ri­cains ont re­pé­ré une nou­velle forme de sexisme: le «man­ter­rup­ting», cette ma­nie hor­ri­pi­lante qu’ont les hommes de cou­per la pa­role aux femmes en réu­nion. L’ob­ses­sion est telle qu’une nou­velle ap­pli a vu le jour, «Wo­man In­ter­rup­ted» (www. wo­ma­nin­ter­rup­te­dapp.com), qui comp­ta­bi­lise les in­ter­rup­tions de pa­role en réu­nion. Reste à im­por­ter le concept dans la vie pri­vée! « Sou­vent, on in­ter­rompt l’autre car on ne pense qu’à la ré­ponse que l’on va for­mu­ler – un signe ai­gu d’égo­cen­trisme », rap­pelle Alain Bra­con­nier. Un jeu de ping-pong, on vous di­sait…

* « On ne m’écoute pas ! », d’Alain Bra­con­nier, édi­tions Odile Ja­cob.

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