Adop­tez les bons ré­flexes

LUXEM­BOURG Laurent Che­val­lier, nu­tri­tion­niste au centre hos­pi­ta­lier uni­ver­si­taire de Mont­pel­lier, a abor­dé la ques­tion de l'évo­lu­tion de l'ali­men­ta­tion lors de la 13e jour­née d'étude des hô­pi­taux Schu­man.

Le Quotidien (Luxembourg) - - Vorderseite - De notre jour­na­liste Sa­rah Me­lis

Peut-on en­core bien se nour­rir au XXIe siècle?» Voi­là la ques­tion à la­quelle s'est at­te­lé à ré­pondre ven­dre­di le Dr Laurent Che­val­lier, à l'oc­ca­sion de la 13e jour­née d'étude «En­vi­ron­ne­ment et san­té» or­ga­ni­sée par le pôle Femme, Mère, En­fant des hô­pi­taux Ro­bert-Schu­man. Le nu­tri­tion­niste de Mont­pel­lier es­time no­tam­ment que l'on de­vrait «s'ins­pi­rer du ré­gime des hommes et femmes qui vi­vaient pen­dant la pé­riode du pa­léo­li­thique car ils ne consom­maient que des fruits et lé­gumes frais, bruts, non trans­for­més, et ne bu­vaient que de l'eau».

Ven­dre­di, à l'oc­ca­sion de la 13e jour­née d'étude «En­vi­ron­ne­ment et san­té» or­ga­ni­sée par le pôle Femme, Mère, En­fant des hô­pi­taux Ro­bert-Schu­man, le Dr Laurent Che­val­lier, mé­de­cin nu­tri­tion­niste, pra­ti­cien at­ta­ché au centre hos­pi­ta­lier de Mont­pel­lier, a ex­pli­qué com­ment il est pos­sible de bien s'ali­men­ter de nos jours.

La 13e jour­née d'étude «En­vi­ron­ne­ment et san­té» or­ga­ni­sée an­nuel­le­ment par le pôle Femme, Mère, En­fant des hô­pi­taux Ro­bert-Schu­man, a eu lieu ven­dre­di à l'Al­visse Parc Hô­tel de Luxem­bourg-Dom­mel­dange. Le su­jet re­te­nu était l'im­pact de la san­té en­vi­ron­ne­men­tale sur les po­pu­la­tions à risque que sont les femmes en­ceintes et les jeunes en­fants. Le Dr Laurent Che­val­lier, mé­de­cin nu­tri­tion­niste, pra­ti­cien at­ta­ché au centre hos­pi­ta­lier de Mont­pel­lier, a quant à lui évo­qué l'évo­lu­tion des pra­tiques ali­men­taires à tra­vers le temps. En­tre­tien.

Est-il en­core pos­sible de bien se nour­rir au XXIe siècle?

Laurent Che­val­lier : Dans nos so­cié- tés où nous avons ac­cès fa­ci­le­ment à un grand choix d'ali­ments, c'est tout à fait pos­sible, à condi­tion d'adop­ter les bons ré­flexes.

Les­quels?

Quatre points sont im­por­tants. D'abord, concer­nant les bois­sons, il est très im­por­tant de pri­vi­lé­gier prin­ci­pa­le­ment la consom­ma­tion d'eau et de ne boire d'autres bois­sons qu'ex­cep­tion­nel­le­ment. En­suite, il faut li­mi­ter la consom­ma­tion de pro­duits qui contiennent des sucres ajou­tés. Ce point est sou­vent sous-es­ti­mé, mais l'on trouve énor­mé­ment de pro­duits très su­crés : les bis­cuits, les yaourts, les crèmes ca­ra­mel ou en­core les cé­réales du pe­tit-dé­jeu­ner, en font par­tie. Il faut faire at­ten­tion à ce­la. Le troi­sième point concerne la consom­ma­tion de pro­duits qui contiennent beau­coup d'ad­di­tifs ali­men­taires. Cer­tains pro­duits ven­dus en grande sur­face en contiennent plus de dix. Il faut donc es­sayer de li­mi­ter au maxi­mum ce type de pro­duits et pri­vi­lé­gier des pro­duits bruts, frais, en conserve ou conge­lés, ou alors consom­mer ceux dont la conte­nance n'ex­cède pas trois ad­di­tifs ali­men­taires. En­suite, il est clair qu'il faut es­sayer de man­ger bio pour li­mi­ter le risque d'ex­po­si­tion à des pes­ti­cides.

Le vrai bio, ça existe en grande sur­face?

