Mi­grants en Li­bye : la honte de l'Eu­rope

UE/ONU Le haut-com­mis­saire de l'ONU aux droits de l'homme a dé­non­cé, hier, la dé­té­rio­ra­tion des condi­tions de dé­ten­tion des mi­grants en Li­bye, ju­geant «in­hu­maine» la co­opé­ra­tion de l'UE avec ce pays.

Le Quotidien (Luxembourg) - - Monde -

«La com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale ne peut pas conti­nuer à fer­mer les yeux sur les hor­reurs in­ima­gi­nables en­du­rées par les mi­grants en Li­bye et pré­tendre que la si­tua­tion ne peut être ré­glée qu'en amé­lio­rant les condi­tions de dé­ten­tion», a dé­cla­ré Zeid Ra'ad Al Hus­sein dans un com­mu­ni­qué, af­fir­mant que «la po­li­tique de l'UE consis­tant à ai­der les gardes-côtes li­byens à in­ter­cep­ter et ren­voyer les mi­grants (est) in­hu­maine».

La souf­france des mi­grants dé­te­nus en Li­bye est un ou­trage à la conscience de l'hu­ma­ni­té», a-t-il ajou­té.

Cet ap­pel in­ter­vient alors que le groupe de contact sur la route mi­gra­toire en Mé­di­ter­ra­née cen­trale – réunis­sant treize pays eu­ro­péens et afri­cains dont la Li­bye – a dé­ci­dé lun­di, à Berne, en Suisse, d'amé­lio­rer les condi­tions des mi­grants dans les centres de dé­ten­tion en Li­bye tout en pro­mou­vant des al­ter­na­tives à cette so­lu­tion.

Le haut-com­mis­saire de l'ONU aux droits de l'homme dé­nonce l'aide four­nie par l'UE et l'Ita­lie aux gardes-côtes li­byens pour ar­rê­ter les mi­grants en mer, «mal­gré les in­quié­tudes ex­pri­mées par les groupes de dé­fense des droits de l'homme» sur le sort des mi­grants en Li­bye. «Les in­ter­ven­tions crois­santes de l'UE et de ses États membres n'ont jus­qu'à pré­sent pas ser­vi à ré­duire le nombre d'abus su­bis par les mi­grants.»

Réa­gis­sant à ces cri­tiques, un porte-pa­role de l'UE a in­di­qué que Bruxelles sou­hai­tait ren­for­cer les ca­pa­ci­tés des gardes-côtes li­byens pour sau­ver des vies tout en s'as­su­rant que les mi­grants soient ren­voyés dans des «centres de ré­cep­tion qui soient en confor­mi­té avec les stan­dards hu­ma­ni­taires in­ter­na­tio­naux ». « Les centres de dé­ten­tion en Li­bye doivent être fer­més. La si­tua­tion dans ces camps est in­ac­cep­table», a-t-il ajou­té, sou­li­gnant par ailleurs que Bruxelles fi­nance les ac­ti­vi­tés de pro­tec­tion des mi­grants de l'ONU en Li­bye.

«Notre sys­tème de sur­veillance montre en fait une dé­té­rio­ra­tion ra­pide de leur si­tua­tion en Li­bye», re­lève Zeid Ra'ad Al Hus­sein, pré­ci­sant que des «ob­ser­va­teurs des droits de l'homme» s'étaient ren­dus, du 1er au 6 no­vembre, à Tri­po­li pour vi­si­ter des centres de dé­ten­tion du Dé­par­te­ment li­byen de lutte contre la mi­gra­tion illé­gale et s'en­tre­te­nir avec les mi­grants dé­te­nus.

Bâ­tons élec­triques, femmes vio­lées

D'après les chiffres du dé­par­te­ment de lutte contre la mi­gra­tion illé­gale, ci­tés par l'ONU, 19 900 per­sonnes se trou­vaient dans ces centres dé­but no­vembre, contre en­vi­ron 7 000 à la mi-sep­tembre. Cette forte aug­men­ta­tion des dé­ten­tions fait suite à des af­fron­te­ments meur­triers à Sa­bra­tha, ville de l'ouest de la Li­bye de­ve­nue la pla­te­forme de dé­parts des mi­grants vers l'Eu­rope.

«Les ob­ser­va­teurs (de l'ONU) ont été cho­qués par ce qu'ils ont vu : des mil­liers d'hommes, de femmes et d'en­fants éma­ciés et trau­ma­ti­sés, em­pi­lés les uns sur les autres, en­fer­més dans des han­gars (...) et dé­pouillés de leur di­gni­té», ex­plique Zeid Ra'ad Al Hus­sein.

Hommes, femmes et en­fants dé­te­nus dans ces centres ont ra­con­té à l'ONU avoir été bat­tus par les gardes.

«Es­cla­vage des temps mo­dernes»

«Ils nous battent tous les jours, ils uti­lisent des bâ­tons élec­triques, juste parce que nous de­man­dons de la nour­ri­ture ou un trai­te­ment (mé­di­cal) ou des in­for­ma­tions sur ce qui va nous ar­ri­ver», a dé­cla­ré un mi­grant ca­me­rou­nais aux ob­ser­va­teurs de l'ONU. Les femmes sont vio­lées par les tra­fi­quants d'être hu­mains mais aus­si par les gardes des centres of­fi­ciels de dé­ten­tion.

«Nous ne pou­vons pas être un té­moin si­len­cieux de l'es­cla­vage des temps mo­dernes», a conclu le haut­com­mis­saire, ex­hor­tant les au­to­ri­tés li­byennes à ne pas dé­te­nir les mi­grants.

Se­lon les der­niers chiffres de l'Or­ga­ni­sa­tion in­ter­na­tio­nale pour les mi­gra­tions (OIM) pu­blié hier, en­vi­ron 157 000 mi­grants et ré­fu­giés sont ar­ri­vés en Eu­rope par la mer de­puis le 1er jan­vier (contre quelque 341 000 du­rant la même pé­riode en 2016), dont 75 % en Ita­lie. Près de 3 000 sont morts en ten­tant la tra­ver­sée.

Le haut-com­mis­saire de l'ONU aux droits de l'homme sug­gère que l'UE est prête à tous les com­pro­mis pour re­pous­ser les mi­grants.

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