Pré­mo­ni­toire

EDITORIAL Les si­gnes qui ne trom­pent pas

Tageblatt (Luxembourg) - - Vorderseite - Da­niè­le Fonck dfonck@ta­ge­blatt.lu

Le ver­be est pré­mo­ni­toire, écrit not­re édi­to­ria­lis­te Da­niè­le Fonck. Il té­moi­g­ne de la maî­tri­se de soi, de la cul­tu­re gé­né­ra­le. A en ju­ger de l’évo­lu­ti­on du ver­be, force est de fris­son­ner.

Il y a des si­gnes qui ne trom­pent pas et qui sont au­tant de té­moins sur l’am­pleur des chan­ge­ments qui mi­nent nos so­cié­tés. Le ma­lai­se d’un élu en com­mis­si­on ré­cem­ment, la mort bru­ta­le du Se­cré­taire d’Etat Ca­mil­le Gi­ra après son ef­fond­re­ment su­bit à la tri­bu­ne du par­le­ment, en di­sent long sur l’état de stress au­quel sont so­u­mis des hom­mes et des femmes qu’il est plus aisé de cri­ti­quer que d’ap­pré­cier pour leur tra­vail. La mê­me cho­se vaut pour les di­ri­ge­ants, fus­sent-ils des re­s­ponsa­bles du sec­teur pri­vé ou pu­b­lic.

Il est fa­ci­le de trou­ver en eux des „fau­tifs“, les „trou­pes“ne cher­chant par prin­ci­pe ja­mais de fau­tes dans leurs rangs. Avons-nous en­co­re con­sci­ence du temps em­ployé, de l’am­pleur de l’agres­si­vité ver­ba­le, du mé­pris dé­cla­ré? Qu’est-ce qui les ju­s­ti­fie?

A ce ryth­me-là, qui vou­dra en­co­re as­su­mer des re­s­ponsa­bi­lités à moins d’y êt­re pous­sé par l’en­vie d’un gain sou­vent bi­en moi­nd­re que dit ou pour des rai­sons per­son­nel­les? L’ego, il est vrai, ne comp­te pas pour des pru­nes. Et il ex­pli­que bi­en des cho­ses, y com­pris le par­cours de Do­nald Trump.

Bi­en jeu­ne déjà, en­co­re min­ce, (re­la­ti­ve­ment) beau et déjà ri­che, il s’ima­gi­nait ré­g­ner un jour à Wa­shing­ton. „Ni­quer“l’es­ta­blish­ment, êt­re le maît­re du mon­de. Fi­na­le­ment, au ter­me d’une com­mu­ni­ca­ti­on par­fai­te, ba­sée jus­te­ment sur le dé­ni, le mé­pris, la mé­chan­ce­té gra­tui­te, l’ar­ro­gan­ce pseu­do-in­tel­lec­tu­el­le, il a att­eint son ob­jec­tif. Il est le maît­re du mon­de et cel­les qu’il con­sidè­re au fond de lui-mê­me com­me des échouées, les clas­ses ou­vriè­res, cro­i­ent qu’el­les l’ont élu de leur plein gré et qu’il tra­vail­le pour el­les. Les cli­chés sont dura­bles et per­sis­tants. On n’y peut ri­en.

Fau­dra-t-il at­tendre une gu­er­re, une vraie, avec son lot d’hor­reurs, de de­struc­tions, de morts, de bles­sés, de pau­vre­té, de cha­os éco­lo­gi­que, pour que les chan­tres des slo­gans sur ré­seaux so­ci­aux com­pren­nent? Pro­ba­ble­ment et nous som­mes bi­en par­tis pour ce­la.

Où que l’on se tourne, il y a du dés­ord­re. On se que­rel­le pour des en­jeux su­per­fé­ta­toires. Des pans en­t­iers géo­gra­phi­ques du mon­de – du Moy­enO­ri­ent ou en Asie – sont à feu et à sang. L’Eu­ro­pe ne sait plus se re­con­naît­re el­le-mê­me, perd son âme et n’en­clen­che plus l’espoir, pas plus qu’el­le ne re­pré­sen­te l’au­to­rité. Ce qui comp­te, c’est la géo-stra­té­gie à but géo-éco­no­mi­que. En at­ten­dant, les dé­pu­tés ita­li­ens en vi­en­nent aux mains, leurs col­lè­gues français et al­le­man­ds s’agres­sent, nos mo­dè­les so­ci­aux s’écrou­lent fau­te de dia­lo­gue ser­ein, dans le re­spect mu­tu­el d’ar­gu­ments pon­dé­rés.

Cha­cun ayant évi­dem­ment pour cre­do de mon­trer des mus­cles pour êt­re (aux jeux de qui et au nom de quoi?) le plus fort, le plus ma­lin, le plus bril­lant.

Voi­là une drô­le de ma­niè­re de mon­trer l’ex­emp­le aux jeu­nes et ce sur toi­le de fond d’ar­mes chi­mi­ques et nu­cléai­res.

Le ver­be est pré­mo­ni­toire. Il té­moi­g­ne de la maî­tri­se de soi, de la cul­tu­re gé­né­ra­le. Il est un bel ac­quis des Lu­miè­res et de l’hu­ma­nis­me. A en ju­ger de l’évo­lu­ti­on du ver­be, force est de fris­son­ner.

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