Les foot­bal­leurs d’au­jourd’hui plus fri­leux que leurs aïeux ...?

LETTRE DE LECTEUR L’hi­ver et le foot­ball

Tageblatt (Luxembourg) - - Fussball -

A pei­ne que les pre­miers fri­mas de l’hi­ver vi­en­nent de s’an­non­cer et qu’une in­fi­me cou­che de nei­ge mouil­lée est ve­nue sau­poud­rer une par­tie de la cam­pa­gne lu­xem­bour­geoi­se, ai­res de jeu com­pri­ses, voi­là que nos chers foot­bal­leurs cho­yés, via leur fédé et à l’image des au­to­mo­bi­lis­tes lo­caux, pa­ni­quent au po­int de re­fu­ser à se plier au jeu ... Après l’an­nu­la­ti­on de tous les matches du 3 dé­cem­bre et las­sé com­me bi­en d’au­tres gens de ma gé­né­ra­ti­on par cet­te fri­lo­sité am­bi­an­te, je ne pou­vais fai­re au­tre­ment que de me rap­peler au très bon sou­ve­nir des ren­con­tres de foot hi­ver­nal d’an­tan et de vous en fai­re part éga­le­ment! On se sou­vi­ent d’un temps ré­cent que les jeu­nes, plu­mi­tifs spor­tifs com­pris igno­rant leurs clas­si­ques, ne sau­rai­ent con­naît­re.

Il nous sem­ble qu’au lieu de re­mett­re à la va-vi­te aux ca­len­des grec­ques tou­tes les par­ties – alors qu’en ce mo­ment on ne re­chi­g­ne pas à jou­er du côté de Thes­sa­lo­ni­que et ail­leurs soit dit en pas­sant ... – on au­rait pu fai­re preuve d’un peu plus de cou­ra­ge et de bi­en moins de fri­lo­sité!

Du foot­ball de qua­lité quoi­qu’on en di­se au­jourd’hui!

Sur des ter­rains par­fois durs voi­re lourds cer­tes, mais tout à fait pra­tica­bles, on a as­sis­té dans les an­nées soix­an­te voi­re sep­tan­te à d’épi­ques ren­con­tres de foot âpre­ment dis­pu­tées par des jou­eurs à la fois vail­lants et ta­len­tueux. Si par un temps ob­jec­tive­ment par­lant trop mau­vais pour en­voy­er jou­er un foot­bal­leur de­hors, qu’on ris­quait d’abî­mer le ter­rain dé­trem­pé pour de bon, on se rap­pel­le qu’il fal­lait l’in­ter­ven­ti­on de Mr. Jos Breb­som, le dé­bon­nai­re mai­re eschois d’alors, pour frei­ner les ar­deurs des foo­teux en les in­vi­tant gen­ti­ment à al­ler jou­er ail­leurs et de se me­su­rer sur la pis­te de quil­les du ca­fé „Caur­la“d’à côté ...

Un match de ga­la cont­re Pra­gue sous les flo­cons ...

Fut-ce cont­re le pres­ti­gieux Duk­la ou cont­re Spar­ta, je ne sau­rais plus le dire, mais dont je me sou­vi­ens com­me si s’était hier, c’est qu’à la fin des six­ties les pros tché­coslo­vaques af­fron­tè­rent aux alen­tours de No­ël au „May­risch“une équi­pe mix­te con­sti­tuée des meil­leurs élé­ments de l’en­tente Fo­la-Jeu­nesse (oui, oui ...!). Ce fut moins le score sans ap­pel de 4:0 en fa­veur des Pra­go­is, qui mar­qua les es­prits, mais le fait qu’au cours de ce match ami­cal la nei­ge se mit à tom­ber en deu­xiè­me mi-temps, sans que ce­la ne sem­blait gê­ner out­re me­su­re les 22 ac­teurs sur le ter­rain pa­yant de leur per­son­ne alors que c’est tout le con­trai­re au­jourd’hui.

Une aut­re fois lors d’un test­match en Cou­pe op­po­sant Jeu­nesse à l’US Du­de­lan­ge en se­mai­ne sur le Sta­de de la Fron­tiè­re ennei­gé de part en part, les „bi­an­co­ne­ri“de­vant un bon mil­lier de spec­ta­teurs ent­hou­si­as­tes et sous les pro­jec­teurs par­vin­rent à fai­re fran­chir au bal­lon cou­leur oran­ge par trois fois la li­gne de but tra­cée au char­bon de l’in­for­tu­né gar­di­en ad­ver­se Metz­ler – c’est qu’ils fu­rent bi­en moins gâ­tés et ri­ches à l’épo­que. A no­ter qu’en cet­te oc­ca­si­on le grand gar­di­en de but eschois et in­ter­na­tio­nal que fut et res­te Re­né Hoff­mann, com­me à l’ac­cou­tumée et mal­gré le fro­id, joua sans gants!

