«Ils sont les pre­miers à avoir poin­té du doigt le foot bu­si­ness»

Le Quotidien (Luxembourg) - - Sports Football -

L'une des ca­rac­té­ris­tiques du mou­ve­ment ul­tra, ces der­nières an­nées, est le re­fus de la com­mer­cia­li­sa­tion du foot­ball. Quel est leur rap­port au foot­ball d'au­jourd'hui?

S. L. : Ils sont les pre­miers à avoir poin­té du doigt le foot bu­si­ness. Ils ap­pellent ça le "foot mo­derne". Je trouve ce­la un peu abu­sif. Di­sons que c'est une trans­for­ma­tion du foot­ball. Pour eux, c'est par exemple les matches joués à mi­di pour être sûr que ce­la se­ra dif­fu­sé en Chine, ou un club comme Leip­zig qui change de cou­leurs.

Ce­la ne les em­pêche pas, comme à Mar­seille, de ré­cla­mer des in­ves­tis­se­ments de leur pro­prié­taire, pour que l'équipe reste com­pé­ti­tive. Se re­trouvent-ils dans une si­tua­tion schi­zo­phré­nique?

Les ul­tras veulent le beurre et l'ar­gent du beurre. Ils sont en pleine contra­dic­tion au coeur de cette com­pé­ti­tion mon­dia­li­sée. Ils veulent un foot­ball à l'an­cienne en sa­chant très bien que ce n'est plus pos­sible parce que le foot s'est in­dus­tria­li­sé. D'ailleurs, à la suite des drames des an­nées 80 comme le Hey­sel, et d'autres, l'An­gle­terre a écar­té les classes po­pu­laires des stades, après le rap­port Tay­lor. Des constats qui se sont éten­dus au reste de l'Eu­rope un peu plus tard. Or les ul­tras ne se re­trouvent pas dans ces tri­bunes pa­ci­fiées. Mais ils ont évo­lué et sont de­ve­nus, fi­na­le­ment, des ani­ma­teurs de stade. Ré­cem­ment, les ul­tras de Fe­renc­va­ros (NDLR : en Hon­grie) ont trou­vé un com­pro­mis avec les au­to­ri­tés pour re­ve­nir après trois ans et de­mi de boy­cott. Et leur club est ab­so­lu­ment ra­vi : au­tant les ul­tras sont dé­sor­mais cons­cients d'avoir une image, au­tant leurs clubs savent que les spec­ta­teurs at­tendent le spec­tacle des tri­bunes. Cette image fait dé­sor­mais par­tie in­té­grante d'un match.

Comment culti­ver cette pas­sion pour un club quand le foot mo­derne, en Eu­rope, en a condam­né 95 % à res­ter spec­ta­teurs de quelques-uns? Ça va être dur pour les ul­tras. En Jor­da­nie, j'ai vu la vie s'ar­rê­ter… pour le Cla­si­co Bar­ça - Real. Et à Dja­kar­ta, on m'a par­lé du PSG et de Ney­mar. Je suis éton­né non par la place prise par le foot­ball mais par quelques clubs seule­ment. On prend d'ailleurs conscience de tout le pa­ra­doxe quand on voit les fans pa­ri­siens né­go­cier avec les res­pon­sables qa­ta­riens de leur club dont ils dé­noncent les pra­tiques. Mais ils sont dro­gués. Ils veulent al­ler au stade, ils ont be­soin de leur dose.

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