À quand le «congé ani­ma­lier»?

Le Quotidien (Luxembourg) - - Vorderseite - Claude Da­mia­ni cda­mia­ni@le­quo­ti­dien.lu

Alors que l'ac­tua­li­té est mar­quée par la «ré­forme» du congé pa­ter­ni­té, un consen­sus ayant été trou­vé entre l'État et le pa­tro­nat pour l'aug­men­ter de deux à dix jours, une Ita­lienne qui tra­vaille dans une uni­ver­si­té de Rome vient d'ob­te­nir deux jours de congés payés pour faire soi­gner son chien. Si, dans le cadre du congé pa­ter­ni­té, au Luxem­bourg, le pa­tro­nat s'est dit «sen­sible» à l'ini­tia­tive de l'État en fa­veur d'une meilleure conci­lia­tion entre vie pro­fes­sion­nelle et vie pri­vée, il faut bien com­prendre que le fi­nan­ce­ment de ces huit jours de congé sup­plé­men­taire se­ra à la charge de l'État. Ce geste pro­vi­den­tiel est bien évi­dem­ment à sa­luer et pour­rait ou­vrir une brèche pour un hy­po­thé­tique fu­tur «congé ani­ma­lier».

L'exemple ita­lien consti­tue certes une grande pre­mière dans la pé­nin­sule, mais le Luxem­bourg au­rait tort de ne pas le consi­dé­rer. L'Ita­lienne en ques­tion, cé­li­ba­taire, avait dû s'ab­sen­ter de son tra­vail pour por­ter son ani­mal de com­pa­gnie chez le vé­té­ri­naire et en­suite l'as­sis­ter du­rant deux jours, parce que son état né­ces­si­tait des soins ur­gents. Si, dans un pre­mier temps, son em- ployeur lui a dé­nié l'oc­troi de ces deux jours de congés payés, cette sa­la­riée a fi­na­le­ment eu gain de cause grâce à l'as­sis­tance ju­ri­dique d'une as­so­cia­tion qui se bat pour les droits des ani­maux : ces deux jours d'ab­sence ont été comp­ta­bi­li­sés comme des congés payés pour «mo­tif per­son­nel grave ou fa­mi­lial». L'Ita­lienne a, en ef­fet, réus­si à faire va­loir que la loi pré­voit jus­qu'à un an de pri­son et 10 000 eu­ros d'amende pour qui­conque aban­donne son ani­mal ou le laisse dans de graves souf­frances.

Alors que le pro­jet de loi du mi­nistre Fer­nand Et­gen qui vise à as­su­rer la di­gni­té, la pro­tec­tion de la vie, la sé­cu­ri­té et le bie­nêtre des ani­maux n'est tou­jours pas vo­té, pour­quoi ne pas ima­gi­ner que le cas de fi­gure ita­lien puisse de­ve­nir réa­li­té au Luxem­bourg? En ef­fet, le texte dé­fi­nit l'ani­mal comme un «être vi­vant non hu­main doué de sen­si­bi­li­té en ce qu'il est do­té d'un sys­tème ner­veux le ren­dant scien­ti­fi­que­ment apte à res­sen­tir la dou­leur et à éprou­ver d'autres émo­tions». De plus, le texte pu­nit le fait d'«aban­don­ner (...) un ani­mal ap­pri­voi­sé dont l'exis­tence dé­pend des soins de l'homme». À mé­di­ter!

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