Tous des mau­vi­et­tes, „Pi­pi­en“en lu­xem­bour­geois ...?

De nom­breu­ses au­tres ren­con­tres très of­fi­ci­el­les jouées dans des con­di­ti­ons iden­ti­ques, tels cer­ta­ins matches de la glo­ri­eu­se cam­pa­gne de l’équi­pe na­tio­na­le lors du Cham­pion­nat des na­ti­ons cont­re les Pays-Bas et sur­tout le Da­ne­mark voi­re le match re­tour en Cou­pe d’Eu­ro­pe de la Jeu­nesse et leur fa­bu­leu­se „re­mon­ta­da“cont­re les fin­lan­dais de Val­kea­ko­s­ken-Ha­ka fin 1963 par un fro­id de ca­nard sont la meil­leu­re preuve et quoi qu’en en di­se, qu’on peut con­ti­nu­er à pra­ti­quer un foot de qua­lité sous nos la­ti­tu­des une fois l’été pas­sé.

Il suf­fi­sait d’en avoir ... de l’em­bro­ca­ti­on „Al­gi­pan“(ent­re au­tres), le fa­meux bau­me chauf­fant avec le­quel on se ba­di­geon­nait les cuis­ses rouge-écrevis­se avant de quit­ter les ves­ti­ai­res et d’al­ler af­fron­ter l’ad­ver­sai­re et le fro­id en pri­me.

La bra­vou­re des jou­eurs de cet­te gé­né­ra­ti­on au­rait dû plai­re à ce jeu­ne jour­na­lis­te qui dans un quo­ti­di­en lu­xem­bour­geois tout en plai­dant pa­ra­do­xa­le­ment pour une trê­ve des con­fi­seurs ral­lon­gée, d’un aut­re côté, ai­me bi­en ré­gu­liè­re­ment user dans ses pa­piers d’ex­pres­si­ons for­tes voi­re vi­ri­les – doux eu­phé­mis­me – pour lou­er et ca­rac­té­ri­ser, cer­ta­ins faits et ges­tes de nos ama­teurs sala­riés mais tou­jours pas im­po­sés ac­tu­els, bi­en sou­vent plus ti­mo­rés pour­tant que leurs aïeux, qui tout en ai­mant se la jou­er, la ramè­nent (la ba­bal­le j’en­t­ends ...) dès que le ciel vi­re au gris-lai­teux et qu’il com­mence à nei­geo­ter!

Sur ces soit-di­sant champs de pa­ta­tes où on se dis­pu­tait le cuir épau­le cont­re épau­le mais sans se ti­rer les mail­lots ou si­mu­ler de fa­çon ri­di­cu­le, il n’y eut pas plus de bles­su­res et de trau­ma­tis­mes gra­ves fi­nis­sant sur le bil­lard que de nos jours à ce que l’on sa­che. Si au lieu de mouil­ler le mail­lot et à se sa­lir d’au­cuns préfè­rent leur con­fort et jou­er au fut­sal c’est leur droit mais que ceux qui ont op­té pour le foot „out­door“et qui par ail­leurs font tout pour res­sem­bler aux pros de la Li­gue des cham­pi­ons – ta­toua­ges, go­mi­na­ges et ba­gn­o­les com­pris – jou­ent le jeu, as­su­ment et s’ac­cli­ma­tent peu à peu!

Ces bal­bu­tie­ments et ce man­que de cou­ra­ge de part et d’aut­re, fédé com­pri­se, vi­en­nent s’ajou­ter au ras le bol plus que la­tent et gé­né­ra­li­sé res­sen­ti par les spec­ta­teurs déjà las­sés par la men­ta­lité des ama­teurs-mer­ce­n­ai­res chan­ge­ant de club et de mail­lot pour quel­ques eu­ros de plus au­x­quels ils ne par­vi­en­nent plus de s’iden­ti­fier et qui les font dé­ser­ter les gra­d­ins, re­f­ro­idis pour de bon.

Guy van Hul­le

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