«Son train de vie est un bon in­dice»

LUXEM­BOURG Les in­croyables ac­qui­si­tions de Bo­ban B. avaient ra­pi­de­ment sau­té aux yeux des en­quê­teurs. Se­lon eux, l'ar­gent pro­vient de son tra­fic illé­gal de stu­pé­fiants.

Le Quotidien (Luxembourg) - - Faits De Société - De notre jour­na­liste Fa­bienne Arm­borst

Plus de trois ans d'en­quête avaient été né­ces­saires avant que la police ne pro­cède, fin 2015, à l'ar­res­ta­tion de Bo­ban B. et de ses pré­su­més com­plices. Pen­dant de longues heures, les en­quê­teurs ont éplu­ché les ac­cu­sa­tions mu­tuelles entre les dif­fé­rents pré­ve­nus. Un vrai dé­dale! Au me­nu du sixième jour du pro­cès, hier ma­tin, se trou­vait aus­si le pas­sage à la loupe des fi­nances du prin­ci­pal pré­ve­nu.

Sa Porsche 911 Tur­bo, ses montres Ro­lex, ses vê­te­ments, ses ar­ticles de luxe, l'achat de son ap­par­te­ment... Comment Bo­ban B. (32 ans) pou­vait-il me­ner un train de vie pa­reil alors qu'il n'avait pas de sources de re­ve­nu lé­gales?

C'est via Fa­ce­book que le groupe d'en­quête a pu suivre une grande par­tie des in­croyables ac­qui­si­tions de Bo­ban B. «À l'époque, il comp­tait au­tour de 5 000 amis sur le ré­seau so­cial. En com­pa­rai­son, ce­la cor­res­pond au nombre d'amis du Pre­mier mi­nistre, Xa­vier Bet­tel», note l'en­quê­teur char­gé de l'ana­lyse des fi­nances du tren­te­naire. Une ana­lyse qui a ré­vé­lé que de­puis son en­trée dans le monde du tra­vail, en 2002, et jus­qu'en 2015, Bo­ban B. a pas­sé plus de onze ans et de­mi sans em­ploi, ce qui cor­res­pond à un to­tal de 4 281 jours.

«Son train de vie est un bon in­dice qu'il al­lait très bien fi­nan­ciè­re­ment sans tra­vailler.» D'après le groupe d'en­quête, son grand train de vie, Bo­ban B. le fi­nan­çait grâce à son tra­fic illé­gal de stu­pé­fiants. Pour rap­pel, il est pour­sui­vi pour avoir im­por­té et ven­du 160 kg de ma­ri­jua­na et plu­sieurs di­zaines de ki­los de co­caïne et speed. Le seul tra­fic de ma­ri­jua­na au­rait pu lui rap­por­ter 1,36 mil­lion d'eu­ros.

Au dé­but de l'au­dience, hier, les en­quê­teurs ont li­vré leurs conclu­sions dans le vo­let du tra­fic de co­caïne et speed, qu'ils ont éga­le­ment qua­li­fié de «très lu­cra­tif». L'en­quête s'est éti­rée sur plus de trois ans. Entre toutes les ob­ser­va­tions et écoutes té­lé­pho­niques, les ren­sei­gne­ments li­vrés par les agents in­fil­trés et, en­fin, les ac­cu­sa­tions mu­tuelles aux­quelles se sont li­vrés dif­fé­rents pré­ve­nus... pas tou­jours évident de gar­der une vue d'en­semble sur ce dos­sier. Mais pour le groupe d'en­quête, il n'y a pas de doute : les pré­ve­nus Geert D. et Fe­ti P., tous deux ori­gi­naires de Bel­gique, li­vraient de la co­caïne à Bo­ban B.

«Tous les per­son­nages sont conscients du ca­rac­tère ex­plo­sif de leurs dé­cla­ra­tions. Voi­là pour­quoi ils es­saient d'ac­cu­ser leurs ad­ver­saires», ana­lyse le po­li­cier en charge de l'en­quête. Bo­ban B. a ain­si long­temps es­sayé de contes­ter le tra­fic de co­caïne et speed. «Alors qu'il a dit que c'est Fe­ti P. qui l'au­rait ap­pro­ché pour le tra­fic, Fe­ti B. a pré­ten­du le contraire.» L'en­quê­teur coupe court à toutes les ver­sions qui se sont ac­cu­mu­lées au fil des au­di­tions : «Fe­ti P. est un four­nis­seur iden­ti­fié de Bo­ban B. Il lui li­vrait 1 kg de co­caïne pour un prix com­pris entre 29 000 et 31 000 eu­ros.»

Le club des Hells An­gels comme trem­plin

Il conclut : «Le but prin­ci­pal de Bo­ban B. était son en­ri­chis­se­ment fi­nan­cier. En ce sens, le club des Hells An­gels qu'il a in­té­gré en 2012 a été un trem­plin pour lui. C'est là aus­si qu'il a ren­con­tré Fe­ti P. et Geert D.» Mar­di ma­tin, les en­quê­teurs pré­sen­te­ront la suite de l'ana­lyse des fi­nances de Bo­ban B.

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