«Si j'ai l'étoile, je m'en fous du jeu!»

C'est bien connu, l'his­toire ne re­tient que les vain­queurs. An­toine Griez­mann en a par­fai­te­ment conscience et, ce di­manche, l'en­jeu pas­se­ra avant le jeu.

Le Quotidien (Luxembourg) - - Sports -

Ha­bi­tué à dé­fendre avec son club de l'At­lé­ti­co Ma­drid avec qui il a rem­por­té l'Eu­ro­pa League, An­toine Griez­mann est prêt à se sa­cri­fier pour per­mettre à la France de dé­cro­cher le titre mon­dial. Le deuxième de son his­toire.

Deux ans après l'Eu­ro, vous êtes plus dans le com­bat et l'or­ga­ni­sa­tion du jeu, moins bu­teur : une pe­tite pointe de frus­tra­tion?

An­toine Griez­mann : En étant meilleur bu­teur, on a per­du, je me suis dit : "Je vais mettre moins de buts pour voir si on la gagne" (il rit). Mon jeu change, je suis plus à mettre le rythme, gar­der le bal­lon ou ac­cé­lé­rer. Si je marque tant mieux, mais je suis plus un joueur qui pense à l'équipe qu'à mettre mes buts.

Ce match peut chan­ger votre vie...

Oui, ça peut la chan­ger, mais on ne pense pas trop à di­manche soir ou lun­di. On veut pré­pa­rer le match. Gri­zou rime avec Zi­zou... J'aime pas trop "Gri­zou", moi c'est plus "Gri­zi" mais bon...

Qu'avez-vous ap­pris sur vous­même?

Que je reste le même : je joue à For­nite (NDLR : jeu vi­déo) toute la jour­née, je pro­fite du foot, je bois mon ma­té, c'est ça que j'aime chez moi.

Com­ment est ve­nu l'es­prit de sa­cri­fice au groupe?

D'abord parce qu'on vit bien, ça aide à faire les ef­forts pour les co­équi­piers. Nous-mêmes, on s'est dit qu'il fal­lait être un bloc so­lide, dur à battre et, pe­tit à pe­tit, on l'a amé­lio­ré. On de­vient dur à battre, c'est ça qui est beau, c'est ça qui est bon. Et après, of­fen­si­ve­ment, on sait qu'on peut mar­quer à tout mo­ment.

Vous re­pla­cez vos co­équi­piers sur le ter­rain...

J'ai la chance de tra­vailler avec le meilleur en­traî­neur dé­fen­si­ve­ment (NDLR : Die­go Si­meone à l'At­lé­ti­co Ma­drid), je vois des trucs sur le ter­rain, j'es­saie de le dire, de leur faire ap­prendre, comme eux peuvent m'ap­prendre of­fen­si­ve­ment des pe­tits trucs. J'ai la chance de jouer avec "Cho­lo" (Si­meone) donc je donne des conseils et des as­tuces pour re­ca­drer dé­fen­si­ve­ment.

Avez-vous dû convaincre les joueurs des bien­faits du sa­cri­fice?

Je n'ai pas trop es­sayé de convaincre les co­équi­piers... Si Ky­lian (Mbap­pé) et "Olive" (Gi­roud) me voient re­des­cendre dans ma sur­face, ils se disent "pour­quoi pas moi". La dé­fense, dans notre style de jeu, avec les joueurs qu'on a, c'est le plus im­por­tant, et avec nos at­ta­quants on peut faire quelque chose, Ky­lian sur un dé­bor­de­ment, "Olive" sur un centre ou moi, sur une pe­tite fo­lie, comme ça m'ar­rive de temps en temps.

L'équipe de France, c'est le style At­lé­ti­co?

Cour­tois a joué à l'At­lé­ti­co de Ma­drid, il a été cham­pion d'Es­pagne. Et à Chel­sea, il croit qu'il fait le jeu du Bar­ça?

C'est le style de jeu que j'ai en club, j'ai l'ha­bi­tude, je sais com­ment gé­rer ça, j'es­saie de prendre le jeu à mon compte, ac­cé­lé­rer ou ra­len­tir quand il le faut.

On sent la patte Des­champs...

Il est res­pec­té par nous parce qu'il l'a ga­gnée (NDLR : la Coupe du monde, en 1998), il sait le che­min par où pas­ser. Il a fait des choix forts, pour Lu­cas (Her­nan­dez) ou (Ben­ja­min) Pa­vard. Il a chan­gé après l'Ar­gen­tine, la pres­sion est re­des­cen­due, ça nous a fait du bien à tous. Il pré­pare les matches, il sait par où pas­ser, on croit en lui, on a confiance en lui, on joue pour lui.

Que reste-t-il de la joie de 1998? On voit les images, les pho­tos et vi­déos. À Mâ­con, c'était n'im­porte quoi quand on s'est qua­li­fiés pour la fi­nale, on es­père re­don­ner cette joie. On sait qu'on est très at­ten­dus mais on a confiance en nous, on a le po­ten­tiel pour faire quelque chose de grand et leur ra­me­ner la coupe.

Se­rez-vous fier si on parle de gé­né­ra­tion Griez­mann?

Ce se­ra sans doute une fier­té plus tard, mais je mets tou­jours le groupe avant. Sans le groupe, tu ne peux rien faire. On parle de la gé­né­ra­tion 98 de Zi­dane; 2018, je ne sais pas qui ce se­ra, peu im­porte, je veux juste qu'on fasse un gros match et qu'on gagne la Coupe du monde.

Des cri­tiques ont été émises par les Belges sur la qua­li­té de jeu des Bleus...

(Il coupe) Non! (Thi­baut) Cour­tois a joué à l'At­lé­ti­co de Ma­drid, il a été cham­pion d'Es­pagne. Et à Chel­sea, il croit qu'il fait le jeu du Bar­ça? Non! On s'en fout de la ma­nière, de com­ment on gagne, on a ga­gné!

Ça vous em­bê­te­rait d'être per­çu comme un cham­pion du monde moche?

Non, je m'en fous! Je veux l'étoile, et si j'ai l'étoile, je m'en fous du jeu!

Pour­quoi dites-vous sou­vent "vive la Ré­pu­blique"?

Il faut être fier d'être fran­çais! On le dit très peu : on est bien en France, on mange bien, on a un beau pays, on a une belle équipe de France, on a de beaux Fran­çais, de beaux jour­na­listes (il rit)! J'ai en­vie que les jeunes disent "Vive la France et vive la Ré­pu­blique!". Il faut être fier d'être fran­çais. Je sais qu'on est très re­gar­dé par tout le monde et j'ai en­vie de dire à quel point je suis fier d'être fran­çais.

An­toine Griez­mann n'en a que faire de la ma­nière. La vic­toire, un point c'est tout!

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