La se­maine de Ro­se­lyne Ba­che­lot

Monaco-Matin - - La Une - SI­GNÉ RO­SE­LYNE

Lun­di

Les femmes po­lo­naises font grève au­jourd’hui pour dé­fendre leurs droits, après avoir dé­fi­lé, ha­billées de noir, sa­me­di, dans les rues de Var­so­vie. Le parti ul­tra­con­ser­va­teur Droit et Justice, à l’ini­tia­tive de l’Église catholique, veut, en ef­fet, in­ter­dire to­ta­le­ment l’avor­te­ment. Pour­tant l’ac­tuelle lé­gis­la­tion po­lo­naise est une des plus res­tric­tives qui soit puisque l’IVG n’est pos­sible que dans trois cas : risque pour la vie ou la san­té de la mère, pa­tho­lo­gie ir­ré­ver­sible de l’em­bryon, gros­sesse ré­sul­tant d’un viol ou d’un in­ceste. Rien donc dans l’ar­se­nal ju­ri­dique re­le­vant de la « conve­nance ». Même ces pauvres droits sont re­mis en cause et une femme ayant re­cours à l’avor­te­ment, y com­pris dans des cas déses­pé­rés, pour­rait en­cou­rir cinq ans de pri­son. Il n’est pas dou­teux que le Par­le­ment po­lo­nais re­jet­te­ra, jeu­di, de telles dis­po­si­tions aus­si at­ten­ta­toires aux li­ber­tés et contre­pro­duc­tives po­li­ti­que­ment. Mais ce­la en dit long sur la puis­sance des idéo­lo­gies conser­va­trices qui sont à l’oeuvre dans l’Eu­rope de l’Est et même au­de­là. Les mi­li­tantes fé­mi­nistes qui avaient pen­sé qu’elles pou­vaient dé­po­ser les armes sont main­te­nant aver­ties que leurs droits sont tou­jours re­né­go­ciables.

Mer­cre­di

L’af­faire était cou­rue d’avance : la justice a ju­gé illé­gale la dé­ci­sion du conseil dé­par­te­men­tal du HautR­hin d’im­po­ser sept heures de tra­vail de bé­né­vo­lat aux ti­tu­laires du RSA. Cette pro­cé­dure coer­ci­tive avait fait dé­jà l’ob­jet de nom­breuses et conver­gentes ana­lyses ju­ri­diques qui al­laient toutes dans le même sens en concluant à son im­pos­si­bi­li­té et on peut s’éton­ner qu’une col­lec­ti­vi­té ter­ri­to­riale ait fait le choix de pas­ser outre. Au-de­là de l’as­pect pro­cé­du­ral, les te­nants du bé­né­vo­lat « obli­ga­toire » – cu­rieux oxy­more – font va­loir qu’il se­rait à la fois utile au bé­né­fi­ciaire et un juste re­tour à la col­lec­ti­vi­té. Cette théo­rie fait l’im­passe sur d’in­sur­pas­sables dif­fi­cul­tés.

Si obli­ga­tion il y a, elle doit être sy­mé­trique et contraint la puis­sance pu­blique à four­nir à chaque al­lo­ca­taire une struc­ture d’ac­cueil pour exer­cer cette ac­ti­vi­té, avec l’en­ca­dre­ment et la for­ma­tion ap­pro­priée. To­ta­le­ment im­pos­sible, outre que cer­tains ti­tu­laires, ex­clus du fait de leur état de san­té phy­sique, psy­chique ou de leur très faible ni­veau d’édu­ca­tion, de­vront être l’ob­jet d’une coû­teuse mise à ni­veau et d’un ac­com­pa­gne­ment spé­cia­li­sé. Si cette offre de bé­né­vo­lat est « à la main » des struc­tures d’ac­cueil, or­ga­nismes pu­blics ou as­so­cia­tions, elles choi­sissent les al­lo­ca­taires les plus em­ployables et donc les plus sus­cep­tibles de re­trou­ver le mar­ché du tra­vail or­di­naire. Le bé­né­vo­lat de­vient alors une trappe à pau­vre­té. Cette me­sure est donc in­dé­fen­dable. Tiens, puisque nous en sommes à tordre le cou à cer­tains ca­nards qui volent avec vi­gueur, li­sez le ma­nuel d’ATD Quart Monde, édi­tion , qui met en pièces un cer­tain nombre d’idées re­çues sur les al­lo­ca­taires du RSA. Bien sûr, il peut y avoir de la fraude et il faut la com­battre. La vé­ri­té est que l’im­mense ma­jo­ri­té ne rêve que d’une chose : trou­ver du bou­lot et des condi­tions de vie dé­centes. Le can­cer de notre so­cié­té n’est pas l’as­sis­ta­nat mais bien la pau­vre­té et l’ex­clu­sion.