Oui. Pour la simple et bonne rai­son que ceux qui vendent du bio ont une crois­sance à deux chiffres sur leur vente, et que si le jour ar­ri­vait où l'on s'aper­ce­vait que tout était faux, la fi­lière s'écrou­le­rait aus­si­tôt. Les grandes sur­faces ont donc leurs propres ana­lyses et sont très pré­cau­tion­neuses par rap­port à ce­la.

Concrè­te­ment, com­ment faut-il s'ali­men­ter?

Idéa­le­ment comme les hommes de l'époque pa­léo­li­thique, qui ne consom­maient que des fruits et lé­gumes frais, bruts, non trans­for­més, et ne bu­vaient que de l'eau. Ils man­geaient éga­le­ment beau­coup de baies, des lé­gu­mi­neuses, d'in­sectes, de vers qu'ils fai­saient prin­ci­pa­le­ment cuire, des oeufs... Nous ne sommes pas obli­gés de suivre à la lettre leur ré­gime mais s'en ins­pi­rer. C'était une ali­men­ta­tion qui ex­cluait les sucres raf­fi­nés.

Et la viande dans tout ce­la?

Il est in­té­res­sant d'in­clure des pro­duits car­nés puisque nous sommes de toute fa­çon des om­ni­vores. En re­vanche, il ne faut pas en abu­ser. La sur­con­som­ma­tion de viande peut avoir des ef­fets dé­lé­tères et no­tam­ment fa­vo­ri­ser l'ap­pa­ri­tion de cer­tains can­cers. La viande par­ti­cipe au bon équi­libre nu­tri­tion­nel si on en mange entre 400 et 500 grammes par se­maine, pas plus, mais on peut se pas­ser de viande, avoir un bon équi­libre nu­tri­tion­nel sans viande si on mange des oeufs, un peu de fro­mage et idéa­le­ment un peu de pois­son aus­si.

Vaut-il mieux être vé­gé­ta­rien ou vé­gane?

Le vé­gé­ta­risme est une très bonne idée, qui in­clut plus de vé­gé­taux et est pré­co­ni­sé no­tam­ment en cas de pro­blèmes car­dio­vas­cu­laires. Il in­clut éga­le­ment les ali­ments pré­ci­tés qui contiennent de la vi­ta­mine B12, que l'on ne trouve que dans les pro­duits d'ori­gine ani­male et qui est né­ces­saire à la pro­duc­tion de glo­bules rouges. En re­vanche, le vé­ga­nisme ex­clut trop d'ali­ments, et ça, ce n'est pas une bonne idée.

Se­lon vous, y a-t-il des ali­ments qu'il faut ar­rê­ter de consom­mer?

L'évo­lu­tion de l'ali­men­ta­tion doit se voir dans sa glo­ba­li­té et pas seule­ment d'un point de vue nu­tri­tion­nel. Par exemple, on parle très sou­vent du ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique. Alors pour pré­ser­ver notre pla­nète, notre ali­men­ta­tion doit aus­si évo­luer dans ce sens. Il faut ar­rê­ter de man­ger des avo­cats, car ils consomment beau­coup d'eau, car les cir­cuits com­mer­ciaux pour cer­tains d'entre eux sont in­fil­trés par la ma­fia en Amé­rique du Sud. Il faut ar­rê­ter l'ana­nas, les ba­nanes, les baies de go­ji puis­qu'on a les myr­tilles et on mange des pommes. On ar­rête aus­si le ca­fé, pour pri­vi­lé­gier la chi­co­rée qui est pro­duite en Eu­rope, et on ar­rête aus­si le thé, pour boire des ti­sanes ou en­core du thé de l'Au­brac. En fai­sant ce­la, on di­mi­nue l'em­preinte car­bone de fa­çon si­gni­fi­ca­tive.

Que pen­sez-vous du jeûne?

Au­cune étude scien­ti­fique ne prouve que le jeûne a un réel im­pact sur les can­cers, par exemple. Il y a de nom­breux types de jeûnes dif­fé­rents en plus pour les­quels rien n'a été prou­vé à ce jour. En re­vanche, il y au­rait un in­té­rêt pour le pro­lon­ge­ment du jeûne noc­turne. Au­tre­ment dit, il est pos­sible que le fait de prendre son re­pas du soir vers 18 h et son pe­tit-dé­jeu­ner à 9 h le ma­tin ait des ef­fets bé­né­fiques sur le corps. Mais là en­core, c'est à mettre au condi­tion­nel.

Il faut s'ins­pi­rer du ré­gime des hommes pa­léo­li­thiques

«C'est pos­sible» de bien man­ger au XXIe siècle, se­lon le Dr Laurent Che­val­lier.

Pour le Dr Laurent Che­val­lier, «de bons ré­flexes sont à adop­ter» pour bien man­ger.

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