Bien-être à la loupe

Une mé­thode a été trou­vée pour sa­voir à quel point la po­pu­la­tion du Grand-Du­ché est heu­reuse ou pas. Voi­là le PIBien-être.

Le Quotidien (Luxembourg) - - Vorderseite - De notre jour­na­liste Ge­ne­viève Mon­tai­gu

Me­su­rer le bien-être des mé­nages luxem­bour­geois, c'est dé­sor­mais pos­sible grâce aux 63 in­di­ca­teurs que le Sta­tec a ana­ly­sés et dé­cor­ti­qués. Entre 2009 et 2015, le bon­heur des mé­nages n'a pas sui­vi la même courbe que celle de la crois­sance éco­no­mique. La po­pu­la­tion se re­met moins bien.

On a beau vivre dans un pays ré­pu­té riche, un pays qui af­fiche une ap­pré­ciable crois­sance éco­no­mique et un très en­viable re­ve­nu par ha­bi­tant, on n'est pas for­cé­ment les plus heu­reux, sans être les plus mal­heu­reux pour au­tant. Il existe des in­di­ca­teurs qui ren­seignent sur le ni­veau de bien-être de la po­pu­la­tion et c'est le Conseil éco­no­mique et so­cial (CES) et le Conseil su­pé­rieur pour un dé­ve­lop­pe­ment du­rable (CSDD) qui étaient char­gés de les éla­bo­rer à par­tir de 2010, sur de­mande du Pre­mier mi­nistre de l'époque, Jean-Claude Jun­cker.

Ils de­vaient mettre au point un sys­tème d'in­di­ca­teurs du bien-être me­su­rant le pro­grès de la so­cié­té dans une op­tique de long terme et dé­pas­sant les in­di­ca­teurs tra­di­tion­nels tels que le PIB par tête. Les don­nées du Sta­tec de­vaient en grande par­tie ali­men­ter le sys­tème.

Cette nou­velle ma­nière de me­su­rer le bien-être s'ob­tient grâce à 63 in­di­ca­teurs que le Sta­tec a été en charge d'ana­ly­ser. Cette mis­sion lui a pris deux ans.

Hier, la se­cré­taire d'État à l'Éco­no­mie, Fran­cine Clo­se­ner, a pré­sen­té les ré­sul­tats de ce PIBien-être que l'on ap­pelle éga­le­ment le LIW, pour Luxem­bourg In­dex of Well-Being, en an­glais, langue uti­li­sée pour le rap­port ren­du pu­blic hier. L'éva­lua­tion des don­nées col­lec­tées rend compte no­tam­ment de la san­té, de la qua­li­té de l'en­vi­ron­ne­ment na­tu­rel, des condi­tions de vie et de tra­vail des Luxem­bour­geois, de leurs liai­sons so­ciales et de la per­cep­tion qu'ils ont des élé­ments qui fa­çonnent leur vie en gé­né­ral.

Se­lon l'in­dice de bien-être, la qua­li­té de vie au Luxem­bourg est res­tée sen­si­ble­ment constante pour la pé­riode 2009 à 2015 et l'évo­lu­tion est glo­ba­le­ment si­mi­laire à celle du PIB. Ain­si, une baisse a été en­re­gis­trée de 2010 à 2012, mais de­puis il aug­mente de nou­veau, nous ap­prend Serge Al­le­grez­za, le di­rec­teur du Sta­tec, qui ac­com­pa­gnait la se­cré­taire d'État, hier. Ce­pen­dant, la hausse du PIBien-être est beau­coup plus lente que celle du PIB. «Le bien-être met donc plus long­temps à se ré­ta­blir que la crois­sance éco­no­mique», dit-il.

Re­ve­nu dis­po­nible en baisse

Les 63 in­di­ca­teurs de qua­li­té de vie du Luxem­bourg sont re­grou­pés en onze ca­té­go­ries : re­ve­nu et pa­tri­moine, em­ploi, lo­ge­ment, san­té, équi­libre vie pro­fes­sion­nelle-vie pri­vée, édu­ca­tion et com­pé­tences, liens so­ciaux, gou­ver­nance et ci­toyen­ne­té, en­vi­ron­ne­ment, sé­cu­ri­té phy­sique, et bien-être sub­jec­tif.

Ces in­di­ca­teurs per­mettent de com­pa­rer le bien-être des mé­nages luxem­bour­geois avec les don­nées in­ter­na­tio­nales mais aus­si de consta­ter si leur bon­heur croît ou dé­croît. Car le PIBien-être est éga­le­ment nom­mé PIBon­heur dans cer­tains pays, in­forme Fran­cine Clo­se­ner. Si le re­ve­nu na­tio­nal brut par ha­bi­tant est en hausse, lar­ge­ment au-des­sus de la moyenne eu­ro­péenne, le re­ve­nu dis­po­nible net ajus­té des mé­nages est en baisse.

Ce re­ve­nu est ob­te­nu en ajou­tant au sa­laire, ou au re­ve­nu du tra­vail, les trans­ferts so­ciaux en na­ture que les mé­nages re­çoivent des pou­voirs pu­blics (comme les ser­vices en ma­tière d'édu­ca­tion et de san­té), puis en re­tran­chant l'im­pôt sur les re­ve­nus et la for­tune, les co­ti­sa­tions de sé­cu­ri­té so­ciale ac­quit­tées par les mé­nages mais aus­si l'amor­tis­se­ment des biens d'équi­pe­ment consom­més par les mé­nages. «On peut consi­dé­rer que l'agré­gat ain­si ob­te­nu re­pré­sente le mon­tant maxi­mum qu'un mé­nage peut se per­mettre de dé­pen­ser sans ré­duire ses ac­tifs ou ac­croître ses pas­sifs», dit le CES de son cô­té.

Si­non, le Luxem­bourg est en ligne avec la moyenne eu­ro­péenne en ce qui concerne di­verses me­sures d'in­éga­li­té des re­ve­nus, de qua­li­té de l'en­vi­ron­ne­ment (pol­lu­tion de l'air et taux de re­cy­clage), de l'em­ploi et de l'équi­libre tra­vail-vie so­ciale (voir les prin­ci­paux ré­sul­tats ci­contre).

«Le Sta­tec pré­voit d'ac­tua­li­ser pé­rio­di­que­ment le Luxem­bourg In­dex of Well-Being et de conti­nuer les tra­vaux sur le su­jet, no­tam­ment en vue d'éta­blir des pré­vi­sions», in­forme Serge Al­le­grez­za. «Pour les mi­nis­tères, ce rap­port per­met­tra de voir où le bât blesse», pré­cise Fran­cine Clo­se­ner. Au­tre­ment dit, ap­pré­hen­der, dans le temps, la di­ver­si­té des condi­tions de vie réelles des in­di­vi­dus au Luxem­bourg en vue de conce­voir et d'éva­luer des po­li­tiques adé­quates, comme le pré­ci­saient le CES et le CSDD, qui ont four­ni les 63 in­di­ca­teurs au Sta­tec.

La se­cré­taire d'État à l'Éco­no­mie, Fran­cine Clo­se­ner, et le di­rec­teur du Sta­tec, Serge Al­le­grez­za, ont dé­voi­lé le do­cu­ment qui in­dique que l'in­dice de bien-être est res­té constant entre 2009 et 2015 dans le pays.

Serge Al­le­grez­za a an­non­cé que le Sta­tec pré­voyait d'ac­tua­li­ser pé­rio­di­que­ment le do­cu­ment du PIBien-être.

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