L'ART DANS TOURS SES ÈTATS

Hu­bert Kie­col et Ch­ris­toph Meier, ar­tistes in­vi­tés de la ga­le­rie Nos­baum Re­ding, s'in­ter­rogent sur l'art, la créa­tion et la re­pré­sen­ta­tion de celle-ci dans l'es­pace.

Le Quotidien (Luxembourg) - - La Der Des Sports - De notre col­la­bo­ra­trice My­lène Car­rière Hu­bert Kie­col - «Of­fen­bar doch» Jus­qu'au 4 no­vembre. Ch­ris­toph Meier Jus­qu'au 21 oc­tobre. Ga­le­rie Nos­baum Re­ding Luxem­bourg.

Si plus d'une gé­né­ra­tion sé­pare les deux ar­tistes ac­tuel­le­ment pré­sen­tés à la ga­le­rie, tous deux s'in­ter­rogent sur l'art, la créa­tion, ain­si que la re­pré­sen­ta­tion de celle-ci dans l'es­pace. Ch­ris­toph Meier et Hu­bert Kie­col, cha­cun à leur ma­nière, parlent de sou­ve­nirs, des ré­fé­rences que l'on ac­cu­mule de­puis l'en­fance, per­met­tant de créer notre his­toire in­di­vi­duelle face aux oeuvres. Deux pro­po­si­tions in­té­res­santes sur l'art et le monde qui l'en­toure.

Pour sa se­conde ex­po­si­tion mo­no­gra­phique chez Nos­baum Re­ding, l'ar­tiste al­le­mand Hu­bert Kie­col in­ves­tit le nou­vel es­pace de la ga­le­rie avec ses oeuvres en deux et trois di­men­sions. À la fois simples et com­plexes, le bé­ton et le bois semblent avoir tou­jours été là, ame­nant même à se de­man­der s'il s'agit d'un élé­ment du bâ­ti­ment ou de l'ar­tiste. Au pied des co­lonnes de bois semblent être po­sées des boîtes à chaus­sures en bé­ton, au mur, des formes géo­mé­triques se des­sinent, rap­pe­lant des plans ou les mer­lons des for­ti­fi­ca­tions et châ­teaux du Moyen Âge.

De­puis plus de 30 ans, le ti­tu­laire du pres­ti­gieux prix Wolf­gang-Hahn dé­ve­loppe une re­cherche ar­tis­tique au­tour de l'ar­chi­tec­ture et de la mi­ni­ma­li­sa­tion des élé­ments. Ses sculp­tures et des­sins sont sor­tis de leurs contextes ini­tiaux, qu'ils soient mo­nu­ments ou ha­bi­ta­tions, pour n'en sé­lec­tion­ner que des ex­traits. Dans cette vo­lon­té de sim­pli­fi­ca­tion ou de re­tour à l'es­sence, Hu­bert Kie­col donne à ses oeuvres un rôle d'évo­ca­tions ou de sou­ve­nirs.

Cha­cun va en ef­fet pui­ser dans ses connais­sances et ses ex­pé­riences pour com­prendre et in­ter­pré­ter ces ex­traits de réa­li­té. Ain­si, quand cer­tains y ver­ront un por­tail d'en­trée, d'autres pour­ront y voir une clô­ture de sé­pa­ra­tion ou même une lourde sé­pa­ra­tion. En jouant éga­le­ment avec des ma­té­riaux pauvres, il leur donne (au bé­ton ou au plexi­glas) le sta­tut d'oeuvre d'art avec la ra­re­té et la pré­cio­si­té qui ac­com­pagne le do­maine de la créa­tion.

Dans un uni­vers tout aus­si sim­pliste se ré­vèle le tra­vail de l'ar­tiste au­tri­chien Ch­ris­toph Meier, pour la pre­mière fois à la ga­le­rie Nos­baum Re­ding. De 30 ans son ca­det, lui aus­si aime jouer avec les codes de l'art et de l'ex­po­si­tion en les bous­cu­lant. En pé­né­trant dans son tra­vail, on dé­couvre des murs blancs sur les­quels sont pla­cées des struc­tures res­sem­blant à des cadres dont on ne ver­rait que le dos.

«Plans d'ac­cro­chage» et «mons­tra­tion»

Sup­port de l'oeuvre ou dos de celle-ci, on ne sau­ra ja­mais ce que sont en réa­li­té ces car­rés blancs. Dans la se­conde salle, on re­trouve aus­si de larges rec­tangles blancs avec ce qui res­semble à un timbre que la pein­ture au­rait re­cou­vert. Le texte qui ac­com­pagne l'ins­tal­la­tion ne donne pas plus d'in­for­ma­tions, tout du moins au pre­mier abord, sur le sens que pour­raient avoir ses oeuvres. Et se­lon l'au­teur, Pie­ter­nel Ver­moor­tel, com­mis­saire in­dé­pen­dante, les «plans d'ac­cro­chage » et les «condi­tions de leur mons­tra­tion» au Luxem­bourg semblent très im­por­tants.

À tra­vers les oeuvres et cette lettre, on com­prend que le su­jet de l'ar­tiste Le Ca­si­no in­vite Ch­ris­toph Meier pour une ex­po­si­tion mo­no­gra­phique du 5 mai au 9 sep­tembre 2018. À tra­vers son tra­vail in si­tu, il ques­tionne la na­ture même des oeuvres et leur re­la­tion avec l'es­pace, l'ar­chi­tec­ture, le pu­blic. Plu­tôt qu'oc­cu­per un lieu d'ex­po­si­tion avec ses oeuvres, il crée un nou­vel es­pace de ren­contre. Un tra­vail qui met­tra l'ac­cent sur l'ef­fa­ce­ment des fron­tières, ain­si que sur le chan­ge­ment des pa­ra­digmes d'ex­po­si­tion. n'est pas la créa­tion même, mais bien l'ex­po­si­tion. Ch­ris­toph Meier ques­tionne les oeuvres d'art elles-mêmes et leur mise en es­pace, tout comme leur re­la­tion avec le spec­ta­teur. Il joue des codes sug­gé­rés de l'ex­po­si­tion, in­ter­ro­geant le sens même de l'art à par­tir du mo­ment où il est mis dans le contexte cultu­rel, et au­then­ti­fié comme tel.

On re­cherche, on se ques­tionne, on scrute les moindres dé­tails pour ten­ter de com­prendre une nar­ra­tion qui n'existe pas, autre part que dans les ha­bi­tuelles at­tentes. Comme si on de­vait s'at­tendre «à ce qu'un cadre contienne une image, à ce qu'une caisse contienne une sculp­ture, à ce qu'un texte parle d'une oeuvre», conclut Pie­ter­nel Ver­moor­tel.

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