Air Ber­lin : l'ap­pel d'offres est clos

La com­pa­gnie al­le­mande en dé­con­fi­ture, ébran­lée par une vague d'ar­rêts ma­la­die de ses pi­lotes, doit dé­sor­mais «exa­mi­ner les meilleures so­lu­tions» pour sa re­prise.

Le Quotidien (Luxembourg) - - Vorderseite -

Après un mois de po­ker men­teur entre les nom­breux pré­ten­dants d'Air Ber­lin, la pé­riode d'ap­pel d'offres s'est ache­vée ven­dre­di mi­di. Air Ber­lin an­non­ce­ra en­suite des «dé­ci­sions concrètes» le 25 sep­tembre, le len­de­main des élec­tions gé­né­rales al­le­mandes. D'ici là, elle ne compte rien lais­ser fil­trer.

Nous al­lons main­te­nant exa­mi­ner les meilleures so­lu­tions pos­sibles pour l'en­tre­prise et les em­ployés, notre ob­jec­tif est de sé­cu­ri­ser le plus d'em­plois pos­sible», a dé­cla­ré le pré­sident d'Air Ber­lin, Tho­mas Win­kel­mann, dans un com­mu­ni­qué ven­dre­di après-mi­di ju­geant que «le vif in­té­rêt des in­ves­tis­seurs en dit long sur Air Ber­lin».

Lâ­chée par son prin­ci­pal ac­tion­naire, la com­pa­gnie du Golfe Eti­had, Air Ber­lin avait en­ga­gé une pro­cé­dure d'in­sol­va­bi­li­té à la miaoût et don­né à ses re­pre­neurs po­ten­tiels un mois pour sou­mettre leurs offres. L'en­jeu : 140 avions en lea­sing et de pré­cieux cré­neaux de dé­col­lage et at­ter­ris­sage en Al­le­magne. «Pour des rai­sons de concur­rence, une com­pa­gnie ne peut pas ache­ter seule Air Ber­lin», avait aver­ti en août la mi­nistre al­le­mande de l'Éco­no­mie, Bri­gitte Zy­pries, don­nant le coup d'en­voi de la ba­taille. Fa­vo­rite, la pre­mière com­pa­gnie aé­rienne al­le­mande Luf­than­sa, qui loue dé­jà 38 de ses avions pour sa fi­liale à bas-coût Eu­ro­wings (exGer­man­wings), a confir­mé ven­dre­di avoir fait une offre, mais garde se­cret le nombre d'avions qui l'in­té­resse.

Une ac­tion sur­prise

«Nous avons dé­ci­dé avec Air Ber­lin de ne pas en don­ner le dé­tail», a pré­ci­sé Mi­chael Lam­ber­ty, porte-pa­role de la com­pa­gnie. Car le géant de l'avia­tion est la pre­mière com­pa­gnie al­le­mande, quand Air Ber­lin est la deuxième : les autres can­di­dats à la re­prise dé­noncent donc une ten­ta­tive d'OPA de Luf­than­sa sur le ciel al­le­mand.

Le pa­tron de la com­pa­gnie low­cost ir­lan­daise Rya­nair, Mi­chael O'Lea­ry, a même convo­qué la presse avec fra­cas à Ber­lin pour re­non­cer à en­trer dans la course, s'es­ti­mant vic­time d'un «coup mon­té» al­le­mand. Mais cer­tains ob­ser­va­teurs es­timent qu'il pour­rait bluf­fer.

Éga­le­ment sur les rangs, les in­ves­tis­seurs al­le­mands Hans Ru­dolf Wöhrl et Utz Claas­sen, qui ont fait res­pec­ti­ve­ment des offres de ra­chat avec ver­se­ment im­mé­diat de 500 et 100 mil­lions d'eu­ros pour l'ac­qui­si­tion de la com­pa­gnie dans son in­té­gra­li­té. L'Au­tri­chien Ni­ki Lau­da, an­cien cham­pion du monde de For­mule 1, a an­non­cé mer­cre­di s'as­so­cier avec le groupe Tho­mas Cook pour ra­che­ter à hau­teur de 100 mil­lions d'eu­ros 38 avions d'Air Ber­lin, ain­si que les ap­pa­reils de sa fi­liale qui portent dé­jà son pré­nom. Les noms d'Ea­sy­jet, TUI, pro­prié­taire de la com­pa­gnie TUI­fly, et de Jonathan Pang, le pro­prié­taire chi­nois de l'im­por­tant aé­ro­port de fret al­le­mand de Par­chim (nord-est), sont éga­le­ment évo­qués par les mé­dias.

Alors que ces né­go­cia­tions en­traient en phase fi­nale, il a dû faire face, mar­di, à une ac­tion-sur­prise des pi­lotes, qui se sont sou­dain mas­si­ve­ment dé­cla­rés en ar­rêt ma­la­die. En­vi­ron 230 vols ont dû être an­nu­lés, et 9 000 pas­sa­gers fu­rieux ont été priés de res­ter chez eux.

D'autres ar­rêts ma­la­die?

«Ce­la s'ap­pelle jouer avec le feu, ce­la nous coûte plu­sieurs mil­lions d'eu­ros», s'est em­por­té le pa­tron de la com­pa­gnie Tho­mas Win­kel­mann, criant au sa­bo­tage. «On parle tou­jours de l'ave­nir éco­no­mique d'Air Ber­lin, et pas de ce­lui de ses 8 000 em­ployés (...) l'ave­nir de fa­milles en­tières est me­na­cé »,a pro­tes­té Ch­ris­tine Behle, re­pré­sen­tante du syn­di­cat Ver­di, n'ex­cluant pas que «d'autres em­ployés se dé­clarent éga­le­ment en ar­rêt ma­la­die». C'est le scé­na­rio le plus re- dou­té par la di­rec­tion et l'ad­mi­nis­tra­teur ju­di­ciaire d'Air Ber­lin : une li­qui­da­tion pure et simple de la com­pa­gnie, in­sol­vable et qui vole pour l'ins­tant sur la ré­serve. Le gou­ver­ne­ment al­le­mand a en ef­fet consen­ti une aide d'ur­gence de 150 mil­lions d'eu­ros pour per­mettre pen­dant trois mois le main­tien des vols d'Air Ber­lin. Ce coup de pouce du gou­ver­ne­ment de la chan­ce­lière An­ge­la Mer­kel, au coeur de l'été et à quelques se­maines des élec­tions, a évi­té de gâ­cher les va­cances de mil­lions d'Al­le­mands.

Air Ber­lin, qui a trans­por­té en 2016 près de 36 mil­lions de pas­sa­gers, a dé­jà re­non­cé à une grande par­tie de ses liai­sons long-cour­riers vers l'Amérique du Nord et les Ca­raïbes, mais as­sure sur son site que ses autres vols se­ront main­te­nus.

Air Ber­lin a re­çu cet été un coup de pouce fi­nan­cier du gou­ver­ne­ment al­le­mand.

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