Le Por­tu­gal a soif

POR­TU­GAL Une sé­che­resse sans pré­cé­dent se pour­suit en no­vembre après avoir fait plus de 100 morts de­puis l'été.

Le Quotidien (Luxembourg) - - Monde -

Sur les écrans, dans les jour­naux et jusque sur les dis­tri­bu­teurs de billets, les Por­tu­gais re­çoivent de­puis des jours le même mes­sage : «éco­no­mi­sez l'eau».

La cam­pagne de sen­si­bi­li­sa­tion lan­cée la se­maine der­nière dans la presse écrite et les mé­dias au­dio­vi­suels pu­blics a été éten­due lun­di aux écrans des dis­tri­bu­teurs de billets à tra­vers le pays, a ex­pli­qué un por­te­pa­role du mi­nis­tère de l'En­vi­ron­ne­ment. Con­crè­te­ment, le gou­ver­ne­ment de­mande à tous les Por­tu­gais d'évi­ter de gas­piller de l'eau pen­dant une mi­nute par jour pour éco­no­mi­ser en­vi­ron 12 litres d'eau. Si la consigne est sui­vie par les 10 mil­lions d'ha­bi­tants que compte le pays, ce­la per­met­trait de sub­ve­nir aux be­soins fon­da­men­taux quo­ti­diens d'un mil­lion de per­sonnes.

«Cette cam­pagne est des­ti­née à ceux qui ne res­sentent pas en­core les ef­fets de la sé­che­resse. Les agri­cul­teurs sont ceux qui en consomment le plus, mais ils sont aus­si les plus tou­chés», a ex­pli­qué le mi­nistre de l'En­vi­ron­ne­ment, Joao Pe­dro Ma­tos Fer­nandes.

En ce qui concerne l'ap­pro­vi­sion­ne­ment des po­pu­la­tions, la si­tua­tion la plus cri­tique concerne la ville de Vi­seu, ca­pi­tale ré­gio­nale si­tuée à près de 300 km au nord de Lis­bonne. Les au­to­ri­tés ont ain­si dé­ci­dé de dou­bler les li­vrai­sons d'eau par ca­mion-ci­terne à cette com­mune de près de 100 000 ha­bi­tants, afin d'at­teindre les 10 000 mètres cubes par jour, soit en­vi­ron deux tiers de ses be­soins. Les ré­ser­voirs du ré­seau de dis­tri­bu­tion de la ville sont dé­jà ali­men­tés de­puis le dé­but du mois par une ving­taine de ces ca­mions-ci­ternes, ve­nus pal­lier le ni­veau anor­ma­le­ment bas du bar­rage de Fa­gilde, tom­bé à entre 10 et 15 % de sa ca­pa­ci­té.

Le ré­ser­voir de Fa­gilde a no­tam­ment été uti­li­sé cet été pour lut­ter contre les feux de fo­rêts les plus meur­triers de l'his­toire por­tu­gaise. «La si­tua­tion de Fa­gilde est la plus préoccupante, car il n'y a de l'eau que pour un mois de consom­ma­tion, mais le Por­tu­gal ne se re­trou­ve­ra pas sans eau», a as­su­ré le mi­nistre de l'En­vi­ron­ne­ment. D'autres bas­sins au ni­veau alar­mant, no­tam­ment ce­lui de Monte da Ro­cha près d'Ou­rique (sud), dis­posent de ré­serves pour au moins un an de consom­ma­tion, a ex­pli­qué Ma­tos Fer­nandes.

Alors que l'en­semble du ter­ri­toire conti­nen­tal por­tu­gais est dé­jà frap­pé par une sé­che­resse «sé­vère» ou «ex­trême», la pro­ba­bi­li­té d'un re- tour de la pluie était très faible au moins jus­qu'au 21 no­vembre, se­lon les pré­vi­sions de l'Ins­ti­tut mé­téo­ro­lo­gique por­tu­gais (IPMA). «Le pays n'avait ja­mais connu une sé­che­resse comme celle-ci dans la me­sure où elle s'est net­te­ment ag­gra­vée pen­dant le mois d'oc­tobre, une pé­riode de l'an­née où nor­ma­le­ment la si­tua­tion s'amé­liore »,a dé­cla­ré Fa­ti­ma Es­pi­ri­to San­to, cli­ma­to­logue à l'IPMA.

