«Un crime cra­pu­leux»

UN JOINT AU VO­LANT LUXEM­BOURG Contre le se­cond pré­ve­nu pour­sui­vi pour re­cel de mal­fai­teur, le par­quet gé­né­ral a de­man­dé deux ans de pri­son et une amende de 3 000 eu­ros.

Le Quotidien (Luxembourg) - - Vorderseite - De notre jour­na­liste Fa­bienne Arm­borst

On a ra­re­ment vu un crime aus­si per­fide, sour­nois et cra­pu­leux.» Voi­là les mots de l'avo­cat gé­né­ral hier après-mi­di pour dé­crire le fra­tri­cide per­pé­tré fin dé­cembre 2014, place de Sta­lin­grad, à Esch-sur-Al­zette. Dans un pre­mier temps, Eric L. avait ten­té d'em­poi­son­ner son frère, pla­cé sous cu­ra­telle, avec un jus de mangue au­quel il avait mé­lan­gé des mé­di­ca­ments broyés. Dans un deuxième temps, il avait mis le feu à son ap­par­te­ment. Au mo­ment de sa mort, la vic­time avait plus de 500 000 eu­ros en banque.

Confor­mé­ment aux ré­qui­si­tions du par­quet, Eric L. avait été condam­né en pre­mière ins­tance en fé­vrier der­nier à la per­pé­tui­té. Il avait in­ter­je­té ap­pel contre cette dé­ci­sion. Hier après-mi­di, il com­pa­rais­sait donc de­vant la Cour d'ap­pel.

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Lun­di, vers 17 h, la po­lice grand-du­cale a pro­cé­dé à des contrôles de vi­tesse dans la rue de la Gare. Un au­to­mo­bi­liste a été contrô­lé rou­lant à 79 km/h au lieu des 50 rè­gle­men­taires. Le vé­hi­cule a été stop­pé. Quand le contre­ve­nant a ou­vert la vitre, une odeur de ma­ri­jua­na s'est dé­ga­gée de l'ha­bi­tacle : le conduc­teur fu­mait un joint. Le test de dé­tec­tion s'est ré­vé­lé po­si­tif et des ana­lyses d'urine ont été ef­fec­tuées à l'hô­pi­tal. Le conduc­teur se­ra pour­sui­vi.

OETRANGE Dans la nuit du 19 au 20 dé­cembre 2014, Eric L. avait em­poi­son­né son frère, pla­cé sous cu­ra­telle, avec un jus de mangue au­quel il avait mé­lan­gé des mé­di­ca­ments, avant de mettre le feu à son ap­par­te­ment si­tué au 3e étage d'un im­meuble, place de Sta­lin­grad, à Esch-sur-Al­zette. En fé­vrier der­nier, il avait éco­pé de la peine maxi­male : la ré­clu­sion à vie.

Un ac­ci­dent de la cir­cu­la­tion a eu lieu dans la nuit de lun­di à hier, peu avant 2 h, sur la RN28, entre Oetrange et Bous. Un au­to­mo­bi­liste a per­du le contrôle de son vé­hi­cule et a per­cu­té un arbre. Il a été bles­sé et pris en charge par les se­cours ve­nus de Re­mich et Mout­fort ain­si que par le SA­MU de Luxem­bourg.

J'ai in­ter­je­té ap­pel, car les pre­miers juges ont re­te­nu que je n'ai pas ex­pri­mé de re­pen­tir sin­cère. Je re­grette pro­fon­dé­ment ce que j'ai fait. Même si ce que j'ai fait n'est pas ex­cu­sable.» Voi­là les mots d'Eric L. (28 ans), hier après­mi­di, de­vant la Cour d'ap­pel. «Mais j'ai aus­si fait ap­pel à cause de la peine», a ajou­té le pré­ve­nu, qui suit ac­tuel­le­ment un trai­te­ment psy­chia­trique en pri­son.

Eric L. re­con­naît avoir tué son frère. À la dif­fé­rence de son pre­mier pro­cès, il ne semble plus contes­ter la pré­mé­di­ta­tion de son acte. Mais il dit avoir agi sous l'in­fluence d'Ales- san­dro S., le se­cond pré­ve­nu qui est uni­que­ment pour­sui­vi pour «re­cel de mal­fai­teur». Ce n'est pas le seul point sur le­quel il a li­vré une nou­velle ver­sion, hier. Jus­qu'à pré­sent, il dé­cla­rait avoir broyé les ca­chets pour le jus de mangue à la main. Hier, il a tout à coup af­fir­mé qu'il s'était ache­té un mou­lin élec­trique. Il l'au­rait ache­té quelques jours au­pa­ra­vant pour moudre de la noix de mus­cade. «Avec toutes vos ver­sions, vous de­vez faire at­ten­tion de gar­der une cer­taine co­hé­rence», a fi­ni par lui faire re­mar­quer le pré­sident.

