Fillette bles­sée : le père à la barre

LUXEM­BOURG Le père de fa­mille re­con­naît avoir frappé sa com­pagne. Il nie tou­te­fois avoir bles­sé son en­fant en bas âge au front lors de cette dis­pute. Il évoque une chute.

Le Quotidien (Luxembourg) - - Vorderseite - De notre jour­na­liste Fa­bienne Arm­borst

Il au­rait cer­tai­ne­ment pré­fé­ré que l'his­toire ne ter­mine pas au tri­bu­nal. Au pe­tit ma­tin, il avait ten­té de ré­gler en toute in­ti­mi­té leur dif­fé­rend qui por­tait sur une ru­meur se­lon la­quelle sa com­pagne avait fré­quen­té dans le pas­sé un autre homme. Elle a tou­te­fois réus­si à sor­tir de l'ap­par­te­ment et à ap­pe­ler de l'aide. Le pro­cès de ce père de fa­mille a eu lieu, hier après­mi­di.

On est le 20 jan­vier 2018 quand la po­lice re­çoit vers 7 h un ap­pel. «Un pro­blème dans un couple à Schif­flange. Une dis­pute a dé­gé­né­ré», se sou­vient un po­li­cier du centre d'in­ter­ven­tion d'Esch-sur-Al­zette ap­pe­lé à té­moi­gner, hier après-mi­di.

Sur les lieux, les po­li­ciers trouvent la com­pagne sur le pas de la porte. Sa joue gauche est rouge, une égra­ti­gnure tra­verse son vi­sage, sa joue droite est mar­quée par une plaie de mor­sure et elle est cou­verte de plu­sieurs hé­ma­tomes. Mon­sieur, quant à lui, est alors tou­jours dans leur ap­par­te­ment.

Vi­si­ble­ment c'est une vieille his­toire qui est à l'ori­gine des di­ver­gences dans ce jeune couple d'une ving­taine d'an­nées. «On a eu un mal­en­ten­du. Je lui avais ca­ché quelque chose, ex­plique la com­pagne. Mon com­pa­gnon a le­vé la main sur moi. »« Il m'a frap­pée au vi­sage avec la main, le poing, deux à trois fois», dé­taillet-elle quand le pré­sident de la 7e chambre cor­rec­tion­nelle lui de­mande des pré­ci­sions. Ces dé­cla­ra­tions di­vergent tou­te­fois de ce qu'elle a dé­cla­ré de­vant la po­lice. Elle y avait dé­po­sé avoir été frap­pée de nom­breuses fois.

Tou­jours est-il que les faits re­pro­chés ne s'ar­rêtent pas là. Le com­pa­gnon est aus­si au­jourd'hui pour­sui­vi pour coups et bles­sures vo­lon­taires sur leur en­fant en bas âge.

Ré­veillée par l'al­ter­ca­tion entre ses pa­rents, la pe­tite se met à pleu­rer. La mère dé­cide d'al­ler la cal­mer. Non sans mal. Car son com­pa­gnon au­rait es­sayé de la re­te­nir en lui ti­rant les che­veux. Elle fi­nit par prendre la pe­tite dans ses bras. «Elle a re­çu un coup qui ne lui était pas des­ti­né», té­moigne la ma­man. «Dans sa main, mon conjoint te­nait son por­table. Il avait l'in­ten­tion de me vi­ser, mais comme je l'ai es­qui­vé, le coup a at­teint notre fille que je por­tais dans mes bras.» Lors de leur in­ter­ven­tion, les po­li­ciers constatent une bosse sur le front de la pe­tite.

La ver­sion du pré­ve­nu est tout autre. Il conteste avoir vo­lon­tai­re­ment fait du mal à sa fille : «Elle est tom­bée du ca­na­pé où je l'avais po­sée», se dé­fend-il. Mais il est bien le seul à ex­pli­quer les bles­sures de cette ma­nière. «Per­sonne n'a vu l'en­fant tom­ber du ca­na­pé», l'in­ter­rompt le pré­sident.

«J'avais bu un peu ce soir-là...»

«J'avais bu un peu ce soir-là...», re­prend le pré­ve­nu. N'em­pêche que ce n'est pas sa pre­mière com­pa­ru­tion à la barre. En 2014, il a été condam­né à 150 eu­ros d'amende pour une des­truc­tion vo­lon­taire.

D'après son avo­cat, il était «to­ta­le­ment dé­mu­ni» au mo­ment des faits. «Il est ren­tré à l'ap­par­te­ment vers 5 h du ma­tin sous l'em­prise de l'al­cool. Au ré­veil, il n'en pou­vait plus. Cette ru­meur que sa com­pagne au­rait fré­quen­té un autre in­di­vi­du le tra­cas- sait», ré­ca­pi­tule-t-il. À l'époque, il au­rait aus­si été at­tris­té par le fait que son meilleur ami parte pour les États-Unis. Bref, se­lon l'avo­cat qui plaide l'ac­quit­te­ment, il n'au­rait pas été à même de contrô­ler la si­tua­tion : «Dans son com­por­te­ment, il y a eu une forte émo­tion et des coups ont eu lieu.»

Le par­quet par­tage un autre point de vue : «Je vais vous ra­con­ter une autre his­toire.» Ce sont les mots de sa re­pré­sen­tante, hier. «L'en­fant a été tou­ché au front par le por­table. Ces bles­sures cor­res­pondent clai­re­ment à la des­crip­tion de sa com­pagne.» Et d'in­sis­ter : «Au Luxem­bourg, il est in­ter­dit de frap­per quel­qu'un dans n'im­porte quelle condi­tion.»

Le par­quet re­quiert 18 mois de pri­son, mais ne s'op­pose pas à un éven­tuel sur­sis pro­ba­toire. Il de­mande qu'il soit sui­vi par le ser­vice de consul­ta­tion et d'aide pour au­teurs de vio­lence Riicht Eraus.

Le couple vit tou­jours sous le même toit. D'après la com­pagne, ils ont tout cla­ri­fié. «De­puis ce jour, il ne boit plus pour mon­trer qu'il a com­pris», a-t-elle ap­puyé.

Le tri­bu­nal ren­dra son ju­ge­ment le 26 avril.

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