Le mois d'oc­tobre le plus chaud de­puis 1931

Le Por­tu­gal a connu le mois d'oc­tobre le plus chaud de­puis 1931, date des pre­mières don­nées com­pa­rables. «Les tem­pé­ra­tures en­re­gis­trées de­puis le prin­temps ont été très éle­vées et, pen­dant l'été, il a plu en­vi­ron le tiers de la moyenne pour la sai­son», a dé­taillé la spé­cia­liste.

Face à ce scé­na­rio, le gou­verne- ment sou­haite re­né­go­cier avec l'Es­pagne voi­sine l'ac­cord en­ca­drant les dé­bits mi­ni­mums des fleuves qui tra­versent les deux pays, pour qu'ils soient dé­sor­mais cal­cu­lés de fa­çon quo­ti­dienne, et non plus heb­do­ma­daire. «C'est vrai­ment im­por­tant d'avoir un flux plus ré­gu­lier de l'eau qui ar­rive au Por­tu­gal en pro­ve­nance de l'Es­pagne», a sou­li­gné le mi­nistre de l'En­vi­ron­ne­ment.

La sé­che­resse qui frappe le Por­tu­gal a gran­de­ment contri­bué à l'an­née noire qu'a connue le pays sur le front des in­cen­dies, qui ont ra­va­gé 442 000 hec­tares de vé­gé­ta­tion entre dé­but jan­vier et fin oc­tobre, éta­blis­sant un nou­veau re­cord his­to­rique. Et l'an­née 2017 res­te­ra sur­tout mar­quée par les feux de fo­rêt qui ont fait 64 morts en juin dans la ré­gion de Pe­drogão Grande (centre), puis 45 vic­times en oc­tobre dans plu­sieurs dis­tricts du centre et du nord du Por­tu­gal.

Un autre phé­no­mène mar­quant est l'im­por­tante pro­gres­sion des cadres. Il y a 20 ans, par­mi les 18 863 sa­la­riés comp­tés à l'époque, 3 292 étaient des cadres, soit une ru­brique com­pre­nant les membres de la di­rec­tion jus­qu'au rang de fon­dé de pou­voir in­clus. Leur poids re­la­tif était de 17,5 %. La ba­lance pen­chait très net­te­ment du cô­té des hommes, puisque les 532 cadres fé­mi­nins ne re­pré­sen­taient que 16,2 % du nombre to­tal.

De­puis, la si­tua­tion a bien évo­lué. Alors que l'em­ploi glo­bal a aug­men­té de 38 %, les cadres masculins ont pro­gres­sé de 92 % et les cadres fé­mi­nins de 300 %, soit un qua­dru­ple­ment. Le pa­ral­lé­lisme est à la fois éton­nant et ré­jouis­sant : le ni­veau de qua­li­fi­ca­tion a aug­men­té et la pro­por­tion de femmes exer­çant des fonc­tions di­ri­geantes a éga­le­ment fait un sé­rieux bond en avant. Mais ce n'est pas en­core as­sez : l'équi­libre hom­mes­femmes dans la prise de dé­ci­sion est en­core bien loin! Ici en­core, les der­niers chiffres sont is­sus d'une es­ti­ma­tion, la BCL ayant rem­pla­cé les ca­té­go­ries «cadres», «em­ployés» et «ou­vriers» par les ru­briques «in­fé­rieur au bac et bac», «bac+2 et bac+3» et «su­pé­rieur à bac+3».

La sé­che­resse qui frappe le Por­tu­gal a gran­de­ment contri­bué à l'an­née noire qu'a connue le pays sur le front des in­cen­dies.

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