«La soif in­sa­tiable de l'ar­gent»

L'avo­cat d'Eric L. a de­man­dé de ne pas pro­non­cer la per­pé­tui­té. «Ses troubles de la per­son­na­li­té per­mettent de res­ter sous la peine maxi­male», es­time Me Sam Ries. Mais pour le par­quet gé­né­ral, il n'y a pas lieu d'ac­cor­der la moindre cir­cons­tance at­té­nuante vu le ca­rac­tère du crime. «On a ra­re­ment vu un crime aus­si per­fide, sour­nois et cra­pu­leux», re­tient l'avo­cat gé­né­ral pour qui l'aveu ne consti­tue pas non plus une cir­cons­tance at­té­nuante. «Il était fer­me­ment dé­ci­dé à sup­pri­mer son frère par tous les moyens à sa dis­po­si­tion : d'abord il y a eu la ten­ta­tive d'em­poi­son­ne­ment, en­suite l'in­cen­die», ré­ca­pi­tule-t-il.

La vic­time avait plus de 500 000 eu­ros sur son compte en banque. À la mort de sa grand-mère, elle avait tou­ché une part d'hé­ri­tage plus im­por­tante que son frère. Pour le mi­nis­tère pu­blic, il n'y a pas de doute sur le mo­bile d'Eric L. : «Sa soif in­sa­tiable de l'ar­gent. Il a écha­fau­dé son plan pour s'em­pa­rer de l'hé­ri­tage.» Il de­mande de confir­mer le ju­ge­ment de pre­mière ins­tance, à sa­voir la ré­clu­sion à vie.

Pour le se­cond pré­ve­nu, il ne tire pas les mêmes conclu­sions que les pre­miers juges : «À tort il a été ac­quit­té», es­time-t-il. Ales­san­dro S. (35 ans) est pour­sui­vi pour «re­cel de mal­fai­teur». Le 11 jan­vier 2015, il avait été ar­rê­té au poste de fron­tière à Was­ser­billig alors qu'il était en train de conduire Eric L. à l'aé­ro­port de Franc­fort (D). Ce der­nier pré­voyait de s'en­vo­ler pour la Ré­pu­blique do­mi­ni­caine... «Eric ne m'a ja­mais dit qu'on le cher­chait. Il m'a tou­jours dit que son frère s'était sui­ci­dé», s'est dé­fen­du Ales­san­dro S. hier. Son avo­cat Me Eric Says, plai­dant l'ac­quit­te­ment, a ren­ché­ri : «À au­cun mo­ment, il n'a four­ni un moyen de tran­sport pour la fuite, car il ne sa­vait pas ce qui se pas­sait.» De l'avis du par­quet gé­né­ral, il est tou­te­fois clair qu'il ai­dait son ami à échap­per à la jus­tice. Il a re­quis deux ans de pri­son et une amende de 3 000 eu­ros contre Ales­san­dro S. qui se trouve ac­tuel­le­ment en dé­ten­tion pré­ven­tive pour une af­faire d'abus de fai­blesse. Lors du pre­mier pro­cès, il s'était en ef­fet avé­ré que la mère d'Eric L. lui avait vi­ré 180 000 eu­ros...

À la fin de l'au­dience, le pré­sident a de­man­dé au par­quet gé­né­ral s'il ne comp­tait pas ti­rer des conclu­sions à la suite des nou­velles dé­cla­ra­tions du prin­ci­pal pré­ve­nu qui ac­cuse Ales­san­dro S. de com­pli­ci­té. Après un court échange, il a fi­na­le­ment fait sa­voir qu'il n'y avait pas as­sez d'élé­ments pour en­ga­ger des pour­suites. La Cour d'ap­pel a donc pris l'af­faire en dé­li­bé­ré. Elle ren­dra son ar­rêt le 12 dé­cembre.

Le par­quet gé­né­ral de­mande à la Cour d'ap­pel de confir­mer la ré­clu­sion à vie pro­non­cée en fé­vrier.

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