«Une si­tua­tion in­sup­por­table»

FLORANGE Sans langue de bois, Jean-Louis His­sette, sa­la­rié de­puis dix ans à la Trans Fensch, parle de la si­tua­tion dans l'en­tre­prise.

Le Quotidien (Luxembourg) - - La Grande Région - Fran­çois Pra­day­rol (Le Ré­pu­bli­cain lor­rain)

Jean-Louis His­sette, 37 ans, est sa­la­rié à Trans Fensch de­puis dix ans.

Il a dé­ci­dé de prendre la pa­role, sans filtre, pour évo­quer le mal-être dans l'en­tre­prise. Et as­sé­ner quelques vé­ri­tés au pas­sage.

On a honte de dire que l'on tra­vaille pour Trans Fensch. On trouve hal­lu­ci­nant d'en être ar­ri­vé là.» Jean-Louis His­sette, 37 ans, fait par­tie de l'en­tre­prise de­puis dix ans. Il a au­jourd'hui dé­ci­dé de prendre la pa­role, sans filtre, et en tant que simple sa­la­rié, même pas en tant que re­pré­sen­tant CFECGC. «La si­tua­tion est de­ve­nue in­sup­por­table pour tout le monde.»

Der­rière les dys­fonc­tion­ne­ments sur les lignes du ré­seau se cache un mal-être gran­dis­sant chez les chauf­feurs et les cadres ad­mi­nis­tra­tifs. «Ceux qui bossent sont à bout. On tra­vaille dans l'ur­gence per­ma­nente, à com­pen­ser les ab­sences.»

Car tous les maux de Trans Fensch, ou presque, viennent de là : un taux d'ab­sen­téisme re­cord, qui a at­teint 30 % ces der­nières se­maines. «Il n'y a pas que des fai­néants, cer­tains sa­la­riés sont vrai­ment ma­lades. Mais nous avons des ac­cords d'en­tre­prise, faits à la base pour pro­té­ger les sa­la­riés. Sauf qu'une par­tie, une pe­tite mi­no­ri­té, a trop bien as­si­mi­lé le sys­tème et en pro­fite, dé­nonce Jean-Louis His­sette. Ces at­ti­tudes créent un cercle vi­cieux et ceux qui bossent en ont ras le bol.» Des pro­pos qui ont le mé­rite d'être clairs. «Pour­quoi la ren­trée s'est si mal pas­sée? On a eu jus­qu'à 65 ab­sents par jour, 65! Comment on fait?», s'in­ter­roge ce­lui qui est au­jourd'hui ad­joint au pôle ma­na­ge­ment/sé­cu­ri­té. «Le pro­blème est là et il faut le dire : trop de per­sonnes n'agissent que dans leur propre in­té­rêt et s'en foutent de comment avance l'en­tre­prise. Cer­tains passent leur temps à se de­man­der comment ils pour­raient tou­cher un chèque pour se bar­rer. C'est in­ac­cep­table.» Une par­tie des ab­sences s'ex­plique éga­le­ment se­lon lui par des rai­sons gé­né­ra­tion­nelles : «Quand je suis ar­ri­vé en 2007, les conduc­teurs en­traient parce qu'ils avaient en­vie de faire ce job, parce qu'ils l'ai­maient. Main­te­nant pour beau­coup c'est juste ali­men­taire…»

«Prendre des dé­ci­sions im­po­pu­laires»

Au-de­là du coup de gueule, JeanLouis His­sette sou­haite té­moi­gner de la souf­france que cette si­tua­tion en­gendre chez la ma­jo­ri­té du per­son­nel Trans Fensch : «Nous sommes 330 sa­la­riés, dont plus des trois quarts bossent tous les jours. Tous ceux-là prennent pour les autres, en­caissent, com­pensent. C'est vrai­ment usant.» Mais comment chan­ger la donne? «La di­rec­tion doit avoir le cou­rage de prendre des dé­ci­sions im­po­pu­laires.»

Loin de char­ger sa di­rec­tion, bien au contraire, le sa­la­rié tient à ap­por­ter d'autres in­ter­pré­ta­tions pour ex­pli­quer les dys­fonc­tion­ne­ments chro­niques chez Trans Fensch, no­tam­ment en ma­tière de ges­tion : «La di­rec­tion gé­né­rale de­vrait avoir les pleins pou­voirs, or au­jourd'hui elle ne les a pas. De plus, cer­tains élus du Smi­tu s'im­miscent trop dans le fonc­tion­ne­ment de l'en­tre­prise, alors qu'ils de­vraient da­van­tage jouer leur rôle d'Au­to­ri­té or­ga­ni­sa­trice de la mo­bi­li­té du­rable (AOMD).» Se­lon lui, les nom­breux chan­ge­ments de sta­tuts et de pré­si­dents de­puis 2011 ne fa­vo­risent pas non plus une grande sta­bi­li­té. «Nous sommes tou­jours en train de nous de­man­der ce que nous al­lons de­ve­nir. Tout le monde est in­quiet pour l'ave­nir et a conscience que l'on ne peut pas conti­nuer comme ça» , conclut-il.

Pour Jean-Louis His­sette, les choses sont claires : une pe­tite mi­no­ri­té ne joue pas le jeu et en­raye tout le mé­ca­nisme de l'en­tre­prise, l'en­traî­nant dans un cercle vi­cieux.

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