Ven­dre­di

Le prix No­bel de la paix a été re­mis au pré­sident Juan Ma­nuel San­tos, un aris­to­crate ral­lié à la né­go­cia­tion avec les san­glantes FARC après avoir été un chef de guerre im­pi­toyable. Ce choix, tout à fait com­pré­hen­sible si l’on veut bien consi­dé­rer l’épou­van­table car­nage que consti­tue la guerre ci­vile co­lom­bienne, laisse néan­moins un goût d’amer­tume eu égard au pas­sé de San­tos et à son échec à faire ac­cep­ter l’ac­cord de paix par les Co­lom­biens. Pour ma part, j’au­rais pré­fé­ré que fut choi­si le Dr De­nis Mug­wege, lumineuse per­son­na­li­té, dé­fen­seur des droits hu­mains, sur­nom­mé « l’homme qui ré­pare les femmes ». A l’hô­pi­tal de Pan­zi en Ré­pu­blique dé­mo­cra­tique du Con­go, il opère les vic­times de vio­lences sexuelles in­sou­te­nables, les ac­com­pagne dans leur re­cons­truc­tion psy­chique et so­ciale. Dans cette ré­gion du monde, le viol col­lec­tif et la des­truc­tion des or­ganes gé­ni­taux des femmes sont des armes de guerre pla­ni­fiée. Sa­vez-vous qu’on y viole et mu­tile des pe­tites filles en­core bé­bés ? Le Dr Mug­wege au­rait pu res­ter « au chaud » en exer­çant dans un hô­pi­tal fran­çais… Non, au pé­ril de sa vie, alors qu’il a été l’ob­jet de plu­sieurs ten­ta­tives d’as­sas­si­nat, il a dé­dié son exer­cice de gy­né­co­logue à ces femmes igno­ble­ment tor­tu­rées. Dans ce monde sans mer­ci, il existe

heu­reu­se­ment des êtres qui font que vous ne déses­pé­rez pas com­plè­te­ment de l’hu­ma­ni­té.

Sa­me­di

Vous croyez que les in­ac­cep­tables propos de Do­nald Trump sur les femmes vont dé­cou­ra­ger ses élec­teurs ? Il n’en se­ra rien. Certes, nous sommes ahu­ris de­vant le sexisme vul­gaire et gros­sier de propos que je me re­fuse à rap­por­ter ici pour ne pas sa­lir ma plume. Mais je ne me re­mets pas de la sé­duc­tion qu’exerce ce ma­tas­sin chez ceux qui de­vraient le pour­fendre. Il ne paie pas d’im­pôts ? C’est de l’ha­bi­le­té. Il a usé de faillites frau­du­leuses ? Bonne pioche pour di­ri­ger les fi­nances du pays. Il est ra­ciste ? C’est pour pro­té­ger les Amé­ri­cains. Il est sexiste ? For­mi­dable sens de l’hu­mour. Il ne connaît rien au fonc­tion­ne­ment des ins­ti­tu­tions amé­ri­caines ? Ce sont des trucs de tech­no­crates cou­pés des réa­li­tés. En po­li­tique étran­gère, il est nul ? On n’en a rien à faire, et d’abord, c’est qui, ce Hol­lande… Ame­ri­ca first ! Pen­dant ce temps­là, nos can­di­dats à l’élec­tion pré­si­den­tielle s’éver­tuent à consul­ter des ex­perts, écrire des livres, faire des pro­grammes. Le seul avan­tage de Do­nald Trump, c’est bien ce­lui-ci : me dire que, par contraste, ils sont vrai­ment bien les hommes po­li­tiques fran­çais. Quand on se re­garde, on s’in­quiète, quand on se com­pare, on se ras­sure !

« Le can­cer de notre so­cié­té n’est pas l’as­sis­ta­nat mais bien la pau­vre­té et l’ex­clu­sion. »

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