ESCH : LE CSV VERS LE POU­VOIR

ESCH-SUR-AL­ZETTE Le CSV et les verts ont me­né une réunion «construc­tive» en vue d'une coa­li­tion, mer­cre­di. Et hier soir, la réunion avec le DP a été po­si­tive aus­si.

Le Quotidien (Luxembourg) - - Vorderseite - De notre jour­na­liste Hu­bert Ga­me­lon

Du cô­té des verts es­chois comme du CSV, on reste pru­dent : les dis­cus­sions en­ta­mées sont «une étape».

La messe est dite, ou presque. Après qua­si­ment un siècle de gauche (so­cia­listes et com­mu­nistes confon­dus), Esch-sur-Al­zette s'ap­prête à vi­rer à droite. En l'oc­cur­rence, une al­liance CSV-DP-déi gréng. À l'heure où nous met­tons sous presse, tar­di­ve­ment, toutes les réunions me­nées par le CSV (six sièges) pour convaincre les par­te­naires en­vi­sa­gés ont été po­si­tives. Les Noirs et les verts (trois sièges) s'étaient ren­con­trés mer­cre­di. Une réunion «construc­tive», se­lon un com­mu­ni­qué pu­blié conjoin­te­ment par les deux for­ma­tions. Der­rière, le ral­lie­ment du DP de­vait in­ter­ve­nir hier soir. Une né­ces­si­té pour dé­pas­ser la barre des dix postes sy­no­nyme de ma­jo­ri­té. Une for­ma­li­té, se­lon les échos que nous en avons eu. «La messe est dite, c'est plié», com­mente un proche du LSAP. CSV, déi gréng et DP de­vraient donc prendre le pou­voir. Et de fait, en­voyer le LSAP dans l'op­po­si­tion. Un re­vi­re­ment his­to­rique quand on sait que la gauche (sou­vent les so­cia­listes) a tou­jours gou­ver­né Esch de­puis les an­nées 1920, à l'ex­cep­tion d'une coa­li­tion de cir­cons­tance entre com­mu­nistes et chré­tiens-so­ciaux après la Se­conde Guerre mon­diale (1946 à 1949).

Dans tous les cas, l'usure du LSAP-Esch

Ces ac­cords entre les di­ri­geants vont de­voir être va­li­dés par les frac­tions. Ce qui nous oblige à em­ployer le condi­tion­nel. Mais on a du mal à ima­gi­ner la tem­pête que ça doit être sous le crâne des so­cia­listes de tou­jours. Se­lon nos in­for­ma­tions, Ve­ra Spautz (la bourg­mestre sor­tante, lea­der du LSAP-Esch) a ten­té une al­liance jus­qu'au bout avec déi Lénk et les verts. Pour un to­tal de onze voix qui, ma­thé­ma­ti­que­ment, per­met­tait de se main­te­nir au pou­voir. Mais contre toute lo­gique po­li­tique, soyons lu­cides : le LSAP a per­du un tiers de ses sièges di­manche, un désa­veu net. L'op­tion de lais­ser la place aux jeunes vi­sages du LSAP et avouer son échec n'a vi­si­ble­ment pas été sur la table. Plu­sieurs membres du par­ti confient que Ve­ra Spautz n'a «cher­ché à au- cun mo­ment à ti­rer les le­çons du vote de di­manche soir». L'usure du LSAP dans la Mé­tro­pole du fer est à son comble. L'échec de di­manche soir était an­non­cé de­puis des mois, pour qui sa­vait lire un tant soit peu dans le jeu po­li­tique lo­cal. Un échec qu'on ne peut pas im­pu­ter à la seule perte d'at­trac­ti­vi­té du so­cia­lisme sur le plan na­tio­nal ou même eu­ro­péen.

Dès di­manche soir, cer­tains cadres du LSAP-Esch es­ti­maient que des er­reurs avaient été com­mises dans le choix des thèmes de cam­pagne (trop d'ac­cent sur le so­cial, pas as­sez d'em­pa­thie pour le centre-ville).

La jeu­nesse so­cia­liste es­choise, qui n'a pas osé cou­per le cor­don, voit son ave­nir po­li­tique hy­po­thé­qué par une com­mu­ni­ca­tion aléa­toire des di­ri­geants. En de­hors de ces er­re­ments, il fau­dra que le LSAP es­chois tranche dé­sor­mais entre ses deux grandes ten­dances. So­cial-dé­mo­cra­tie d'un cô­té, gauche ra­di­cale de l'autre. Proche de l'élec­teur es­chois (qui n'est plus seule­ment ou­vrier) d'un cô­té, can­ton­né à une vi­sion théo­rique de la «vraie gauche» de l'autre. Mais c'est tel­le­ment ten­dance, entre ini­tiés.

À l'ins­tant de bou­cler, on rap­pel­le­ra que c'est de­puis Esch que Cas­par Ma­thias Spoo et le Dr Wel­ter ont mi­li­té pour des droits aus­si fon­da­men­taux que le droit de vote uni­ver­sel au Grand-Du­ché. Ils étaient seuls, ils étaient deux, par­don. Ils ne s'ap­pe­laient pas en­core so­cia­listes. C'était il y a 120 ans, ils en­traient à la Chambre des dé­pu­tés contre vents et ma­rées : c'était à l'époque où les hu­ma­nistes es­chois sa­vaient dé­fendre leur mo­der­ni­té.

Le LSAP es­chois se re­trouve iso­lé après l'an­nonce de dis­cus­sions «construc­tives» entre le CSV et les verts.

Les mi­li­tants éco­lo­gistes, ici à la fête le soir des élec­tions, de­vraient être consul­tés sur la vo­lon­té d'un ac­cord avec le CSV, comme ceux du DP.

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