Luf­than­sa a sor­ti le ché­quier

La com­pa­gnie aé­rienne pri­vée al­le­mande a an­non­cé, hier, la re­prise de 61 avions de sa com­pa­triote Air Ber­lin pour en­vi­ron un mil­liard d'eu­ros.

Le Quotidien (Luxembourg) - - Économie -

En fai­sant l'ac­qui­si­tion d'une bonne par­tie de la flotte d'Air Ber­lin, la com­pa­gnie aé­rienne Luf­than­sa ren­force en­core un peu plus sa po­si­tion dans le sec­teur aé­rien al­le­mand.

La com­pa­gnie aé­rienne al­le­mande Luf­than­sa a an­non­cé hier s'of­frir plus de la moi­tié des avions et un tiers du per­son­nel d'Air Ber­lin, son concur­rent en dé­con­fi­ture, ren­for­çant en­core sa do­mi­na­tion sur le ciel al­le­mand.

Air Ber­lin, après trois se­maines de né­go­cia­tions et l'évic­tion d'une longue liste de pré­ten­dants, avait fixé à hier la date li­mite pour ré­par­tir ses ac­ti­vi­tés entre ses deux élus, Luf­than­sa et la com­pa­gnie bri­tan­nique Ea­sy­jet. Cette der­nière est res­tée muette sur ses in­ten­tions, comme de­puis le dé­but de la pro­cé­dure. Air Ber­lin as­sure qu'elle conti­nue à né­go­cier avec le géant du low-cost au lo­go orange in­té­res­sé, se­lon la presse, par une tren­taine d'ap­pa­reils.

Po­si­tion de force

Du cô­té de Luf­than­sa, on cé­lèbre en fan­fare un «grand jour», se­lon son pa­tron Cars­ten Spohr, qui de­vait of­fi­cia­li­ser l'opé­ra­tion de­vant no­taire. Cet ar­ran­ge­ment cor­res­pond en ef­fet au maxi­mum de ce qu'il es­pé­rait : la re­prise de 81 avions sur les 144 d'Air Ber­lin et de 3 000 des 8 500 sa­la­riés de la ber­li­noise. Le mon­tant du chèque pro­po­sé par Luf­than­sa n'a pas été an­non­cé, mais la presse al­le­mande évoque un plan d'in­ves­tis­se­ment to­tal de 1,5 mil­liard d'eu­ros pour cette re­prise très cri­ti­quée en de­hors du pays. Car Luf­than­sa est le nu­mé­ro un al­le­mand avec 34 % du mar­ché, quand Air Ber­lin était le nu­mé­ro deux, une si­tua­tion fus­ti­gée dé­but sep­tembre par l'ir­lan­dais Rya­nair, qui s'était re­ti­ré de la course en dé­non­çant un «coup mon­té» al­le­mand pour pri­vi­lé­gier Luf­than­sa. «Nous n'avons ja­mais nié avoir eu un an pour nous pré­pa­rer à une éven­tuelle sor­tie du mar­ché d'Air Ber­lin, comme tous nos concur­rents qui avaient ac­cès li­bre­ment au bi­lan fi­nan­cier d'Air Ber­lin »,a ré­tor­qué hier le pa­tron de Luf­than­sa dans les co­lonnes du quo­ti­dien des af­faires Han­dels­blatt. En termes d'ap- pa­reils et de cré­neaux de dé­col­lages et at­ter­ris­sages dans les aé­ro­ports al­le­mands, Cars­ten Spohr a re­con­nu être à la li­mite «de ce que pour­ront ac­cep­ter les au­to­ri­tés de la concur­rence».

Mais son groupe est dé­jà as­su­ré de lour­de­ment pe­ser sur les ta­rifs des billets d'avion al­le­mands, sa­chant que la plu­part des com­pa­ra­teurs pro­po­se­ront dé­sor­mais pour les vols lo­caux le choix entre Luf­than­sa... et sa fi­liale à bas coût Eu­ro­wings.

In­cer­ti­tude des sa­la­riés

«Dans notre industrie, ce­la fait des an­nées que les prix ne cessent de di­mi­nuer et ils sont si bas que les com­pa­gnies aé­riennes ont du mal à sur­vivre», a com­men­té Cars­ten Spohr au­près du Han­dels­blatt. Luf­than­sa a mul­ti­plié la se­maine der­nière les an­nonces d'ou­ver­tures ou de ren­for­ce­ment de lignes longs-cour­riers, un cré­neau jusque-là prin­ci­pa­le­ment oc­cu­pé par Air Ber­lin, no­tam­ment à des­ti­na­tion des Amé­riques du Nord et cen­trale.

Les der­niers vols Air Ber­lin, dé­jà ré­duits à peau de cha­grin, se­ront dé­fi­ni­ti­ve­ment ar­rê­tés à comp­ter du 28 oc­tobre, a pré­ve­nu la com­pa­gnie. L'au­tri­chienne Ni­ki et LGW, fi­liales d'Air Ber­lin non concer­nées par la pro­cé­dure d'in­sol­va­bi­li­té, pour­ront, elles, pour­suivre leur ex­ploi­ta­tion.

Et en­suite? La pé­riode de tran­si­tion et de ré­or­ga­ni­sa­tion des vols au code «AB» vers ceux co­dés «LH» de­vrait prendre six à neuf mois, es­time Luf­than­sa, et il fau­dra pré­voir quelques tur­bu­lences, no­tam­ment pour les pas­sa­gers mu­nis de billets Air Ber­lin pour les mois à ve­nir. Les ré­ser­va­tions ef­fec­tuées après le 15 août pour­ront être rem­bour­sées, mais en­vi­ron 100 000 clients ayant pris des billets pour des vols long­scour­riers ne se­ront pas ou peu rem­bour­sés, a d'ores et dé­jà aver­ti Air Ber­lin.

Après deux mois d'une at­tente éprou­vante, le sort des 8 500 sa­la­riés d'Air Ber­lin reste en­core in­cer­tain. Le 25 sep­tembre, le pa­tron Tho­mas Win­kel­mann avait as­su­ré se battre pour «of­frir de bonnes pers­pec­tives à 80 %» du per­son­nel. Les pi­lotes d'Air Ber­lin, qui avaient ma­ni­fes­té leur in­quié­tude en sep­tembre par une vague co­or­don­née d'ar­rêts ma­la­die, vont bé­né­fi­cier d'une pro­cé­dure de re­cru­te­ment prio­ri­taire chez Luf­than­sa et pour­ront aus­si pos­tu­ler chez Rya­nair, en pleine pé­nu­rie de pi­lotes.

Luf­than­sa va re­prendre 81 avions sur les 144 d'Air Ber­lin et 3 000 des 8 500 sa­la­riés de la com­pa­gnie ber­li­noise.

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