La ré­sis­tance à la chi­mio par­tiel­le­ment élu­ci­dée? À la une

C’est en pui­sant dans leur en­vi­ron­ne­ment l’éner­gie né­ces­saire pour ré­sis­ter à l’ef­fet de la chi­mio­thé­ra­pie que les cel­lules leu­cé­miques se pro­té­ge­raient

Monaco-Matin - - Monde - NAN­CY CATTAN ncat­tan@ni­ce­ma­tin. fr

Alors que la ma­la­die a été ter­ras­sée par une puis­sante chi­mio­thé­ra­pie, pour­quoi des an­nées plus tard, peut-elle res­sur­gir, en se mon­trant souvent en­core plus agres­sive, et in­dif­fé­rente aux trai­te­ments? En cause no­tam­ment, un phé­no­mène nom­mé chi­mio­ré­sis­tance, que des cher­cheurs du C3M, spé­cia­listes de la leu­cé­mie ai­guë, viennent en par­tie de dé­cryp­ter « Lorsque les cel­lules leu­cé­miques sont agres­sées par une chi­mio­thé­ra­pie, elles vont pui­ser dans leur mi­cro-en­vi­ron­ne­ment, les forces né­ces­saires pour faire face à ce stress. En fait, elles dé­tournent les fonc­tions de l’en­vi­ron­ne­ment à leur pro­fit », ré­sument Jean-Fran­çois Pey­ron, qui a di­ri­gé ces re­cherches, et Em­ma­nuel Gries­sin­ger, prin­ci­pal in­ves­ti­ga­teur. Des forces que l’on peut ré­su­mer en un mot : mi­to­chon­dries, « des or­ga­nites pré­sents dans toutes les cel­lules, et qui consti­tuent de vé­ri­tables cen­trales éner­gé­tiques. Elles pro­duisent de l’ATP, le car­bu­rant des ré­ac­tions mé­ta­bo­liques de la cel­lule. » Jouant de leur dé­tresse, les cel­lules tu­mo­rales, sou­mises à une chi­mio, en­ver­raient ain­si un si­gnal déses­pé­ré aux cel­lules voi­sines « saines ». Et ces der­nières vien­draient alors à leur se­cours en leur four­nis­sant une par­tie de leurs cen­trales éner­gé­tiques. « Les cel­lules leu­cé­miques qui ont ré­cu­pé­ré les mi­to­chon­dries des cel­lules stro­males ont un mé­ta­bo­lisme amé­lio­ré, de­viennent beau­coup moins vul­né­rables et ré­sistent mieux à la chi­mio­thé­ra­pie », note Jean-Fran­çois Pey­ron. Une hy­po­thèse vé­ri­fiée aus­si bien in vi­tro (sur des cul­tures de cel­lules) qu’in vi­vo, chez l’ani­mal. « Il reste à iden­ti­fier la na­ture du si­gnal de dé­tresse et les mé­ca­nismes pré­cis de trans­fert des mi­to­chon­dries des cel­lules saines aux cel­lules leu­cé­miques. » Mais ces dé­cou­vertes ouvrent dé­jà des pers­pec­tives thé­ra­peu­tiques. « En in­hi­bant ce pro­ces­sus, il de­vrait être pos­sible d’af­fai­blir les cel­lules tu­mo­rales ré­sis­tantes et d’amé­lio­rer l’ef­fi­ca­ci­té des trai­te­ments ». Cette même équipe vient de faire une autre dé­cou­verte im­por­tante en s’in­té­res­sant tou­jours à la vie in­té­rieure des cel­lules leu­cé­miques(2). « Pour pou­voir se mul­ti­plier à grande vi­tesse, elles re­pro­gramment leur mé­ta­bo­lisme : elles syn­thé­tisent tous les pré­cur­seurs mé­ta­bo­liques pour faire le plein de pro­téines, li­pides et acides nu­cléiques, dont elles ont be­soin. Si on ar­rive à blo­quer cette syn­thèse, dont elles sont très dé­pen­dantes pour leur sur­vie, elles meurent. » Et c’est ce que l’équipe de J.-F Pey­ron est par­ve­nue à faire grâce à des ... an­ti­bio­tiques! Ces mé­di­ca­ments bien connus éli­minent, en ef­fet, les bac­té­ries en se fixant sur les ma­chines à fa­bri­quer des pro­téines, les ri­bo­somes. En col­la­bo­ra­tion avec l’un des meilleurs spé­cia­listes de la biologie struc­tu­rale, le Dr Bru­no Kla­holz, de Stras­bourg, les Ni­çois es­saient de mo­di­fier les an­ti­bio­tiques dis­po­nibles (spé­ci­fiques des ri­bo­somes bac­té­riens) pour les rendre plus spé­ci­fiques des ri­bo­somes hu­mains. Une re­cherche ré­com­pen­sée par une pu­bli­ca­tion dans l’une des meilleures re­vues in­ter­na­tio­nales, Na­ture Com­mu­ni­ca­tions. Té­moi­gnage de l’im­por­tance de ces dé­cou­vertes. 1. Ces tra­vaux viennent d’être pu­bliés dans l’ex­cel­lente re­vue Blood 2. Ces re­cherches ont bé­né­fi­cié d’aides fi­nan­cières de l’as­so­cia­tionLiSA,de­laFon­da­tion­deF­ran­ceet­del’InCa

(Photo Sé­ba­tien Bo­tel­la)

Jean-Fran­çois Pey­ron (au fond, en che­mise bleue) et son équipe.

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